Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Animaux

Ces éléphants du Kenya choisissent la bonne plante parmi 35 pour se soigner, une pratique vieille de 1 800 ans

Publié par Elsa Fanjul le 02 Oct 2026 à 15:40
Éléphant d'Afrique cueillant des feuilles en forêt

Un éléphant blessé qui va chercher une écorce précise, comme nous irions chercher un médicament en pharmacie : l’idée paraît tirée d’un conte. Pourtant, au pied du mont Elgon, au Kenya, c’est exactement ce que semblent faire certains pachydermes malades. Longtemps, on pensait cette capacité réservée aux chimpanzés, nos plus proches cousins. Une enquête vient de bousculer cette certitude, et la réponse tient dans un chiffre précis qu’on ne vous révèle pas tout de suite.

Ce que les éléphants du Kenya font quand ils tombent malades

Toute espèce animale pratique, à sa façon, une forme d’automédication. Mais peu vont jusqu’à sélectionner activement une ressource précise selon leur état de santé. C’est pourtant ce que suggèrent des observations menées autour du mont Elgon, où des éléphants d’Afrique semblent capables de repérer, parmi la végétation environnante, exactement ce dont leur organisme a besoin.

Ce phénomène n’est pas totalement nouveau pour les naturalistes de la région. On sait depuis longtemps que ces animaux s’aventurent dans des grottes obscures, parfois jusqu’à 200 mètres de profondeur, pour y extraire du sel.

Un comportement qui prouve déjà qu’ils ne se contentent pas de brouter ce qui passe sous leur trompe : ils vont chercher, au prix d’un effort réel, ce dont ils ont besoin.

On sait déjà que ces géants savent voyager loin pour honorer leurs morts, comme ces éléphants ayant marché 240 kilomètres pour se recueillir sur une tombe précise.

Mais de là à parler de véritable pharmacologie animale, il y avait un pas que personne n’avait franchi. Pour le faire, les chercheurs n’ont pas passé des mois derrière des caméras. Ils ont choisi une méthode bien plus surprenante, et bien plus humaine.

Huit témoins, 35 plantes : l’enquête qui rebat les cartes

Plutôt que d’attendre un hasard d’observation, les scientifiques ont interrogé huit membres de la communauté Sabaot, un groupe autochtone installé autour du mont Elgon. Ces habitants vivent au quotidien au contact des éléphants depuis des générations. Chacun d’eux gardait en mémoire un souvenir précis : un animal affaibli, une plante bien particulière, un comportement qui n’avait rien d’improvisé.

Cette approche, fondée sur la mémoire collective plutôt que sur l’instrument scientifique classique, a permis de reconstituer un inventaire d’une ampleur inattendue. Le résultat dépasse largement l’anecdote isolée. On sait déjà que la trompe d’un éléphant renferme 55 000 muscles, un outil suffisamment précis pour sélectionner la bonne feuille au bon moment.

Et cette précision se confirme dans les chiffres de l’étude : 35 espèces végétales, complétées par quatre types de sols et minéraux, ont été identifiées comme des remèdes potentiels recherchés par des éléphants malades ou blessés.

Un savoir qui, curieusement, n’a rien d’inédit dans l’histoire humaine : il y a près de 1 800 ans, l’auteur romain Claude Élien racontait déjà, dans son ouvrage De natura animalium, des éléphants blessés par des lances allant consommer fleurs et huile d’olivier pour guérir.

Ce que l’Antiquité prenait pour une curiosité relevait en réalité de la pharmacologie animale, restée invisible à la science occidentale pendant deux millénaires.

Trompe d'éléphant sélectionnant une plante précise

Le détail qui change tout : des mères qui soignent avant même que leurs petits soient malades

Une éléphante inquiète pour son petit peut aller étonnamment loin pour le protéger, et c’est là que l’étude prend un tour presque vertigineux. Certaines observations montrent des éléphantes mâchant feuilles, écorce ou racines, avant de mélanger cette pâte à leur lait pour créer une préparation destinée à leurs petits. Les habitants pensent qu’il s’agit souvent de soulager des troubles digestifs, un peu comme un nourrisson gêné par des remontées gastriques.

Mais un détail change tout : ce mélange semble parfois administré même lorsque le petit n’est pas malade. Ce n’est plus un réflexe de soin ponctuel, c’est une forme d’anticipation. Une utilisation préventive, et non simplement curative, qui suppose une compréhension bien plus fine du corps de l’autre qu’on ne l’imaginait.

Beaucoup des 35 plantes recensées sont d’ailleurs déjà employées en médecine traditionnelle humaine, et plusieurs possèdent des propriétés antibactériennes reconnues. La question n’est donc plus de savoir si les éléphants d’Afrique pratiquent l’automédication. Elle est de savoir jusqu’où va leur discernement, et ce que cela révèle de leur intelligence collective.

Ce que cette découverte change pour la recherche animale

Cette enquête repositionne les éléphants d’Afrique parmi les rares espèces capables d’une véritable pharmacologie comportementale. Ils rejoignent ainsi les chimpanzés, déjà réputés pour rechercher des plantes anti-inflammatoires en cas de blessure, et les éléphants d’Asie, étudiés pour des comportements similaires. Un club très restreint dans le règne animal, où l’entraide active entre individus reste rare, y compris chez les éléphants dont la mémoire et le deuil intriguent déjà les scientifiques.

Cette capacité à soigner un proche plutôt que soi-même n’est d’ailleurs pas isolée chez les grands mammifères : on l’observe aussi chez certaines baleines à bosse, dont les comportements d’attachement bouleversent régulièrement les chercheurs.

Reste une inquiétude bien concrète derrière cette découverte : ces 35 plantes poussent dans des forêts encore trop méconnues, menacées par la déforestation. Si elles venaient à disparaître, c’est potentiellement toute une pharmacie naturelle, vieille de 1 800 ans, qui s’effacerait avec elles.

Une découverte qui rappelle qu’un éléphant qui traverse la savane n’erre jamais vraiment au hasard. Et si cette histoire de pharmacie sauvage vous a surpris, ce que révèle un chien qui mange la terre du jardin pourrait bien vous étonner tout autant. D’autres animaux cachent aussi une intelligence insoupçonnée : c’est le cas de ces corbeaux considérés parmi les plus intelligents du règne animal.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *