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CAF : cette aide de 638 € que la Cour des comptes veut retirer aux apprentis et aux retraités actifs

Publié par Mathieu le 13 Juin 2026 à 19:03
Femme inquiète devant des documents administratifs et une calculatrice

Chaque année, 10 milliards d’euros sont versés au titre de la prime d’activité à 4,5 millions de foyers français. Une enveloppe colossale. Pourtant, un rapport explosif de la Cour des comptes vient de poser la question qui fâche : cette aide sert-elle vraiment à quelque chose pour tout le monde ?

Deux catégories de bénéficiaires sont directement visées. Et la facture des réformes proposées donne le tournis.

Prime d’activité : 10 milliards d’euros par an pour quel résultat ?

Créée par la loi du 17 août 2015 et versée depuis janvier 2016, la prime d’activité avait une mission claire : encourager les Français aux revenus modestes à travailler. En 2026, son montant forfaitaire de base atteint 638,28 euros par mois pour une personne seule, avec des majorations selon la composition du foyer.

Versée par la CAF ou la MSA, elle touche environ 4,5 millions de foyers. Dix ans après son lancement, le bilan divise. Un rapport présenté mercredi au Sénat, appuyé sur une étude de l’économiste Antoine Bozio et un sondage Ipsos auprès de 6 000 personnes, dresse un constat nuancé.

Côté positif, la prime a « largement contribué à faire disparaître les situations de pauvreté pour les personnes qui travaillent à temps plein », selon Sophie Thibault, présidente de la cinquième chambre de la Cour des comptes. Mais pour les travailleurs à temps partiel, l’impact reste limité.

Le chiffre qui fait mal : 80 % des bénéficiaires déclarent ne pas tenir compte de cette aide dans leurs choix professionnels. Chercher un emploi, en accepter un ou le refuser — la prime ne pèse quasiment pas dans la balance. D’après les réflexions sur les aides financières, le problème viendrait de la difficulté à anticiper le montant exact de l’allocation.

Un dispositif coûteux dont l’effet incitatif semble fantôme — voilà ce que la Cour met noir sur blanc. Reste à savoir qui pourrait en faire les frais.

Apprentis et retraités actifs : les deux profils dans le viseur de la Cour des comptes

La recommandation phare du rapport est limpide : « mettre fin à l’éligibilité des apprentis et des salariés en cumul emploi-retraite ». Pour ces deux catégories, la prime d’activité « ne joue aucun rôle incitatif à l’emploi », tranche la Cour. Les apprentis sont déjà engagés dans une formation, les retraités actifs ont déjà fait leur choix de continuer.

Le sénateur LR Arnaud Bazin, co-rapporteur spécial, enfonce le clou. La prime ne concerne que les apprentis touchant plus de 78 % du Smic — autrement dit, « ceux qui sont les mieux lotis ». Une contradiction flagrante avec l’esprit initial du dispositif.

Sur le plan budgétaire, supprimer ces deux publics représenterait plus de 300 millions d’euros d’économies par an. Dans un contexte où chaque ligne de dépense publique est scrutée, l’argument pèse lourd. D’autant que les débats sur les dépenses publiques ne manquent pas en ce moment.

Mais retirer une aide à des centaines de milliers de foyers ne se fait pas sans remous. Les syndicats étudiants et les associations de retraités suivent le dossier de très près. La vraie question, c’est ce que la Cour propose de faire avec les marges budgétaires ainsi dégagées.

Fiche de paie posée sur un bureau à côté de pièces en euros

Dès le premier euro : la réforme à 900 millions qui changerait tout

Au-delà des coupes, Sophie Thibault avance une piste ambitieuse. Aujourd’hui, le bonus individuel n’est versé qu’aux personnes gagnant au moins 50 % du Smic. La « meilleure piste » consisterait à le verser dès le premier euro de revenu.

L’objectif est simple : intégrer les travailleurs à temps partiel, ceux qui galèrent le plus. Souvent des femmes, souvent précaires, souvent invisibles dans les statistiques. Ce sont eux que le dispositif actuel laisse de côté.

Le hic ? Cette mesure coûterait environ 900 millions d’euros supplémentaires. Pour compenser, la Cour suggère de revoir le barème à la baisse pour les bénéficiaires aux revenus les plus élevés. Un jeu de vases communicants politiquement sensible.

Sophie Thibault a d’ailleurs taclé la récente revalorisation de 50 euros accordée à trois millions de ménages en avril 2026. Selon elle, cette hausse « s’éloigne des préconisations » du rapport. Autrement dit : on arrose large au lieu de cibler les vrais besoins.

Le message de la Cour des comptes est clair : mieux vaut aider moins de monde, mais mieux. Reste à voir si le gouvernement osera toucher à une aide qui concerne 4,5 millions de foyers en pleine période de tension sociale.

Dix milliards par an, 80 % de bénéficiaires qui n’y pensent même pas en cherchant un emploi — la prime d’activité a un sérieux problème de rentabilité sociale. Si la Cour des comptes obtient gain de cause, apprentis et retraités actifs seront les premiers à perdre cette aide. Et vous, vous saviez seulement que des retraités pouvaient la toucher ?

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