Blocus : jusqu’à 500 lycées fermés lundi, dont 160 en Île-de-France, et 78 personnels blessés

Dimanche soir, le décompte est tombé : le blocus des lycées bascule dans une autre dimension. Entre 400 et 500 établissements seront totalement ou partiellement fermés ce lundi en France. Rien que pour l’Île-de-France, la région annonce plus de 160 lycées fermés. Et le ministre de l’Éducation nationale a lâché un chiffre sur les personnels blessés que, selon lui, « on n’a jamais vu ».
Des centaines de lycées à l’arrêt : l’ampleur du mouvement en chiffres
Reprenons depuis le début, parce que les annonces se sont enchaînées dimanche. À 15h28, le ministre Édouard Geffray intervient dans un débat sur France 2 et France Inter, face à Manuel Bompard, coordinateur national de La France Insoumise. Il annonce que 400 à 500 lycées seront totalement ou « partiellement » fermés lundi.
Ce n’est pas un pic isolé. Selon le ministre, entre 400 et 500 établissements avaient déjà suspendu les cours vendredi. Il y en aura « probablement autant lundi », mais avec une reprise partielle et progressive des cours.
Autre chiffre qui pèse : au moins 24 lycées ont été « incendiés ou saccagés », a-t-il poursuivi. Dans certains endroits, les manifestations d’élèves ont donc laissé place à des dégâts matériels lourds, parfois à des violences.
On a vu ce que cela donne sur le terrain à Nantes, où la façade du lycée Nelson-Mandela est partie en flammes pendant un blocus. Reste une question simple : sur quels critères décide-t-on de fermer un lycée ?
Pécresse chiffre l’Île-de-France : 28 lycées fermés rien qu’en Seine-Saint-Denis
La réponse du ministre tient en une phrase. Les fermetures interviennent lorsque « les conditions de sécurité ne sont pas remplies ». Soit pour des raisons matérielles, soit parce que des personnels « ont été directement visés ».
C’est dans ce cadre que la présidente de la région, Valérie Pécresse, a pris la parole ce dimanche, à 18h35. Plus de 160 lycées franciliens seront fermés lundi à cause des manifestations d’élèves, qui se sont multipliées ces derniers jours et ont parfois débouché sur des faits de violence.
Elle a détaillé le décompte département par département. En Seine-Saint-Denis, 28 établissements seront fermés au public. Dans le Val-de-Marne, 18 seront concernés.
Dans le Val-d’Oise, la mesure passe par un arrêté préfectoral daté du 1er octobre. Il précise que « les rassemblements aux abords des établissements dont (…) l’enseignement est prévu sous le format distanciel, sont interdits » jusqu’à ce lundi inclus.
Dans le même département francilien de Seine-Saint-Denis, une vidéo du maire de Saint-Denis près d’une poubelle en feu devant un lycée avait déjà fait réagir. Mais ces fermetures massives ne sont qu’une partie du tableau.
Car le ministre a aussi posé un mot sur ce qui, à ses yeux, a changé la nature du mouvement. Et il est lourd de conséquences.
78 blessés et « ultra-gauche » : l’accusation du ministre

Voilà le cœur de son intervention. Selon Édouard Geffray, « des militants notamment d’ultra-gauche » auraient infiltré le mouvement lycéen. Ils auraient « dépossédé les lycéens du mouvement » et se seraient montrés « extrêmement violents ».
Il a ajouté que cela fait courir un risque aux personnels comme aux élèves. Il s’agit d’une accusation du ministre, formulée dans un débat télévisé, sans que la source ne fournisse d’éléments permettant de la vérifier.
Le bilan humain qu’il avance est, lui, précis : 78 personnels de l’Éducation nationale blessés « depuis le début des évènements ». « On n’a jamais vu ça », a-t-il dénoncé, affirmant qu’ils ont été « attaqués délibérément parce qu’ils étaient personnels de l’éducation nationale ».
D’autres faits circulent, relayés en marge des événements. À Valence, une vidéo montre un jeune cagoulé qui jette un papier dans un feu : une bombe aérosol explose et c’est lui qui prend les flammes.
Au Mans, une famille aurait été rouée de coups le jeudi 1er octobre dans la cour de sa résidence. Le père et la mère, tous deux en situation de handicap, et leur fils ont été frappés, selon le récit rapporté.
Le groupe cherchait à rejoindre le lycée en passant par la résidence. Quand les parents ont demandé de ne pas dégrader, ils ont été pris à partie. Les agresseurs ont fui avant l’arrivée de la police et sont activement recherchés ; la famille a déposé plainte samedi matin.
À Marseille, un mineur interpellé après qu’une femme a été visée par un spray enflammé a été mis en examen et placé en détention provisoire. Alors, les lycées rouvriront-ils vraiment dans le calme ? Les organisations lycéennes ont déjà une autre date en tête.
Mardi, acte III : ce que préparent les organisations lycéennes
La réponse tient en un mot : mardi. Dès ce mardi 6 octobre, les organisations lycéennes ont invité les manifestants à maintenir le blocage des lycées aux quatre coins du pays.
« L’Union syndicale lycéenne appelle à continuer la mobilisation, à continuer les manifestations, et à rejoindre le mouvement de l’acte III mardi », a déclaré son président, Ryad Rani. Cette journée de grande manifestation nationale sera rejointe par la CGT et Solidaires.
Du côté des enseignants, une intersyndicale (FSU, CGT, FO, CFDT, Unsa, Sud et Solidaires) a aussi appelé à participer, « y compris par la grève ». Des perturbations sont donc à prévoir dans les établissements.
À Paris, une demande de manifestation a été déposée pour 14h place de la République, a précisé l’Union étudiante. Elle était présente aux côtés des lycéens vendredi.
Tout le monde ne suit pas la même ligne. Les mouvements Les lycéens ! et Renouveau lycéens avaient condamné les violences devant et autour des établissements depuis plusieurs jours.
Reste à voir si les violences s’éteindront ou si les fermetures vont durer. Sur d’autres fronts, à Lille, la préfecture a démenti une vidéo virale d’un chien lâché sur des lycéens en colère. Et à Belfort, le procureur s’est exprimé sur ce que la vidéo ne montre pas. Des images qui ont elles aussi alimenté la tension.
Le ministre a averti : la reprise sera « partielle » et « progressive ». Concrètement, beaucoup de familles ne sauront qu’au dernier moment si leur lycée ouvre. En cas de doute, mieux vaut vérifier auprès de l’établissement ; c’est lui, avec les autorités, qui tranche selon les conditions de sécurité.
Au-delà des lycées, l’incendie d’un collège messin a aussi fait des vagues : trois voitures brûlées et une réouverture incertaine à Metz.
400 à 500 lycées, 78 blessés, un acte III annoncé : le blocus n’a plus rien d’un simple coup de colère. Reste à savoir si mardi sera le pic ou le début d’autre chose.
Et si vous voulez regarder ailleurs, ce que Brigitte Macron a vu de la « noirceur du monde » à l’Élysée en dit long sur l’autre côté du décor. Autre énigme du moment : pourquoi un faux lien est parti vers 2,5 millions d’étudiants.