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Lait, yaourts, fromages : Lactalis annonce des hausses de prix liées à la guerre au Moyen-Orient

Publié par Gabrielle Nourry le 18 Avr 2026 à 8:16

Le PDG de Lactalis, premier groupe laitier mondial, a reconnu ce jeudi que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran provoquait des surcoûts « de plusieurs dizaines de millions d’euros ». Conséquence directe : les prix du lait, des yaourts et des fromages vont grimper dans les rayons. Et les distributeurs, eux, refusent pour l’instant de négocier.

Quand une guerre à 5 000 km fait flamber le rayon frais

Femme vérifiant les prix au rayon produits laitiers

On n’y pense pas forcément en attrapant un pack de lait ou un camembert. Pourtant, derrière chaque produit laitier se cache une chaîne logistique directement branchée sur le cours du pétrole. Transport frigorifique, emballages plastiques, cartons : tout dépend de l’or noir. Et depuis que le conflit au Moyen-Orient s’est intensifié entre les États-Unis, Israël et l’Iran à partir du 28 février, les prix du baril se sont envolés.

Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis, a posé les mots jeudi 16 avril lors de la présentation des résultats annuels du groupe à Grenade. « Le conflit a un impact important sur les coûts, à la fois sur les transports et les emballages », a-t-il déclaré. Et il a ajouté, sans détour : « Le contexte est assez compliqué. » Traduction : la facture va être salée, et pas seulement pour l’industriel.

Lactalis n’est pas un petit acteur. C’est le numéro un mondial du lait, avec un chiffre d’affaires de 31,2 milliards d’euros en 2025 – en hausse de 2,9 %. Des marques comme Président, Lactel, Bridel ou Galbani sont dans son giron. Quand Lactalis tousse, c’est tout le rayon frais qui s’enrhume. Mais derrière ces chiffres en croissance, la réalité des marges raconte une autre histoire.

« Plusieurs dizaines de millions d’euros » de surcoûts

Pétrolier traversant un détroit au coucher du soleil

Le montant annoncé donne le vertige. Emmanuel Besnier parle de surcoûts chiffrés en « plusieurs dizaines de millions d’euros ». Ce n’est pas un ajustement à la marge, c’est un choc budgétaire que le groupe ne peut pas absorber seul. L’instabilité, selon le PDG, est « appelée à durer jusqu’en 2026 ». Autrement dit, pas de retour à la normale avant de longs mois.

Si le prix du gaz a déjà bondi ces dernières semaines, le pétrole touche des secteurs qu’on ne soupçonne pas toujours. L’emballage d’un yaourt, par exemple, c’est du plastique issu du pétrochimique. Le camion qui livre votre supermarché tourne au diesel. Multipliez ça par les millions de tonnes de produits que Lactalis expédie chaque année, et vous comprenez l’ampleur du problème.

Côté consommateurs, Lactalis jure vouloir « minimiser l’impact ». Mais la phrase suivante du PDG est sans ambiguïté : « Nous avons la nécessité d’aller répercuter ça auprès de nos clients. » Le directeur des opérations, Thierry Clément, précise que la hausse sera modulée « en fonction des catégories » de produits. Tous ne seront pas logés à la même enseigne, mais aucun ne sera totalement épargné. La question n’est plus de savoir si les prix vont augmenter, mais de combien.

Le bras de fer avec les distributeurs est lancé

Voilà le nœud du problème. Lactalis, comme d’autres industriels de l’agroalimentaire, demande la réouverture des négociations commerciales avec la grande distribution. L’objectif est simple : partager la facture des surcoûts entre le fabricant, le distributeur et, in fine, le consommateur. Sauf que les supermarchés ne veulent pas en entendre parler.

Les enseignes comme Leclerc, Carrefour ou Lidl redoutent que de nouvelles hausses pèsent encore plus sur le pouvoir d’achat des ménages. Le sujet est ultra-sensible politiquement. Rappelons que les prix à la pompe font déjà l’objet de tensions, et que l’inflation alimentaire reste un irritant majeur pour des millions de Français.

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Pour l’instant, le blocage est total. Mais Lactalis a un argument de poids : si le groupe ne peut pas répercuter ses coûts, ce sont les éleveurs et les sous-traitants qui trinqueront les premiers. Un scénario que personne ne souhaite, surtout après les crises agricoles à répétition. Le bras de fer ne fait que commencer, et c’est bien votre ticket de caisse qui sert de terrain de jeu.

Une accumulation de crises sans précédent pour le secteur laitier

Éleveur laitier inquiet dans son exploitation bovine

Le conflit au Moyen-Orient n’est pas le seul facteur. Le secteur laitier européen fait face à une convergence de difficultés rarement vue. Les maladies animales – fièvre catarrhale, grippe aviaire qui touche certains élevages bovins – fragilisent la production. Les tensions commerciales internationales ajoutent de l’incertitude sur les exportations. Et maintenant, le choc énergétique vient alourdir la note.

L’Insee a d’ailleurs confirmé mercredi 15 avril que les prix à la consommation en France avaient augmenté de 1 % sur le seul mois de mars, soit plus qu’initialement annoncé. Sur un an, la hausse atteint 1,7 %. Le pétrole est le principal moteur de cette inflation. Et quand on sait que l’alimentation représente le deuxième poste de dépenses des ménages français, chaque point de pourcentage compte.

Malgré ce contexte, Lactalis affiche une santé financière robuste. Le groupe a franchi la barre des 10 milliards d’euros de revenus sur le continent américain, porté par une stratégie d’expansion agressive. Mais ces performances à l’international ne protègent pas le marché français des secousses. Le consommateur hexagonal, lui, voit surtout que son panier de courses coûte de plus en plus cher.

Ce qui va changer concrètement dans votre caddie

Alors, à quoi faut-il s’attendre concrètement ? D’abord, toutes les catégories de produits laitiers seront touchées, mais pas de la même manière. Les produits à forte composante emballage – yaourts individuels, desserts lactés, fromages frais en barquette – devraient subir les hausses les plus marquées. Les fromages frais et les laits UHT, dont le conditionnement est plus simple, pourraient être un peu moins impactés.

Ensuite, le calendrier. Lactalis négocie actuellement avec ses clients distributeurs. Si les négociations aboutissent – ce qui est loin d’être acquis –, les premières hausses pourraient apparaître en rayon dès l’été 2025. Dans le cas contraire, le groupe pourrait réduire certaines promotions ou reformuler des gammes pour maintenir ses marges. Dans tous les cas, le consommateur malin a intérêt à surveiller ses habitudes d’achat.

Dernier point : Lactalis n’est pas seul dans cette situation. Danone, Savencia, Sodiaal et tous les acteurs du secteur font face aux mêmes surcoûts. Si le numéro un mondial annonce des hausses, les autres suivront mécaniquement. La crise énergétique liée au Moyen-Orient est en train de devenir une crise alimentaire à bas bruit. Pas spectaculaire, pas brutale, mais bien réelle – et elle se joue dès maintenant dans les coulisses de la grande distribution française.

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