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Berlin : cette piscine gratuite réserve 6 heures à une seule communauté, la polémique explose

Publié par Elodie le 14 Août 2026 à 12:03
Piscine éphémère installée devant un théâtre berlinois

Une piscine gratuite, ouverte à tous, sans contrôle d’identité. C’est ce que promettait le Volksbad, ce bassin éphémère installé devant un théâtre berlinois. Sauf que pour six heures précises, un vendredi de plein été, la promesse ne tenait plus vraiment. Ce qui devait rester un simple détail de programmation est devenu, en quelques jours, l’un des sujets les plus commentés d’Allemagne.

Un bassin gratuit au cœur de Berlin, et une phrase qui a tout déclenché

Depuis le 7 août, un bassin de 25 mètres de long trône devant la Volksbühne, l’un des théâtres les plus connus de la capitale allemande. Le lieu s’appelle le Volksbad. Il peut accueillir jusqu’à 46 personnes en même temps, et l’accès est censé être libre, sans justificatif à présenter.

Une bouffée d’air bienvenue dans une ville où plusieurs équipements aquatiques ont fermé ces dernières années, un peu comme cette recherche de fraîcheur estivale que beaucoup de Français connaissent aussi.

Mais sur le site du théâtre, une mention a mis le feu aux poudres. Pour le vendredi 14 août, de midi à 18 heures, il était écrit que « le Volksbad est exclusivement ouvert aux communautés noires ». Le texte demandait même de « respecter cette autodésignation collective ».

Les quotidiens Bild et Die Welt ont été les premiers à relayer l’affaire, et la controverse a très vite dépassé les frontières berlinoises, un emballement qui n’est pas sans rappeler d’autres polémiques institutionnelles nées d’une simple phrase mal calibrée.

Face au tollé, la Volksbühne a changé sa version en catastrophe

Mardi, la mention a disparu du site. Plus aucune trace d’un accès réservé selon l’origine ethnique. Le théâtre a remplacé la formulation par une explication plus sobre : « le Volksbad est réservé à Each One Teach One (EOTO) », une association berlinoise qui organise des activités sociales, culturelles et éducatives pour les personnes noires et d’origine africaine.

Le changement de discours n’efface pas la question de fond. Selon Die Welt, on ne sait pas encore comment l’accès sera concrètement filtré ce vendredi. Le droit allemand interdit les discriminations fondées sur l’origine, mais il tolère certains dispositifs destinés à corriger des inégalités.

L’organisme fédéral chargé de la lutte contre les discriminations cite d’ailleurs les « horaires de visite séparés dans les piscines » comme une mesure pouvant, dans certains cas, être admise.

Un cadre juridique flou, qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations, comme dans d’autres affaires où une institution publique doit justifier une décision sensible après coup.

Femme anonyme regardant vers une piscine publique

Une piscine à 300 000 euros, financée par de l’argent public

Ce qui fait vraiment tanguer l’histoire, c’est le contraste entre les intentions affichées et la réalité du terrain. La Volksbühne avait présenté ce bassin comme une invitation estivale adressée à toute la ville, dans un contexte où plusieurs piscines berlinoises ferment les unes après les autres. Le règlement officiel du Volksbad précisait pourtant que l’accès était « en principe ouvert à tous ».

L’opération n’a rien d’anecdotique côté budget. Elle représente un coût d’environ 300 000 euros pour le théâtre, selon Bild. Et la Volksbühne elle-même touche plus de 20 millions d’euros par an de subventions publiques.

Autrement dit : de l’argent du contribuable berlinois, pour un équipement présenté comme universel, mais dont un créneau entier a d’abord été fléché vers un seul groupe défini par sa couleur de peau.

De quoi alimenter un débat qui dépasse largement le cadre d’une simple baignade, à la manière de certaines polémiques françaises autour de l’usage des fonds publics.

La piscine, elle, doit rester installée jusqu’en octobre. Le débat sur ce qu’« ouvert à tous » veut vraiment dire, lui, risque de durer bien plus longtemps que ça. À Berlin comme ailleurs, la question reste ouverte : jusqu’où peut-on aller pour réparer une inégalité, sans en créer une autre ?

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