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Huit fois par jour, un train traverse ce marché au ras des étals : en quelques secondes, les marchands replient tout, puis tout recommence

Publié par Elsa Fanjul le 02 Nov 2026 à 10:54

Des fruits, des légumes, du poisson frais posés à quelques centimètres des rails. Un coup de klaxon retentit au loin. En quelques secondes, les marchands replient leurs parasols, tirent leurs paniers en arrière, et un train passe au milieu des étals, frôlant les passants. Puis, comme si de rien n’était, le marché reprend sa place. En Thaïlande, ce ballet se répète plusieurs fois par jour depuis des décennies.

marché Maeklong train

Un marché posé sur une voie ferrée

Il faut se rendre à Samut Songkhram, une petite ville située à environ 80 kilomètres au sud-ouest de Bangkok, pour assister à ce spectacle. Là, au bout d’une ligne de chemin de fer, se tient l’un des marchés les plus étonnants du monde.

Le marché de Maeklong s’étend sur une centaine de mètres le long des voies, juste à côté de la gare. Des deux côtés des rails, des dizaines d’étals proposent des fruits, des légumes, de la viande, du poisson et des fruits de mer. Selon Wikipédia, il est considéré comme l’un des plus grands marchés de produits de la mer frais de Thaïlande.

Rien de très inhabituel, à première vue. Sauf que les marchandises sont installées directement au bord des rails, à quelques centimètres à peine. Et que la voie est toujours en service.

Le marché qui « replie ses parapluies »

Ici, on l’appelle Talad Rom Hup, que l’on peut traduire par le « marché des parapluies qui se replient ». Un nom qui décrit parfaitement ce qui se passe à chaque arrivée de train.

Lorsque le klaxon se fait entendre, les commerçants abaissent leurs auvents et rabattent leurs parasols. Ils tirent leurs paniers en arrière, et les visiteurs reculent pour laisser passer le convoi. Le train avance alors lentement, au milieu du marché, à quelques centimètres seulement des marchandises.

Selon le site Culture Trip, le train circule à une vitesse moyenne d’environ 30 km/h, et klaxonne régulièrement pour prévenir de son passage. À peine est-il passé que les parasols se redéploient, et le marché reprend son activité normale.

Un marché « où l’on risque sa vie »

Les habitants lui donnent aussi un autre surnom, plus inquiétant. Selon The Thaiger, certains l’appellent le « Siang Tai », que l’on peut traduire par le « marché où l’on risque sa vie ».

Le nom est sans doute exagéré, mais il dit bien l’impression que laisse le passage du train. Car malgré le spectacle, le marché reste avant tout un lieu de courses pour les habitants. On y trouve surtout des produits du quotidien : mangues, durians, poissons, crevettes, viande, légumes et petits en-cas traditionnels. Les souvenirs pour touristes y sont bien plus rares que dans les marchés de Bangkok.

Huit passages par jour

Ce ballet ne se produit pas une seule fois par jour. Selon le site The Thaiger, des trains traversent le marché huit fois par jour : quatre arrivées et quatre départs de la gare de Maeklong.

Les horaires changent régulièrement, et les trains sont souvent en retard. Mais pour les marchands, la manœuvre est devenue une seconde nature.

« C’est une habitude que toutes les boutiques d’ici ont depuis au moins 50 ans, ce n’est pas compliqué pour nous », expliquait en 2019 Noppadol Imemkosa, propriétaire d’un restaurant du marché, au site d’information indien ETV Bharat.

Qui est arrivé en premier ?

Une question revient souvent : pourquoi les marchands se sont-ils installés sur une voie ferrée ? En réalité, selon plusieurs sources, ce serait plutôt l’inverse.

Le marché existait déjà lorsque la voie ferrée a été construite. Au début du XXe siècle, deux compagnies privées construisent une ligne pour acheminer les produits des ports de pêche vers les marchés de Bangkok. Selon Wikipédia, la ligne de Ban Laem, qui mène à Maeklong, ouvre vers 1905. Les deux compagnies fusionnent en 1907.

Plutôt que de déménager, les marchands ont choisi de rester. Et ils se sont adaptés, en apprenant à libérer la voie à chaque passage de train. Plus d’un siècle plus tard, la cohabitation entre le rail et les étals est devenue la marque de fabrique du marché.

Ces histoires d’aménagements contraints font souvent les gros titres. Nous vous avions raconté celle de ces propriétaires d’Osaka qui ont refusé de vendre leur terrain, si bien qu’une autoroute traverse aujourd’hui leur tour de bureaux.

Une ligne pas comme les autres

La ligne de Maeklong est elle-même une curiosité. Longue de près de 67 kilomètres, elle relie la gare de Wongwian Yai, à Bangkok, à Samut Songkhram. Mais elle est coupée en deux par une rivière, la Tha Chin.

Pour rejoindre le marché en train depuis Bangkok, il faut donc prendre un premier train jusqu’à Maha Chai, traverser la rivière en bateau, puis monter dans un second train. Un trajet d’environ trois heures. La ligne est aujourd’hui exploitée par la compagnie nationale des chemins de fer thaïlandais.

Devenu une star du tourisme

Pendant longtemps, le marché de Maeklong est resté un marché local, fréquenté par les habitants. Tout change au début des années 2000.

Selon ETV Bharat, sa popularité explose après une campagne lancée en 2003 par l’office du tourisme thaïlandais pour faire découvrir des lieux méconnus du pays. L’objectif était alors de relancer le tourisme, frappé par l’épidémie de SRAS.

En 2018, sur les 38 millions de touristes venus en Thaïlande, au moins deux millions auraient visité Maeklong et son marché. Aujourd’hui, des groupes entiers attendent le passage du train, téléphone à la main, pour filmer la scène.

Un spectacle à couper le souffle, mais attention

Le spectacle a de quoi impressionner. Mais il impose quelques précautions. Les sites touristiques recommandent de se tenir en retrait des rails au passage du train, et de suivre les gestes des marchands.

Le marché est ouvert tous les jours, généralement de 7 heures à 16 heures. La plupart des commerçants n’acceptent pas la carte bancaire : mieux vaut prévoir du liquide.

Beaucoup de visiteurs combinent la visite avec celle du marché flottant de Damnoen Saduak, situé à une vingtaine de minutes de route.

D’autres curiosités de l’urbanisme

Le marché de Maeklong rejoint la liste de ces lieux où la vie quotidienne s’est adaptée à des infrastructures improbables. En Chine, une ligne de métro traverse carrément un immeuble. Ailleurs, une ferme se retrouve au beau milieu d’une autoroute.

Et à Canton, une femme qui refusait de vendre sa maison de 40 m² a vu un pont à quatre voies être construit autour de chez elle. La Thaïlande, elle, réserve bien d’autres surprises, comme cette ville envahie par des milliers de singes.

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