Une couleuvre nage dans votre piscine ? Surtout, ne faites jamais ce geste avec l’épuisette

C’est l’été, vous profitez du bassin, et soudain une silhouette ondule à la surface. Une couleuvre vient de tomber dans votre piscine, et la panique s’installe surtout si des enfants jouent à proximité. Le réflexe le plus naturel, attraper l’épuisette, est justement celui qu’il ne faut jamais avoir. Voici pourquoi ce geste peut mutiler l’animal et vous coûter très cher.
Le réflexe de l’épuisette qui tourne mal
Devant une couleuvre affolée qui nage en rond, le premier instinct de beaucoup de propriétaires est de saisir un filet ou une épuisette pour la sortir au plus vite. Un geste qui paraît logique, presque anodin, comme on réclamerait un droit qu’on croit acquis. Sauf que l’animal, terrifié, s’enroule instantanément sur lui-même et s’emmêle dans les mailles du filet.
En tirant pour la hisser hors de l’eau, on risque de briser sa colonne vertébrale, extrêmement fragile chez les reptiles, ou d’arracher ses écailles. Les guides naturalistes décrivent ce scénario comme un véritable cas d’école : on veut sauver l’animal, et on finit par le mutiler gravement, parfois de façon irréversible.
Ce n’est pas qu’une question de bien-être animal. La couleuvre à collier, l’espèce la plus fréquemment retrouvée dans les piscines françaises, est une excellente nageuse qui s’approche naturellement des points d’eau pour chasser ou se rafraîchir.
Le vrai problème vient du bassin lui-même : parois lisses, liner, coque ou carrelage, aucune prise pour s’agripper. Un peu comme certaines plantes grimpantes qui résistent à tout sauf à l’absence de support, le serpent nage jusqu’à l’épuisement total, avec un risque réel de noyade.
Ce que dit vraiment la loi française
Voilà l’information que peu de gens connaissent, et qui change tout. L’Arrêté du 8 janvier 2021 fixe la liste des amphibiens et reptiles protégés sur le territoire, et toutes les espèces de couleuvres présentes en France y figurent. Le Code de l’environnement interdit purement et simplement leur capture, leur mutilation ou leur destruction, quelles que soient les intentions du propriétaire.
L’article L.415-3 du même Code prévoit des sanctions qui donnent le vertige : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Une peine qui rappelle d’autres décisions administratives radicales, comme cette préfecture qui a rasé une maison illégale et envoyé la facture au propriétaire. Autant dire que manipuler soi-même l’animal, même avec les meilleures intentions, expose à un risque juridique disproportionné par rapport au geste.
En cas de doute sur l’espèce ou la marche à suivre, les autorités recommandent systématiquement de contacter l’Office français de la biodiversité ou une association locale de protection de la nature. Ces structures interviennent rapidement et savent gérer la situation sans mettre l’animal en danger, contrairement à un geste improvisé au bord du bassin, un peu à l’image de ces solutions d’experts qui règlent en un instant un problème qui semblait insoluble.

La méthode qui sauve la couleuvre sans la toucher
Bonne nouvelle : il existe un protocole simple, inspiré des recommandations des associations naturalistes, pour permettre à la couleuvre de sortir toute seule, sans aucun contact humain. L’idée centrale est de lui offrir une rampe naturelle plutôt qu’une intervention directe.
Les spécialistes conseillent d’installer une rampe d’évasion flottante dès la mi-mai, période où la petite faune locale est la plus active près des points d’eau. Une simple planche de bois brut, attachée à la margelle avec une corde, suffit dans la grande majorité des cas. Ce dispositif profite non seulement aux couleuvres, mais aussi aux hérissons, grenouilles et insectes pollinisateurs qui tombent régulièrement dans le bassin sans pouvoir en ressortir.
Un détail change tout dans l’efficacité du système : il faut vérifier régulièrement que la rampe touche bien la surface de l’eau, même quand le niveau baisse à cause de l’évaporation estivale. Une rampe suspendue à quelques centimètres au-dessus de l’eau ne sert strictement à rien.
Si malgré cette installation un serpent reste bloqué ou semble en difficulté, la seule solution reste de contacter une association de protection de la nature ou l’Office français de la biodiversité, sans jamais recourir à l’épuisette.
Une planche de bois et un peu de vigilance suffisent finalement là où l’épuisette échoue et met tout le monde en danger, l’animal comme son propriétaire. La prochaine fois qu’une ondulation trouble votre baignade, vous saurez exactement quoi faire, et surtout quoi ne pas faire.