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Fissures aggravées par la canicule : « On peut passer le doigt à travers les maisons »

Publié par Elodie le 02 Sep 2026 à 10:28

Un doigt qui passe à travers un mur. Ce n’est pas une image. C’est ce que Yannick Le Roux, maire de Vierzon, constate en ouvrant certains dossiers déposés en mairie ces dernières semaines.

Depuis cet été, sa commune du Cher croule sous les signalements. Plus de 60 foyers ont déjà fait remonter des fissures parfois spectaculaires sur leurs murs, garages ou fenêtres.

Alain, un habitant, en fait partie. Chez lui, de nouvelles lézardes sont apparues le long du garage et autour d’une fenêtre pendant la vague de chaleur.

Homme examinant une fissure sur le mur de sa maison

Un sol qui gonfle, se rétracte, et fissure tout sur son passage

Doigt passant à travers une fissure dans un mur

Le coupable a un nom technique un peu barbare : le retrait gonflement des argiles. En clair, certains sols gorgés d’argile se dilatent avec l’humidité et se contractent violemment quand la sécheresse s’installe.

Résultat : les fondations bougent, les murs se déforment, et des fissures apparaissent parfois du jour au lendemain. Ce phénomène concerne désormais 61,5% des maisons individuelles en France, un chiffre qui grimpe chaque année un peu plus.

La sécheresse exceptionnelle de cet été n’a rien arrangé. Comme après un épisode de canicule suivi de grêle, les dégâts se révèlent parfois plusieurs semaines après l’épisode climatique lui-même.

Et le pire reste peut-être à venir. Car avec l’automne et le retour des pluies, les sols vont de nouveau se gorger d’eau et gonfler sous les fondations. Un cycle qui inquiète particulièrement Alain, qui redoute que ses fissures ne s’aggravent encore.

Pourquoi obtenir de l’aide relève presque du parcours du combattant

Pour espérer une prise en charge par l’assurance, les sinistrés doivent d’abord obtenir la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. La démarche démarre en mairie, où chaque habitant doit se signaler.

À Vierzon, la ville a lancé un appel via son site et les réseaux sociaux pour recenser un maximum de dossiers. La logique est simple : plus les demandes sont nombreuses, plus les chances d’obtenir gain de cause auprès de l’État augmentent.

Yannick Le Roux a même écrit directement au préfet du Cher. Il réclame une dérogation pour accélérer le traitement du dossier, plutôt que d’attendre la fin de l’année comme le veut la procédure habituelle.

Car le calendrier compte double ici. Plus la reconnaissance tarde, plus les sinistrés doivent avancer seuls les frais de réparation des fissures, sans certitude d’être un jour remboursés.

Le chiffre qui fait mal : 95% des demandes rejetées

C’est là que le bât blesse vraiment. Selon Dominique Goldstenne, vice-présidente de l’association Urgence Maisons Fissurées, 95% des communes ayant déposé une demande l’année dernière n’ont pas obtenu la reconnaissance de catastrophe naturelle.

Un chiffre glaçant, à mettre en regard d’une explosion de la demande. « Si on avait au démarrage peut-être une vingtaine d’appels par mois, maintenant c’est une vingtaine d’appels par jour », décrit-elle.

Pire encore : les arrêtés de reconnaissance sont parfois publiés plus de deux ans après les faits. Les critères d’éligibilité se sont complexifiés, une manière selon elle d’écarter un maximum de dossiers faute de budget suffisant.

Un système à bout de souffle alors que le phénomène ne fait que s’amplifier avec le changement climatique et la multiplication des épisodes de sécheresse intense.

500 milliards d’euros de dégâts en ligne de mire

Toutes les maisons touchées ne risquent pas de s’effondrer. Mais le retrait gonflement des argiles est aujourd’hui considéré comme le risque naturel numéro un en France.

La Caisse centrale de réassurance a fait ses calculs : le coût cumulé de ce phénomène pourrait atteindre 500 milliards d’euros dans les décennies à venir. Un montant vertigineux, à l’échelle de millions de foyers concernés.

Pile de dossiers de sinistrés sur un bureau de mairie

Face à ce mur budgétaire et administratif, certains élus locaux ne comptent plus attendre. Le député de Haute-Garonne Jean-François Portarrieu s’est emparé du dossier au niveau national.

Il réclame la création d’un nouveau statut, avec des critères d’éligibilité élargis pour la reconnaissance de catastrophe naturelle. Une rencontre avec le ministre de la Transition écologique est prévue dans deux semaines.

S’il n’obtient pas gain de cause par le dialogue, le député l’assure : il déposera une proposition de loi. De son côté, l’association Urgence Maisons Fissurées réclame carrément un fonds d’urgence et un grenelle national sur le sujet.

En attendant, des milliers de propriétaires comme Alain guettent le ciel avec appréhension. Une bonne nouvelle météo pour les uns peut vite devenir une mauvaise nouvelle structurelle pour les autres.

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