Après 3 accidents graves, ce maire interdit la chasse : les chasseurs le mettent en garde

Un cycliste blessé, une balle perdue dans une entreprise, une coiffeuse touchée à travers son pare-brise. Ces incidents ne sont pas des scénarios catastrophe, ce sont des faits réels survenus en Haute-Garonne. Face à cette accumulation, un maire a fini par dire stop, quitte à s’attirer les foudres d’un lobby qu’il qualifie lui-même d’« extrêmement puissant ».
Un bois où l’on ne pouvait plus se promener tranquille
Frédéric Pasian, maire de Lherm, une commune de 3 500 habitants nichée près de Toulouse, en avait assez des plaintes. Chaque lundi qui suivait une battue dans le bois des Escoumes, des habitants venaient frapper à la porte de la mairie pour raconter leur peur.
Ce bois de 29 hectares n’est pourtant pas un terrain anodin. C’est un espace où les familles se promènent, où les enfants jouent, où les cyclistes passent le week-end. Le genre d’endroit qui devrait rester sans risque, comme n’importe quel coin de nature fréquenté au quotidien.
Sauf que l’histoire récente de ce lieu raconte tout autre chose. En 2007, un homme à vélo reçoit une balle dans l’épaule alors qu’il roule avec son fils. En 2021, une balle perdue atterrit dans le bâtiment d’une entreprise voisine.
Ce ne sont pas des cas isolés à l’échelle nationale non plus : en 2023, une balle traverse le pare-brise d’une voiture et blesse une coiffeuse ailleurs dans le pays, un fait divers qui a marqué les esprits et alimenté un débat plus large, un peu comme certains sujets de société qui s’invitent brutalement dans le quotidien des habitants.
La décision radicale qui divise déjà le village
À partir du 11 janvier 2028, chasser dans le bois des Escoumes sera tout simplement interdit. Une première pour une commune de cette taille, et une décision qui n’a rien d’improvisé selon le maire.
« Après, j’ai eu quelques petits accrochages verbaux avec des chasseurs autour du bois des Escoumes puisque chaque fois qu’il y avait une battue dans ce coin-là, j’avais des habitants qui dès le lundi venaient en mairie se plaindre », explique Frédéric Pasian à TF1 Info.
Il ajoute avoir affronté « un lobby de la chasse extrêmement puissant », une opposition qui l’a finalement convaincu d’aller au bout de la démarche pour ouvrir la voie à d’autres communes.
Le sujet dépasse largement le seul village de Lherm. Selon les chiffres cités, 8 Français sur 10 souhaiteraient voir la chasse interdite le dimanche, signe d’une lassitude bien plus large face à ce type d’incident, un peu comme d’autres débats de société qui opposent régulièrement deux visions du quotidien. Mais dans la commune elle-même, la mesure est loin de faire l’unanimité, surtout du côté des chasseurs locaux.

Le sombre pronostic des chasseurs pour l’avenir du bois
Sébastien Dejean, directeur de la Fédération des chasseurs de la Haute-Garonne, n’a pas mâché ses mots. Selon lui, l’interdiction ouvre la porte à un problème que la commune n’a pas anticipé.
« Il va sans doute y avoir une prolifération d’animaux dans cette zone, comme des cerfs ou des sangliers, qui peuvent s’avérer dangereux pour les habitants », prévient-il. Il pointe une contradiction qu’il juge évidente : « C’est un comble : ils sont philosophiquement contre la chasse mais ils auront besoin de nous pour réguler et éviter les nuisances. »
Le maire, lui, balaie ce scénario catastrophe. Selon Frédéric Pasian, le bois des Escoumes n’est tout simplement pas un site de reproduction pour la faune sauvage. Il serait même peu fréquenté par le gibier, précisément à cause de l’affluence humaine régulière sur place, ce qui rendrait le risque de prolifération beaucoup moins probable que ne le craint la fédération de chasse.
Reste à savoir qui aura raison une fois l’interdiction en vigueur. D’ici le 11 janvier 2028, les regards resteront braqués sur ce petit bois de 29 hectares, devenu malgré lui le symbole d’un bras de fer bien plus vaste.
Un bois, deux visions, et une échéance qui approche : la vraie réponse ne viendra que sur le terrain. D’autres communes observent déjà la manœuvre de près, prêtes à s’en inspirer si le pari tient ses promesses.