Ce « geek » de 25 ans usurpait des procureurs et policiers pour arnaquer notaires et entreprises

Un mail qui semble venir de la police ou de la justice, une enquête fictive sur des fonds illicites, un appel à rappeler d’urgence : le piège paraît grossier, mais il a fonctionné à répétition. Des notaires, des entreprises et des salles de ventes s’y sont laissés prendre, persuadés de communiquer avec de vrais magistrats. Derrière cette mécanique bien huilée, les enquêteurs ont fini par remonter jusqu’à un jeune Parisien de 25 ans, dont le profil et la méthode dépassent l’entendement.
Une fausse enquête judiciaire pour piéger les professionnels
Selon les informations du Parisien, le suspect utilisait des adresses en « interieur.gouv.fr » ou « justice.fr » désaffectées mais encore actives. Les victimes recevaient un message évoquant une enquête sur des fonds illicites, avec l’instruction de rappeler rapidement un numéro dédié.
Une fois la cible au téléphone, le faux magistrat réclamait des documents d’identité, des coordonnées bancaires, puis des virements vers des comptes situés à l’étranger. Ce type de scénario rappelle d’autres arnaques sophistiquées où l’usurpation d’autorité sert de levier psychologique. Les appels transitaient par des standards virtuels, redirigés vers des cartes SIM localisées en Israël, brouillant considérablement les pistes.
Jusqu’à un million d’euros de préjudice, une étude notariale piégée
Le montant total détourné reste à déterminer précisément, mais il serait compris entre 150 000 euros et 1 million d’euros, selon les premières estimations des enquêteurs. Une étude notariale a versé plus de 88 000 euros sur un compte présenté comme celui de l’AGRASC, l’organisme public chargé de gérer les biens saisis dans le cadre de procédures judiciaires.
Les fonds transitaient ensuite vers l’Espagne et le Portugal, rendant leur récupération quasi impossible. L’Office central de répression de la grande délinquance financière a fini par identifier le suspect en croisant les lignes téléphoniques et les mouvements bancaires suspects. Un travail de fourmi qui rappelle celui déployé lors d’autres affaires de détournements massifs, où la traque numérique finit souvent par payer. Le jeune homme apparaissait par ailleurs dans une autre escroquerie par SMS, impliquant cette fois de faux conseillers bancaires, un mode opératoire proche de certaines arnaques bancaires déjà documentées.

Caché dans une penderie, il invoque une faille dans les serveurs de l’État
Après un séjour à Netanya, en Israël, le suspect a finalement été interpellé chez sa mère. Selon Le Parisien, il aurait d’abord tenté de fuir sur un balcon avant de se réfugier dans une penderie. Les policiers ont saisi 4 000 euros en espèces, trois téléphones et un ordinateur.
Le jeune homme a reconnu les faits et expliqué avoir suivi une formation en génie informatique avant de découvrir, selon ses dires, une faille dans les serveurs de la police et de la justice. Son avocat, maître Adrien Gabeaud, décrit un profil de « geek » atypique et réclame un contrôle judiciaire ou un bracelet électronique plutôt qu’une détention. Ce type de faille technique évoque d’autres failles exploitées dans des cyberattaques récentes visant des institutions ou des entreprises.
Le mis en examen a finalement été placé en détention provisoire. Les enquêteurs continuent de chercher d’éventuels complices, notamment sur la partie financière de ce dispositif transfrontalier.
Une simple faille technique et un culot sans limite ont permis de piéger des professionnels aguerris pendant des mois. L’affaire rappelle que même les institutions les mieux identifiées peuvent servir de masque à une escroquerie. Combien d’autres adresses officielles désaffectées circulent encore, prêtes à être détournées ?