Chats noirs et Halloween : la vraie raison de leur mauvaise réputation remonte au Moyen Âge
Chaque 31 octobre, il est partout. Sur les affiches, les guirlandes, les costumes, les cartes de vœux. Le chat noir, le dos arqué, les yeux jaunes qui brillent dans la nuit.
Mais d’où lui vient ce rôle de méchant officiel ? Et surtout, qu’a-t-il fait pour le mériter ? Spoiler : absolument rien. Voici l’histoire d’un malentendu vieux de plusieurs siècles.
Un animal vénéré avant d’être maudit
Remontons loin. Dans l’Égypte ancienne, les chats étaient vénérés, associés à la déesse Bastet. Les tuer était un crime. Rien à voir avec la réputation qu’on leur colle aujourd’hui.
Le chat noir, lui, n’était pas spécialement visé. Il faisait partie de la famille féline, point. La rupture arrive bien plus tard, et elle vient d’Europe.
Alors que s’est-il passé entre l’Antiquité et nos citrouilles en plastique ? La réponse se cache dans le Moyen Âge, et elle n’est pas jolie.
Le Moyen Âge, ou l’acte de naissance d’une rumeur
Au XIIIe siècle, l’Église s’inquiète des hérésies. En 1233, une bulle du pape Grégoire IX, Vox in Rama, décrit des rituels sataniques où un chat noir apparaît comme une incarnation du diable. Voilà le texte qui a fait du félin un suspect.
Les siècles suivants font le reste. Les chats sont des animaux nocturnes, discrets, indépendants. Ils vivent souvent près de femmes isolées, qu’on soupçonne alors de sorcellerie. Le chat noir, quasi invisible la nuit, devient le complice idéal dans l’imaginaire collectif.
Ce qui rend le chat noir si pratique pour les superstitions, c’est justement sa couleur. Un chat noir qui croise votre route à la tombée du jour, on a vite fait d’y voir un signe. Mais la partie la plus surprenante de l’histoire arrive juste après.

Le jour où l’on a puni les chats pour des crimes imaginaires
Selon une idée largement répandue, des chats auraient été massacrés en masse à l’époque médiévale, accusés de répandre des maléfices. L’histoire exacte de ces persécutions reste débattue par les historiens, qui rappellent que les sources sont inégales et parfois exagérées.
Ce qui est certain, c’est que le chat a progressivement perdu son statut d’animal utile contre les rongeurs pour devenir un symbole inquiétant. Une réputation collée à la fourrure et qui n’a jamais vraiment lâché.
Et Halloween dans tout ça ? Là aussi, un mélange de traditions. La fête vient de Samain, la fête celte qui marque le passage vers l’hiver, quand on imaginait la frontière entre les vivants et les morts plus fine que jamais. Un décor parfait pour y glisser créatures de la nuit, sorcières… et leur chat noir.
Chez nos voisins, le chat noir porte bonheur
Et c’est là que l’histoire devient franchement drôle. Au Royaume-Uni, croiser un chat noir est plutôt bon signe. En Écosse et en Angleterre, on dit qu’un chat noir qui entre chez vous annonce la prospérité. Certains marins en gardaient même un à bord pour s’assurer un voyage sans encombre.
Au Japon aussi, le chat noir passe pour porter chance, notamment auprès des femmes célibataires, selon une croyance populaire. Même animal, même robe, verdict opposé.
Cherchez l’erreur : en France, il vaut mieux ne pas lui passer devant, et à Londres, on le caresse en espérant du bonheur. Une superstition ne repose donc sur aucun fait, juste sur la culture dans laquelle on grandit. Mais cette culture, justement, a des conséquences très concrètes pour certains chats.
Dans les refuges, un pelage qui retarde l’adoption

Voici la partie moins légère. Les associations de protection animale le constatent depuis des années : les chats noirs mettent souvent plus de temps à être adoptés que leurs congénères tigrés ou roux. On parle parfois du « syndrome du chat noir » dans les refuges.
Les raisons sont multiples. Les préjugés hérités des superstitions, bien sûr. Mais pas seulement. Un chat noir se photographie mal : sur une annonce, ses traits disparaissent dans l’ombre, et ses yeux se perdent dans la fourrure. Résultat, il fait moins de bruit sur les réseaux, alors que son tempérament n’a rien de différent.
Le contexte n’aide pas. Avec des refuges saturés en France, chaque adoption retardée pèse lourd. Et la période d’Halloween complique encore les choses : certains refuges préfèrent suspendre les adoptions de chats noirs en octobre par peur d’abus ou de décorations vivantes éphémères.
Alors que faire pour changer la donne ? Il existe des solutions simples, et elles commencent par un regard neuf.
Ils ont du caractère, et pas que de la fourrure
Côté personnalité, aucune étude sérieuse n’a démontré qu’une couleur de robe déterminait le tempérament d’un chat. Les vétérinaires le répètent : l’éducation, la socialisation et le vécu comptent bien plus que le pelage.
Et les histoires touchantes ne manquent pas. Une chatte noire adoptée en refuge a ainsi vu de petites « étoiles » apparaître chaque jour sur son pelage, au point de devenir une star de TikTok. Preuve qu’un chat noir peut faire fondre n’importe qui.
Quelques détails pratiques pour qui craque. Pensez à vérifier la mise à jour de la puce électronique après l’adoption, une étape souvent oubliée. Et si vous avez déjà un chat à la maison, ne négligez pas la cohabitation : adopter un deuxième chat demande de la préparation.

Et si Halloween devenait l’occasion de réparer l’injustice ?
Le 31 octobre, on adore se faire peur. Mais on peut aussi en profiter pour regarder ce fameux chat noir autrement : comme un animal qui attend simplement qu’on lui laisse sa chance.
Certains refuges profitent même de la période pour organiser des opérations de sensibilisation, histoire de rappeler que la mauvaise réputation du chat noir ne repose que sur de vieilles histoires. Les fêtes d’Halloween restent un excellent moment pour en parler, sans culpabiliser personne.
Et si vous cherchez de quoi occuper votre soirée sans vous en prendre à un félin, pourquoi ne pas piocher dans ces jeux d’Halloween entre adultes ? Ou plonger dans l’histoire de la fête avec le légume qu’on sculptait avant la citrouille. Là aussi, les origines réservent leur lot de surprises.
Le chat noir, lui, n’a jamais demandé à jouer les épouvantails. Il demande juste un coussin, une gamelle et quelqu’un qui le regarde dans les yeux.