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« On ne retrouvera pas de logement à 1 700 € » : des locataires poussés dehors pour des travaux… qui cachent une vente

Publié par Elodie le 09 Juin 2026 à 6:41
Femme inquiète lisant un courrier dans sa cuisine

Au Luxembourg, le marché immobilier est déjà un cauchemar pour les locataires. Alors quand un propriétaire résilie le bail pour « gros travaux » et que les appartements se retrouvent en vente sur un site d’agence, la pilule est difficile à avaler. Voici l’histoire d’une famille prise au piège, avec une date butoir, pas de solution de relogement et un système qui semble jouer contre elle.

Une lettre d’avocat, trois mois pour déguerpir et des travaux très suspects

Le 3 février, plusieurs locataires d’un immeuble situé dans une ville du sud du Luxembourg reçoivent un courrier signé par un avocat. Le message est sec : ils doivent quitter leur logement avant le 31 mai. Le motif invoqué par le propriétaire : la nécessité de réaliser des « travaux substantiels ».

La liste est longue. Pompe à chaleur, panneaux solaires, rénovation intégrale des salles de bains, remplacement des cuisines, façade, toiture, parties communes. Un immeuble construit en 2012, donc récent, qui aurait soudainement besoin d’un lifting complet. De quoi soulever quelques sourcils.

Stéphane, l’un des locataires, ne cache pas sa stupéfaction. « Les travaux paraissent bizarres, notamment pour les cuisines et les salles de bains. Personne n’est venu à l’appartement pour voir s’il y avait besoin de les changer. » Un ressenti partagé par d’autres résidents, tous pris de court par la brutalité de la procédure. Dans un contexte de hausse des coûts du quotidien, perdre son toit relève du drame.

Le propriétaire, contacté par la presse luxembourgeoise, n’a pas souhaité répondre aux questions. Une déclaration préalable et une autorisation de bâtir ont bien été déposées auprès de la commune en août 2024, selon le courrier. Mais pour les locataires, le doute est déjà installé. Et ce qui va suivre ne fait que nourrir leur colère.

Les appartements en vente sur internet : la découverte qui change tout

C’est Sandra, une autre locataire, qui fait la découverte. En naviguant sur un site d’agence immobilière, elle tombe sur les appartements de son propre immeuble. Mis en vente. Pas en location après travaux. En vente, tout simplement.

« Celui que je loue n’a pas encore été vendu, explique-t-elle. Une seule personne a pu rester, parce que le nouveau propriétaire a accepté de la garder comme locataire. » Pour tous les autres, c’est la porte. Sandra vivait dans cet immeuble depuis 2018 avec son mari et ses enfants. Licenciée en 2024, elle dépend désormais du seul salaire de son conjoint.

Le calcul est implacable. Leur loyer actuel : 1 700 euros par mois. Au-delà de 2 000 euros, le budget familial ne suit plus. Or, au Luxembourg, trouver un appartement familial à ce prix relève de la mission impossible. Quand on voit que même les retraités acceptent des sacrifices financiers, on mesure l’ampleur du problème.

Déménager dans un pays frontalier ? Sandra y a pensé. Mais sans permis de conduire, avec un mari qui part tôt et des enfants scolarisés au Luxembourg sans place en maison relais, l’équation est insoluble. « Cela m’obligerait à attendre sur un banc pour les récupérer pendant la journée.

» Quant au logement social, l’assistante sociale lui a tendu un formulaire en la prévenant : cinq ans d’attente minimum. Autant dire une éternité quand le compteur tourne jusqu’au 31 mai.

Stéphane, lui, louait son appartement à un prix « très inférieur au marché ». Faute de solution locale, il a été contraint de tout quitter pour s’installer en France.

Façade d'un immeuble résidentiel moderne au Luxembourg

Ce que dit la loi luxembourgeoise — et l’arme secrète des locataires floués

Au Luxembourg, la justice a déjà tranché des cas similaires. La loi sur le bail du 21 septembre 2006 est claire : un propriétaire ne peut résilier un bail sans motif. Trois cas seulement le permettent. Le besoin personnel, la faute du locataire, ou des « motifs graves et légitimes » comme des travaux rendant le logement inhabitable.

Maître Mario Di Stefano, spécialiste en droit immobilier, précise que la jurisprudence exige du bailleur trois preuves cumulatives : l’utilité réelle des travaux, l’intention sincère de les exécuter, et l’impossibilité objective de maintenir le locataire dans les lieux pendant le chantier. Pas juste un dossier administratif bien ficelé.

Le ministre du Logement, Claude Meisch, a rappelé dans une réponse parlementaire un détail crucial. Si les locaux ne sont pas utilisés aux fins indiquées dans la résiliation dans les trois mois suivant le départ de chaque locataire, le bailleur doit verser une indemnité. Et si le tribunal juge la résiliation abusive, les dommages et intérêts ne peuvent être inférieurs à un an de loyer.

Attention au détail : la simple délivrance d’autorisations administratives ne suffit pas. Les travaux doivent avoir « matériellement débuté ». Autrement dit, si l’immeuble reste vide et que les appartements sont vendus sans qu’un seul marteau ne frappe un mur, les anciens locataires disposent d’un levier juridique solide. Encore faut-il avoir les moyens — et l’énergie — de se battre devant un tribunal.

Un immeuble de 2012, des travaux annoncés, des appartements en vente : au Luxembourg, la crise du logement pousse certains propriétaires à jouer avec les limites de la loi. Sandra, Stéphane et les autres ont trois mois pour se reloger — ou trois mois pour prouver que le motif était bidon. La vraie question, c’est : combien de familles en Europe vivent exactement la même angoisse sans même savoir qu’elles ont des droits ?

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