Macron promet 12 Canadair, mais 5 seulement volaient vendredi : la flotte française à bout de souffle

Le gouvernement répète depuis des semaines que la France dispose de 12 Canadair pour combattre les incendies qui ravagent le Sud-Ouest. Un chiffre rassurant, martelé à chaque intervention officielle. Sauf que plusieurs enquêtes de presse récentes racontent une tout autre histoire, bien plus inquiétante pour les habitants de Gironde et d’ailleurs.
Un discours officiel qui ne colle plus avec le terrain

Depuis le début de la vague de mégafeux en Gironde, Emmanuel Macron et son gouvernement évoquent systématiquement les 12 Canadair comme la colonne vertébrale de la lutte aérienne française. Un chiffre répété comme un mantra rassurant, alors même que des villages entiers ont dû être évacués en urgence.
Le problème, c’est que ce chiffre correspond au nombre d’appareils que possède théoriquement la Sécurité civile, pas au nombre d’avions réellement en état de voler un jour donné. Or c’est précisément cette nuance que le discours officiel a soigneusement évitée pendant que les renforts militaires étaient envoyés en urgence dans le Sud-Ouest.
Tous ces appareils sont basés à Nîmes-Garons, et tous partagent le même point faible : ils datent du milieu des années 1990. Trente ans de vol intensif sur une flotte qui n’a jamais été renouvelée en profondeur, alors que les incendies, eux, se multiplient et deviennent chaque été plus violents.
Seulement 5 appareils opérationnels un vendredi, sur toute la France
C’est Le Monde qui a levé le voile le 25 juillet dernier : selon son enquête, seuls 7 Canadair étaient réellement disponibles pour intervenir sur les incendies en cours, loin des 12 annoncés en boucle par l’exécutif. La cause : une maintenance devenue extrêmement compliquée sur des appareils vieillissants, immobilisés parfois pendant de longues semaines.
Éric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile, a confirmé cette réalité auprès du quotidien. Il évoque une situation redoutée depuis des mois par les professionnels du secteur, qui alertaient déjà sur l’état de la flotte avant même le début de la saison des feux.
Le HuffPost est allé plus loin en publiant une déclaration glaçante du même syndicaliste : « seuls cinq étaient opérationnels vendredi, c’était sept samedi ». Autrement dit, en pleine crise, alors que le feu menaçait 8 000 personnes évacuées près de Bordeaux, la France ne pouvait compter que sur cinq bombardiers d’eau pour l’intégralité de son territoire national. Un chiffre qui contraste violemment avec les 12 appareils vantés dans les discours officiels, un écart que les syndicats dénoncent depuis longtemps.
Pourquoi un avion militaire ne remplace pas un Canadair
Face à cette pénurie criante, le gouvernement a sorti un joker inédit : un A400M militaire équipé d’un kit de largage de retardant, testé pour la première fois sur le feu de Gironde. L’appareil peut transporter environ 20 tonnes de produit, soit près de trois fois la capacité d’un Canadair classique.
Cette annonce a été largement mise en avant par la communication gouvernementale, presque comme une solution miracle. Sauf que cet A400M présente une limite structurelle majeure : contrairement à un Canadair, il ne peut pas écoper directement sur un plan d’eau. Il doit être rechargé au sol, ce qui rallonge considérablement les délais entre deux largages sur un même foyer.
De nombreux observateurs, syndicats en tête, jugent que ce déploiement médiatisé ne règle en rien le problème de fond : l’insuffisance chronique de la flotte de Canadair réellement disponible en pleine saison des incendies de forêt. La France a bien commandé quatre nouveaux Canadair DHC-515, mais les deux premiers n’arriveront qu’en 2028, et les deux suivants au début des années 2030. D’ici là, il faudra composer avec une flotte à bout de souffle.
Douze avions sur le papier, cinq dans les airs un jour de crise : l’écart entre le discours et la réalité opérationnelle finit toujours par se voir, surtout quand les flammes, elles, n’attendent pas 2028. La question n’est plus de savoir combien de Canadair la France possède, mais combien peuvent réellement décoller le jour où l’on en a besoin.