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« Il a fallu que je le porte » : après 300 victimes accompagnées, le premier chien d’assistance judiciaire de France prend sa retraite

Publié par Elsa Fanjul le 06 Juil 2026 à 10:00

Pendant six ans, il s’est couché aux pieds d’enfants traumatisés, de victimes de violences, de témoins terrorisés. Lol, un labrador au regard doux, a été le tout premier chien d’assistance judiciaire en France. Aujourd’hui, à 11 ans, le museau blanchi par les années de service, il raccroche le harnais bleu.

Mais la relève est déjà là. Un jeune labrador blanc de deux ans, nommé Venom, vient de poser ses pattes dans la maison familiale de Lamagdelaine, dans le Lot. Et la passation entre les deux chiens ne ressemble à rien de ce qu’on a vu dans la justice française.

Un ancien gendarme sceptique devenu inséparable de son labrador

Pour comprendre cette histoire, il faut remonter à 2019. Cette année-là, le procureur de Cahors Frédéric Almendros lance une expérimentation inédite : placer un chien formé dans les tribunaux pour apaiser les victimes. Lol devient le cobaye de ce projet pionnier.

Labrador avec harnais bleu dans un couloir de tribunal

Jean-Marc Mir, ancien gendarme fraîchement retraité, est alors bénévole pour l’association France Victimes 46. Il accompagne les victimes lors des auditions pour les informer de leurs droits. Un jour, on lui demande d’emmener Lol avec lui.

Sa réaction ? De la méfiance. « Au départ, j’étais sceptique. Je connaissais le chien de gendarmerie, mais Lol, lui, était là pour soulager les victimes », confie-t-il. L’ancien militaire n’imaginait pas qu’un labrador puisse jouer un rôle dans une salle d’audition. Ce qu’il a vu lors de sa première mission a tout changé.

Deux frères, deux viols, et un chien qui a tout compris

La première affaire de Lol concernait deux frères mineurs venus dénoncer des viols. Le plus jeune passe en premier. Dès l’arrivée dans la salle, le labrador se fixe sur lui, immédiatement. À la sortie, le gamin sourit et lance à Jean-Marc Mir que son chien est « super ».

Enfant réconforté par un chien d'assistance judiciaire

Puis vient le tour du grand frère. Les deux enfants se retrouvent dans la salle d’attente. Le petit appelle Lol vers lui, mais le chien l’ignore et se dirige droit vers l’aîné. « C’était impressionnant », se souvient l’ancien gendarme. Lol avait compris, sans qu’on lui dise quoi que ce soit, lequel des deux avait besoin de lui à cet instant.

Ce flair émotionnel, cette capacité à capter le stress sans jamais juger, a fait de Lol un outil irremplaçable dans les tribunaux. En six ans, il a accompagné près de 300 victimes, en grande majorité des mineurs. Mais certaines scènes ont marqué son entourage bien au-delà des chiffres.

Des enfants qui refusaient de parler aux adultes, mais se confiaient au chien

Marie-Christine Mir, directrice d’enquête et épouse de Jean-Marc, a assisté à des moments édifiants. « J’ai vu des enfants s’adresser uniquement au chien. Refuser de nous parler à nous, mais lui parler à lui et lui demander s’il pouvait nous raconter ce qui lui était arrivé. »

Un enfant traumatisé, incapable de regarder un adulte dans les yeux, trouve dans le labrador un interlocuteur sans menace. Pas de questions, pas de pression, juste une présence chaude contre sa jambe. Ce mécanisme, aussi simple qu’il paraisse, a permis de débloquer des témoignages cruciaux dans des affaires de violences.

Depuis le succès de Lol, une dizaine de chiens d’assistance judiciaire ont vu le jour dans toute la France. Le labrador du Lot a créé un modèle national. Sauf qu’à 11 ans, le pionnier commence à montrer des signes d’épuisement que son maître ne peut plus ignorer.

« Un soir, il a fallu que je le porte sur 200 mètres »

Le museau blanchi, les poils qui tombent. Jean-Marc Mir voit son compagnon décliner. « Il en perd ses poils… Un soir, il a fallu que je le porte sur 200 mètres parce qu’il était épuisé. Je le vois quand il est fatigué. »

L’ancien gendarme a parfois dû refuser des sollicitations, malgré l’urgence des situations. « C’est terrible car je n’ai qu’une envie, c’est d’aider les victimes, mais il fallait que je pense à lui. » Suivi de près par des vétérinaires et des ostéopathes, Lol restera définitivement dans son foyer de Lamagdelaine pour y être choyé.

Maître Mustapha Yassfy, avocat et président de France Victimes 46, est lui-même profondément attaché au canidé. La complicité entre Lol et son maître « crève les yeux », dit-il. Mais la mission ne pouvait pas s’arrêter avec la retraite d’un seul chien. Restait à trouver un successeur à la hauteur — et à ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Venom, 2 ans, labrador blanc : la relève est déjà opérationnelle

Jeune labrador blanc et vieux labrador dans un jardin lotois

Venom n’est pas un chiot qu’on a trouvé au hasard. Son parcours est une mécanique de précision. Sélectionné rigoureusement par l’association Handi’Chiens, il a d’abord passé deux ans en famille d’accueil pour acquérir les bases. Puis il a intégré le centre Handi’Chiens d’Alsace pour sa formation d’assistance.

Le jeune labrador sait ouvrir des placards, porter ses gamelles, ramasser des objets au sol. Il a ensuite reçu une spécialisation judiciaire spécifique. Jean-Marc Mir, lui aussi, a été formé au nouveau binôme. Les deux ont partagé une semaine de stage intensif pour valider leur compatibilité.

Mais l’expérience de Lol a servi à corriger un problème majeur. Pendant son service, Lol vivait chez les pompiers avant sa retraite au vert. Handi’Chiens a estimé que ses temps de repos étaient insuffisants. Pour Venom, pas question de reproduire ce schéma : le jeune chien vit directement à Lamagdelaine, sous le même toit que Lol.

Le vieux labrador peut ainsi transmettre quelque chose d’intangible à son successeur, sous l’œil attentif de Tya, le berger allemand de la maison. Après 35 ans de carrière dans la gendarmerie, la priorité de Jean-Marc Mir reste la même : protéger ceux qui souffrent.

Et le passage de témoin fonctionne déjà. Venom, le nouveau chien d’assistance judiciaire du Lot, a apporté son soutien à trois victimes depuis sa prise de fonction. Lol a amplement mérité ses siestes dans le jardin. La justice lotoise, elle, est officiellement entre de bonnes pattes.

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