Cap-Ferret évacué par la mer, un feu « apocalyptique » fonce sur Biscarrosse : Macron appelle l’Europe en renfort

Il est un peu plus de 8 heures ce vendredi matin quand la préfecture de Gironde tombe : la totalité de la presqu’île du Cap-Ferret doit être évacuée. Par la route, mais aussi par la mer. Plus de 400 personnes ont déjà rejoint la jetée d’Arcachon en bateau depuis le début de la matinée.
Deux départements sont désormais en état de siège face aux flammes. Pendant que le Cap-Ferret se vide de ses habitants et de ses touristes, un autre incendie qualifié d’« apocalyptique » ravage la forêt landaise aux portes de Biscarrosse. La France, elle, appelle l’Europe entière à la rescousse.
Une presqu’île évacuée par bateau, un scénario presque inédit
Face à l’avancée des flammes, la mairie d’Arcachon a activé un dispositif exceptionnel : des navettes maritimes sur quatre jetées différentes. L’objectif est simple, évacuer le plus de monde possible, le plus vite possible, sans attendre que les routes se bouchent.
Car la situation sur la RD106, seul axe autorisé pour fuir en direction de Bordeaux, est tendue. Les villages de Claouey, Le Four, Les Jacquets, Petit Piquey et Grand Piquey ont été évacués dès potron-minet, après que le feu a franchi la ligne d’appui des pompiers vers 1h du matin.
Quelques heures plus tard, l’évacuation s’est étendue à Piraillan, au Canon, à La Vigne et à L’Herbe. Une alerte FR-Alert a été déclenchée sur les téléphones des riverains, leur intimant de quitter immédiatement les lieux.
Résultat, ce vendredi matin : c’est l’ensemble de la presqu’île, plus de 20 000 habitants et vacanciers, qui a reçu l’ordre de partir. Un exode par la route et par la mer, du jamais-vu pour cette destination très prisée l’été, où les résidences secondaires se comptent par centaines.
Ce que les pompiers ont vécu cette nuit-là

Un pompier a été blessé lors d’une explosion de gaz, alors qu’il intervenait sur des maisons déjà en feu à Lège-Cap-Ferret. Il a été évacué en ambulance, apparemment touché aux jambes, selon un photographe de l’AFP présent sur place.
Son état précis reste inconnu à cette heure. Les services de secours ont confirmé sa prise en charge sans donner davantage de détails, tant l’urgence de la situation générale mobilise toutes les équipes disponibles.
Ce feu, déclenché mercredi près du bassin d’Arcachon, a déjà parcouru près de 4 800 hectares. Environ 800 pompiers luttent sans relâche contre les flammes, dans des conditions que plusieurs d’entre eux qualifient d’extrêmes.
Mais à quelques dizaines de kilomètres de là, dans les Landes, un second front s’est ouvert. Et ce que décrivent les secours sur place dépasse tout ce qu’ils ont connu jusqu’ici.
À Biscarrosse, un « feu apocalyptique » que rien ne semble arrêter
Le colonel Romain Moutard, directeur adjoint du Sdis des Landes, n’a pas mâché ses mots. Il parle d’un « feu apocalyptique », d’une situation « dantesque », avec des sauts de feu qui se multiplient et créent « presque un feu à part entière à chaque fois ».
L’incendie a été déclenché jeudi par un véhicule près de Biscarrosse. En quelques heures à peine, il a parcouru plus de 1 000 hectares, filant jusqu’aux portes de la ville. Neuf mille personnes ont dû être évacuées en urgence, selon la préfecture des Landes.
Vendredi matin, la préfecture confirme dans un communiqué que le feu n’est toujours pas maîtrisé. La situation est jugée « défavorable ». Selon des bilans qui circulent, plus de 2 500 hectares seraient désormais parcourus et 15 000 personnes concernées par les évacuations, un chiffre en hausse constante depuis la veille.
Ce type de propagation extrêmement rapide, alimenté par la sécheresse et les rafales de vent, illustre à quel point certaines végétations s’embrasent en quelques secondes dès que les conditions se réunissent. Un phénomène que les pompiers redoutent chaque été davantage.
Un troisième front couve, et Macron appelle l’Europe

Le sud-ouest n’est malheureusement pas seul concerné. Dans le Var, un incendie parti mardi a déjà brûlé 2 700 hectares sur le massif du Gros Bessillon. Une cinquantaine de maisons ont été touchées, dont 25 entièrement détruites, selon la préfecture locale.
Face à cette multiplication des foyers, Emmanuel Macron a annoncé dans la nuit avoir demandé l’activation du mécanisme de protection civile de l’Union européenne. La France va recevoir des renforts aériens « rapidement », a-t-il précisé sur X.
Concrètement, deux Canadair croates, deux Air Tractor portugais et deux hélicoptères lourds Black Hawk, tchèque et slovaque, doivent venir prêter main-forte aux moyens français déjà engagés. Une mobilisation qui rappelle celle observée lors de précédents feux dramatiques dans la région bordelaise.
Le président a salué le courage des sapeurs-pompiers et des forces de secours engagés « sans relâche sur le front des flammes ». Une formule qui résume l’ampleur d’une nuit où trois départements français ont dû, presque simultanément, faire face à des incendies hors de contrôle.
Ce que cette nuit dit de l’été qui s’annonce
Ces trois incendies simultanés, en Gironde, dans les Landes et dans le Var, interviennent alors que le sud du pays enchaîne des records de chaleur inédits, de jour comme de nuit. Une conjonction qui inquiète autant les pompiers que les météorologues.
Les autorités rappellent que le débroussaillement autour des habitations reste l’une des rares parades efficaces contre la propagation rapide des flammes vers les zones habitées. Une obligation encore trop souvent négligée par les propriétaires.
Pour l’heure, la priorité reste l’évacuation et la sécurité des habitants. Le bilan humain et matériel de cette nuit ne sera connu que dans les prochaines heures, une fois les flammes stabilisées sur au moins l’un des trois fronts.