Quatre Rafale, 40 000 kilomètres : la tournée-vitrine que la France lance autour du monde

Ce mardi 8 septembre, l’armée de l’Air et de l’Espace a lancé un exercice hors norme. Quatre Rafale, des avions ravitailleurs et près de 300 militaires s’apprêtent à traverser la planète en un peu plus d’un mois. Derrière cette démonstration de force se cache aussi un autre objectif, bien plus discret, qui touche à l’industrie française de défense.
Un déploiement pensé pour tester les limites françaises
La mission s’appelle Pégase 26, septième édition de cet exercice de projection aérienne à longue portée. Elle mobilise quatre Rafale, trois ravitailleurs MRTT Phénix, deux A400M Atlas et environ 300 aviateurs, selon un communiqué du ministère des Armées. L’objectif affiché : parcourir plus de 40 000 kilomètres jusqu’au 15 octobre.
Le détachement mettra d’abord le cap sur le Groenland, une étape loin d’être anodine. Il s’agit d’éprouver la capacité des équipages à opérer par grand froid, tout en validant une nouvelle route de projection passant par le Grand Nord vers le Japon et l’Indopacifique. Ce genre de manœuvre rappelle d’autres opérations sensibles menées récemment, comme cette interception d’urgence menée par un Rafale au-dessus du territoire français.
Le pilotage de l’ensemble se fera à distance, depuis la base aérienne 942 de Lyon-Mont-Verdun. Un choix qui illustre la montée en puissance des capacités de commandement centralisé de l’armée française, capable de suivre un dispositif dispersé sur plusieurs continents. Ce type d’exercice s’inscrit dans un climat international tendu, où la question de la préparation militaire à long terme revient régulièrement sur la table.
Un itinéraire qui traverse quatre continents
Après le Groenland, le parcours se poursuit vers le Canada, l’Alaska, puis le Japon et la Corée du Sud. Le dispositif descend ensuite vers l’Indonésie, l’Inde, La Réunion et le Qatar, avant une dernière étape en Égypte. Vingt-six jours seront passés dans la seule zone indopacifique.
Durant ce séjour, une escale est prévue à la base aérienne 181 de La Réunion, avec une participation à Tarang Shakti, un exercice multinational organisé par l’Inde. Cette présence prolongée dans une région où les tensions géopolitiques s’accumulent n’a rien d’un hasard, à l’image de l’attention portée récemment aux contrats de défense signés par l’Indonésie avec la France.
Le général de division aérienne Julien Sabéné, commandant en second du Commandement de la défense et des opérations aériennes, résume l’enjeu en une phrase : « Pour être crédible et respecté, il faut pouvoir intervenir rapidement et de façon autonome, en tout point du globe, dans un environnement géopolitique incertain et volatil ». Une déclaration qui fait écho aux propos récents sur la capacité française à défendre ses intérêts stratégiques partout dans le monde.

Le vrai objectif se cache dans la liste des escales
En superposant la carte du contexte géopolitique actuel et celle des clients export du Rafale, un détail saute aux yeux. Quatre des pays visités par la mission comptent parmi les huit acheteurs étrangers de l’appareil français. Rien n’a été laissé au hasard dans le tracé de Pégase 26.
L’Inde a acheté 36 Rafale en 2016 pour son armée de l’air, puis 26 Rafale Marine pour sa flotte. Des négociations sont en cours pour une commande géante de 114 avions supplémentaires, un contrat qui ferait de New Delhi le plus gros client export du chasseur français.
L’Indonésie en a commandé 42 en trois tranches entre 2022 et 2024, dont les premiers exemplaires ont été livrés cette année seulement. Le Qatar en aligne 36, et l’Égypte 54. Le Caire vient justement d’adresser à Dassault Aviation une demande de propositions portant sur 24 appareils supplémentaires, preuve que la relation commerciale reste active et que cette tournée arrive à point nommé.
Derrière la démonstration technique, Pégase 26 ressemble donc à une tournée commerciale déguisée en manœuvre militaire. Chaque escale rappelle discrètement à ces clients que le Rafale sait voler loin, longtemps, et dans n’importe quel climat. La France a-t-elle trouvé la meilleure vitrine possible pour son industrie de défense ?