Nokia : la sonnerie de ton premier portable est une valse espagnole de 1902
Tu la connais par cœur, même si tu n’as pas touché un Nokia depuis vingt ans. Quatre mesures, une mélodie qui a sonné dans les bus, les cantines et les salles de cinéma.
Sauf que personne chez Nokia ne l’a composée pour un téléphone. Elle dormait dans une pièce pour guitare classique, écrite près d’un siècle plus tôt.
Une mélodie plus vieille que le téléphone portable
Le morceau d’origine s’appelle Gran Vals. C’est une valse pour guitare seule, composée en 1902 par l’Espagnol Francisco Tárrega, guitariste et compositeur de l’époque romantique.
On le surnomme « le père de la guitare classique ». Autant dire que ses partitions n’avaient pas prévu de finir en bip dans une poche de jean.
Le style de la valse, lui, rappelle Chopin : des influences que les spécialistes de la musique classique ont relevées dans l’œuvre. Rien à voir, a priori, avec un appareil qui sert à appeler sa mère.
Mais comment une valse espagnole a-t-elle atterri chez un fabricant finlandais ? L’histoire commence par une publicité.

La pub qui a tout déclenché
En 1992, Nokia utilise une version de Gran Vals en fond sonore d’une publicité pour son modèle Nokia 1011. L’enregistrement date de 1989 et il est joué par le guitariste tchèque Lubomír Brabec.
L’extrait choisi contient déjà la phrase qui deviendra célèbre. Personne ne le sait encore, mais la sonnerie est là, cachée dans la musique d’une pub.
L’année suivante, le dirigeant Anssi Vanjoki montre la pièce entière à Lauri Kivinen, alors responsable de la communication du groupe. À eux deux, ils choisissent le passage à garder.
Et ce passage est minuscule. Combien de mesures exactement ?
Quatre mesures sur toute une valse
La réponse : quatre. Nokia a prélevé les mesures 13 à 16 de la pièce de Tárrega, et rien d’autre.
Tout le reste de la valse est resté dans l’ombre. Le monde entier connaît donc une infime fraction d’un morceau dont presque personne ne connaît le nom.
Ce court extrait est devenu la sonnerie par défaut de la marque. Il est apparu en 1994 sur le Nokia 2110, d’après le média BGR.

Selon Wikipédia, il serait ainsi devenu la première sonnerie musicale identifiable d’un téléphone mobile. Avant, un portable sonnait, et c’était tout.
Le détail que ta mémoire a effacé
Les premières versions étaient monophoniques : une seule note à la fois, avec ce son de petit buzzer qu’on reconnaît à l’oreille.
Avec l’évolution de la technologie, elles ont été remplacées par des versions polyphoniques, puis par de vraies versions audio. La mélodie, elle, n’a pas bougé.
Ce qu’on entendait à l’époque n’avait donc presque plus rien de la guitare de Tárrega. Il en restait juste la mélodie, passée à la moulinette du bip électronique.
Et ça a suffi : tu l’as reconnue en lisant ces lignes, non ? Une partie de l’histoire de la musique s’est glissée dans ton quotidien sans que tu t’en aperçoives.
De quoi briller à la prochaine soirée
La prochaine fois qu’un collègue sort son vieux Nokia en soirée, dis-lui que sa sonnerie est une valse de 1902. Précise que les quatre mesures viennent de la partition d’un guitariste espagnol.
Il va te regarder bizarrement. Puis il fredonnera la mélodie, et tu auras gagné.
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