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Pourquoi les lettres sur ton clavier ne sont pas dans l’ordre alphabétique — et la vraie raison va te surprendre

Publié par Ambre Détoit le 10 Mai 2026 à 9:01

Tu passes plusieurs heures par jour à taper sur un clavier. Tu n’as jamais appris où se trouvent les lettres — tu le sais, c’est tout. Mais si quelqu’un te demande pourquoi le A est en haut à gauche et pas le B juste à côté, tu séches. Personne ne t’a jamais expliqué ce truc. Et la vraie réponse remonte à une invention du XIXe siècle dont on n’a toujours pas réussi à se débarrasser.

Femme curieuse devant une vieille machine à écrire mécanique

Une machine à écrire qui se bloquait tout le temps

Femme tapant sur un clavier alternatif ergonomique

Tout commence en 1868, aux États-Unis. Un inventeur du Wisconsin nommé Christopher Latham Sholes met au point la première machine à écrire commercialisable. Sa version initiale avait les lettres dans l’ordre alphabétique — logique, non ? Sauf que ça coinçait littéralement.

Les machines à écrire de l’époque fonctionnaient avec des petits bras métalliques appelés typebars. Chaque lettre avait son propre bras, et quand deux lettres voisines étaient frappées rapidement à la suite, leurs bras se heurtaient et se bloquaient. Un cauchemar pour les dactylos professionnels qui tapaient vite.

La solution trouvée par Sholes et son associé James Densmore ? Éloigner les lettres les plus fréquemment utilisées ensemble pour réduire les collisions mécaniques. C’est l’origine directe du clavier QWERTY — la version américaine de notre AZERTY. On a volontairement désorganisé l’alphabet pour éviter que la machine ne s’étouffe.

Alors pourquoi AZERTY en France, et pas QWERTY ?

Homme surpris comparant clavier moderne et machine à écrire ancienne

La version française du clavier n’est pas une simple traduction du QWERTY américain. Quand les machines à écrire ont débarqué en France à la fin du XIXe siècle, les fabricants et imprimeurs locaux ont adapté la disposition pour coller à la langue française. Le Q et le W, peu utilisés en français, ont cédé leur place de premier rang au A et au Z, bien plus courants.

Des lettres spécifiques au français — comme les accents, le É, le È, le À — ont été intégrées dans la disposition. Mais l’idée de base reste la même : ne pas mettre ensemble les lettres qui risquent de se heurter mécaniquement. Le désordre apparent suit une logique d’ingénierie, pas de linguistique.

Ce qui est vertigineux, c’est que le problème mécanique qui a justifié tout ça n’existe plus depuis des décennies. Les claviers informatiques n’ont aucun bras métallique. Un ordinateur se fiche totalement que tu appuies sur deux touches adjacentes à toute vitesse. Et pourtant, on tape toujours avec la même disposition qu’en 1873. Si tu te demandes pourquoi certains systèmes semblent absurdes mais perdurent, l’AZERTY est l’exemple parfait.

Le bras de fer entre AZERTY et une alternative bien supérieure

Dans les années 1930, un professeur américain nommé August Dvorak a développé un clavier alternatif : le clavier Dvorak. L’idée : placer les lettres les plus fréquentes sur la rangée du milieu, là où les doigts reposent naturellement. Résultat mesuré en laboratoire — les doigts parcourent entre 30 % et 50 % moins de distance pour taper le même texte qu’avec un QWERTY ou AZERTY.

Des études menées dans les années 1970 et 1980 ont montré que des dactylos passant au Dvorak gagnaient significativement en vitesse et en confort après une période d’apprentissage. La Navy américaine avait même financé des tests concluants. Pourtant, le Dvorak est resté anecdotique.

Pourquoi ? Parce que changer de disposition de clavier, c’est requalifier des millions de travailleurs, remplacer des millions de machines et repenser des décennies d’habitudes. En économie, on appelle ça un effet de verrouillage — une technologie inférieure qui survit simplement parce que le coût du changement est perçu comme trop élevé. Un peu comme si tu te demandais pourquoi certains choix d’ingénierie du passé restent gravés dans le présent.

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En 2019, l’AFNOR — l’Agence française de normalisation — a officiellement proposé une nouvelle disposition de clavier pour le français : le clavier BÉPO et une version améliorée parfois appelée AZERTY+. L’objectif : corriger les défauts historiques de l’AZERTY, notamment la difficulté à taper des majuscules accentuées (É, À, Ç) ou des guillemets français « comme ceux-ci ».

Sur le clavier AZERTY classique, taper « œ » ou « æ » relève du défi. Des caractères pourtant présents dans des mots aussi courants que cœur ou nœud. La norme AFNOR de 2019 a officiellement recommandé une disposition corrigée. Mais les fabricants n’ont pas suivi massivement. Le résultat ? En 2025, la grande majorité des claviers vendus en France sont encore AZERTY, dans sa version défectueuse d’origine.

On continue donc à taper sur un outil conçu pour éviter que des bras métalliques ne se coincent — sur des machines qui n’existent plus depuis quarante ans. Si ton cerveau tourne en boucle sur des paradoxes du quotidien, tu comprendras pourquoi certaines choses persistent dans notre tête malgré nous.

Et les autres pays ont fait mieux ?

Famille française discutant autour d'un clavier d'ordinateur

Pas vraiment. L’Allemagne et les pays nordiques ont leurs propres variantes (QWERTZ, QWERTY scandinave) toutes héritées du même ancêtre Sholes. La Russie a son Cyrillic ЙЦУКЕН, développé selon une logique similaire. Seuls quelques pays ont opté pour des dispositions radicalement différentes dès le départ — et aucun n’a réussi à imposer une révolution globale.

Il y a une exception notable : les pays qui ont développé leur informatique plus tardivement ont parfois adopté des dispositions mieux pensées. Mais même eux finissent souvent par utiliser un clavier QWERTY pour les échanges internationaux, parce que le monde entier s’est standardisé autour de cette disposition héritée d’une machine à vapeur.

Ce n’est pas si différent d’autres curiosités héritées de l’histoire qu’on perpétue sans s’en rendre compte, comme certaines expressions dont on a oublié l’origine absurde. Ou comme le fait que des phénomènes visibles du quotidien ont des explications que personne ne nous a jamais données à l’école.

Le fun fact que tu vas ressortir ce soir

Le mot « typewriter » — machine à écrire en anglais — peut être tapé intégralement sur la rangée du haut d’un clavier QWERTY : T, Y, P, E, W, R, I, T, E, R. Coïncidence ? Probablement pas totalement. Certains historiens pensent que les vendeurs de machines à écrire de l’époque ont influencé le placement des lettres pour pouvoir épater les prospects en tapant le nom du produit en une seule ligne, à toute vitesse.

Vrai ou légende urbaine ? Le débat existe encore. Mais une chose est sûre : la disposition de ton clavier est le résultat d’une série de compromis mécaniques, commerciaux et historiques qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’ergonomie ou la logique linguistique. Un peu comme les idées reçues que la science démonte depuis des décennies sans que personne ne s’en rende vraiment compte.

La prochaine fois que quelqu’un te demande pourquoi les lettres ne sont pas dans l’ordre sur ton clavier, tu sais quoi répondre : parce qu’une machine du XIXe siècle avait les bras trop courts. Et maintenant, la vraie question : est-ce que tu vas changer tes habitudes pour passer au BÉPO ?

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