Après 13 millions d’euros de chantier, la piscine neuve de Belley s’avère… trop courte de trois centimètres

À Belley, dans l’Ain, la piscine intercommunale a rouvert après deux ans de travaux et 13 millions d’euros investis. Tout semblait réglé, jusqu’à ce que quelqu’un sorte le mètre. Le bassin principal affiche 24,97 mètres, et cet écart minuscule suffit à bloquer toute compétition officielle : reste à comprendre pourquoi trois centimètres pèsent si lourd.
13 millions d’euros, deux ans de fermeture et un bassin qui ne dit pas son défaut
La piscine intercommunale de Belley, dans l’Ain, avait fermé ses portes en 2023 pour une réhabilitation d’ampleur. Il aura fallu deux ans de travaux et 13 millions d’euros pour qu’elle rouvre enfin au public.
Rien, à l’œil nu, ne trahit le problème. Pourtant, comme le révèle Le Progrès, le bassin principal ne mesure que 24,97 mètres au lieu des 25 attendus. Un équipement neuf se retrouve ainsi privé de toute homologation officielle.
Pour le nageur du dimanche qui enchaîne ses longueurs, l’écart est imperceptible : personne ne sent trois centimètres en battant des jambes. Pour un chronométreur, c’est une tout autre histoire, car un temps officiel n’a de valeur que si le bassin a exactement la bonne taille.
Les bassins, publics ou privés, vivent d’ailleurs sous le regard permanent des règles et des déclarations, comme le montre l’histoire de deux voisins qui terminent leur piscine le même été, dont un seul voit sa taxe foncière grimper. À Belley, c’est une autre norme qui coince.
De quelle marge parle-t-on exactement ? Le règlement fédéral répond au millimètre près, et la réponse est plus cruelle qu’on ne l’imagine.
Entre 25,000 et 25,030 mètres : la fourchette minuscule qui a fait basculer la piscine
Le règlement de la Fédération française de natation ne laisse aucune place à l’à-peu-près. Pour les compétitions départementales, le bassin doit mesurer entre 25,000 et 25,030 mètres. Pour les épreuves régionales, interrégionales et nationales, la fourchette passe de 25,010 à 25,030 mètres.
Remarquez la logique : la tolérance ne joue que vers le haut. Un bassin peut dépasser les 25 mètres de quelques centimètres, jamais rester en dessous. C’est précisément le mauvais côté de la règle que Belley a choisi.
Avec ses 24,97 mètres, le bassin se situe à trois centimètres du minimum départemental, et à quatre centimètres du minimum exigé pour les épreuves régionales et au-delà. Il ne rentre donc dans aucune case, pas même la plus indulgente.
Cette rigueur rappelle que les bassins sont partout surveillés de près : dans le Sud, six départements où les mairies bloquent désormais presque tous les permis de piscines privées en offrent un autre exemple. À Belley, la question n’est pas un permis, mais un mètre ruban.
Sur la longueur d’un 100 mètres, l’écart s’additionne : quatre longueurs, quatre fois trois centimètres. « Sur une course de 100 mètres, il manque douze centimètres. C’est aberrant », déplore Daniel Poncet, président du comité de l’Ain de natation.
Le verdict tombe donc, sec : le bassin de Belley ne peut pas être homologué, et aucune compétition officielle ne pourra s’y tenir. Reste à mesurer ce que cela coûte vraiment aux nageurs du département.

Trois compétitions par an et 1 200 chronos officiels évaporés d’un coup
Qu’il s’agisse d’une piscine hors-sol installée depuis des mois et à déclarer avant fin août, ou d’un bassin public à 13 millions d’euros, les chiffres officiels finissent toujours par rattraper les propriétaires. Ici, ils rattrapent surtout les clubs.
Avant sa fermeture en 2023, le centre aquatique accueillait chaque année trois compétitions et permettait d’enregistrer près de 1 200 chronos officiels. Autant de rendez-vous sportifs désormais hors de portée.
Malgré la réouverture, les nageurs devront donc s’en passer. Aucun de ces temps ne pourra être enregistré dans le bassin rénové, puisqu’un chrono n’a de valeur officielle que dans un bassin aux normes.
Le plus pesant tient à la suite. Pour l’heure, aucun nouveau chantier n’est envisagé pour corriger l’erreur, qui pourrait priver la piscine de compétitions pendant de nombreuses années. L’adresse de l’article du Progrès va même jusqu’à évoquer une piscine « condamnée pour 20 ou 30 ans ».
Voilà la réponse : les trois centimètres manquants ne coûtent pas qu’un point de règlement, ils coûtent un calendrier sportif entier. Reste une question que beaucoup se posent : comment une erreur pareille a-t-elle pu passer ?
Pourquoi l’affaire est loin d’être refermée
Sous l’article, des internautes s’étonnent qu’aucun maillon de la chaîne n’ait remarqué l’erreur, alors que de nombreuses études précèdent un tel chantier. Certains évoquent même des pénalités qui pourraient financer une correction.
Ces réactions de lecteurs ne valent pas enquête, et la source ne dit rien des responsabilités ni d’un éventuel recours. Qui a mesuré, qui a validé, qui paiera : ces questions restent, à ce stade, sans réponse publique.
Ce qu’il faut surveiller, c’est l’éventuelle décision d’un chantier correctif, aujourd’hui écartée. Tant qu’elle ne vient pas, le calendrier de la natation dans l’Ain devra s’organiser sans ce bassin, et la colère du comité ne devrait pas retomber.
Pour les particuliers, les enjeux sont d’une autre nature : une piscine tubulaire à moins de 300 € n’obéit pas aux mêmes règles qu’un bassin dédié à la compétition. Mais la vigilance sur les mesures reste de mise.
Elle l’est d’ailleurs ailleurs dans la maison : après les piscines, le fisc cible désormais les garages et les vérandas oubliés des déclarations.
Treize millions d’euros, et il aura manqué trois centimètres : la plus petite des erreurs a eu raison d’un grand projet sportif. Et si un mètre ruban peut gâcher un chantier public, savoir comment le fisc ajoute 10 m² à une maison sans qu’un seul mur soit posé pourrait vous laisser sans voix. Quant aux oublis qui coûtent cher, cette cuve de 5 000 litres qui a bloqué une vente immobilière raconte un détail que beaucoup de propriétaires négligent.