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Beauvais : une trentaine de chats squelettiques découverts dans une maison insalubre — certains avaient dévoré les autres pour survivre

Publié par Elsa Fanjul le 24 Juin 2026 à 10:00

Des chats squelettiques, des cadavres à moitié dévorés, une odeur insoutenable. Mardi 16 juin, l’association Action protection animale (APA) a pénétré dans une maison de Beauvais, dans l’Oise. Ce qu’elle y a trouvé dépasse tout ce qu’on peut imaginer.

Entre 30 et 40 félins vivaient entassés dans un logement totalement insalubre, sans eau ni nourriture. Certains étaient si affamés qu’ils avaient dû se nourrir des corps de leurs congénères morts pour tenir. Une scène qui a sidéré même les bénévoles les plus aguerris.

Ce signal désespéré qui a tout déclenché

Chat rescapé pris en charge dans un refuge par un soignant

Tout commence quelques jours plus tôt, quand l’association École du chat de l’Oise alerte l’APA. Un homme vient d’être hospitalisé, et personne ne sait exactement ce qu’il laisse derrière lui. Probablement atteint d’un syndrome de Diogène ou de Noé, il vivait reclus avec des dizaines de chats dans des conditions effroyables.

Façade d'une maison insalubre à Beauvais avec des traces de griffures

Mais c’est un détail glaçant qui a permis de localiser les animaux. Les chats avaient gratté un mur de la maison avec une telle force que les bruits ont alerté une voisine. Ce geste de désespoir pur — gratter la paroi pour tenter de sortir — leur a probablement sauvé la vie.

« C’est ainsi qu’ils ont été découverts », confirme l’association sur ses réseaux sociaux. Sans cette voisine attentive, personne n’aurait su que des dizaines d’animaux agonisaient derrière ces murs. Et le bilan aurait été bien plus lourd.

« Ils se bouffaient les uns les autres »

Anne-Claire Chauvancy, présidente de l’APA, s’est rendue sur place avec ses bénévoles. Dans une vidéo tournée à l’intérieur du logement, elle décrit une scène difficilement soutenable. L’odeur, d’abord. Puis les cadavres. Et enfin, les survivants — des chats dans un état choquant.

« On a des animaux qui sont morts de faim, dévorés par ceux qui étaient vivants. Ils se bouffaient les uns les autres simplement pour pouvoir survivre », lâche-t-elle face caméra. Les chats rescapés étaient squelettiques, déshydratés, malades pour la plupart.

Chats squelettiques entassés dans un logement sombre et insalubre

Les lieux eux-mêmes étaient dans un état lamentable. Aucune gamelle, aucun point d’eau visible. Juste des animaux livrés à eux-mêmes depuis une durée indéterminée, dans la chaleur étouffante de la mi-juin. Les bénévoles parlent d’une « intervention émotionnellement et physiquement très éprouvante ».

Il faut dire que les conditions climatiques n’ont rien arrangé. En pleine vague de chaleur, l’insalubrité du logement rendait chaque minute passée à l’intérieur difficilement supportable, même pour des sauveteurs expérimentés.

Un transfert d’urgence à 600 km de là

Après le sauvetage, il a fallu trouver une solution rapide pour accueillir tous ces félins. La majorité d’entre eux a été transférée à la chatterie de la SPA du Dauphiné, à Grenoble. Plus de 600 kilomètres séparent Beauvais de l’Isère, mais c’est là qu’une capacité d’accueil suffisante existait.

Les chats y reçoivent désormais les soins nécessaires. Ils attendent surtout d’être adoptés par des familles prêtes à leur offrir ce qu’ils n’ont jamais connu : de l’attention, de la nourriture et un toit digne de ce nom. Un défi, vu leur état de santé et le traumatisme subi.

Car adopter un chat rescapé d’une telle situation n’est pas anodin. Ces animaux ont vécu dans la terreur, la faim et la promiscuité extrême. Certains portent des blessures invisibles qui demandent du temps et de la patience. Mais les associations restent confiantes.

Une plainte déposée, mais peu d’espoir de condamnation

Action protection animale a annoncé le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile. C’est la procédure que l’association applique systématiquement dans les cas les plus graves de maltraitance animale.

Mais Anne-Claire Chauvancy ne se fait pas d’illusions. « On ne se fait pas d’illusion sur le fait qu’elle aboutisse », reconnaît-elle. En France, les condamnations pour maltraitance animale restent rares et les peines souvent symboliques. Même dans des cas aussi extrêmes que celui-ci.

Le propriétaire, hospitalisé, souffre vraisemblablement de troubles psychologiques graves. Le syndrome de Noé — cette compulsion à accumuler des animaux sans pouvoir s’en occuper — est encore mal reconnu par la justice. Résultat : les poursuites judiciaires aboutissent rarement à des sanctions lourdes.

Des trappes encore en place dans la maison

Le sauvetage n’est peut-être pas terminé. Des trappes ont été laissées à l’intérieur du logement par les bénévoles. L’objectif : capturer d’éventuels chats que l’équipe n’aurait pas réussi à attraper lors de la première intervention.

Car dans une maison aussi insalubre, avec des recoins et des cachettes partout, il est quasi impossible de repérer tous les animaux en une seule fois. Certains chats, terrorisés, se planquent pendant des heures voire des jours. L’APA reste donc mobilisée sur place.

Ce drame rappelle cruellement que des situations similaires existent partout en France. En mai dernier, les refuges français croulaient déjà sous 30 000 chatons abandonnés. La stérilisation reste le premier levier pour éviter ces drames à répétition. Mais elle nécessite des moyens que ni les associations ni les propriétaires n’ont toujours.

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