500 requins traqués en voie d’extinction repérés au large de l’île de Ré : « c’était dingue »

Un photographe passionné, une combinaison de plongée, et un spectacle qu’il n’espérait même pas voir un jour. Sur la côte atlantique, près de l’île de Ré, quelque chose d’exceptionnel vient de se produire sous la surface. Ce que les images révèlent va bien au-delà d’une simple sortie en mer.
Une plongée qui devait être banale près de l’île de Ré
Tout commence par un tuyau de surfeurs à Gaël Contal, photographe aquatique amateur. Ils lui signalent une présence inhabituelle au large des Portes-en-Ré, en Charente-Maritime. Il se rend sur place sans grande attente, se disant qu’apercevoir un seul spécimen serait déjà une belle récompense.
Ce qu’il découvre en s’immergeant dépasse tout ce qu’il imaginait. Des dizaines, puis des centaines de silhouettes filent autour de lui dans une eau claire d’été. Le mois d’août 2026 restera pour lui gravé dans la mémoire, comme un moment suspendu entre stupeur et émerveillement face à cette scène improbable au large des côtes françaises.
« C’était juste dingue », confie-t-il à Actu La Rochelle. Il reste volontairement à distance, conscient de la fragilité de la scène. Le photographe garde son calme malgré l’ampleur inattendue du banc, refusant de perturber ce ballet aquatique rarissime en pleine nature préservée.
Le verdict tombe : une espèce en danger critique d’extinction
Les images tournées par le photographe sont ensuite transmises à des experts. L’association pour l’étude et la conservation des Sélaciens confirme rapidement l’identité de ces animaux : il s’agit de requins-hâ (Galeorhinus galeus), une espèce côtière des eaux tempérées.
Le chiffre donne le vertige : environ 500 individus ont été recensés lors de cette unique sortie. Un rassemblement d’une telle ampleur n’avait quasiment jamais été documenté en France, selon Actu La Rochelle. Ce genre de rencontre reste exceptionnel, tant l’espèce est réputée discrète et difficile à observer en pleine mer.
Le requin-hâ n’a rien d’un prédateur menaçant pour l’homme. Cette espèce, décrite comme « inoffensive et craintive » par Gaël Contal lui-même, préfère fuir plutôt que d’attaquer. Elle se nourrit essentiellement de poissons, de céphalopodes et de crustacés, évoluant parfois jusqu’à 800 mètres de profondeur selon les zones qu’elle fréquente.
Mais derrière la beauté du spectacle se cache une réalité alarmante. Ce n’est pas un hasard si un tel rassemblement fait autant parler : cette espèce est classée en danger critique d’extinction à l’échelle mondiale par l’UICN depuis 2020. Une donnée qui change complètement la portée de cette rencontre filmée près de l’île de Ré.

Pourquoi cette rencontre change la donne pour les scientifiques
Selon le parc naturel marin, le requin-hâ souffre d’une vulnérabilité biologique particulière. Sa maturité sexuelle est tardive, et sa fécondité relativement faible comparée à d’autres espèces marines. Résultat : chaque perte pèse lourd sur les populations restantes, et le repeuplement naturel prend des années, voire des décennies.
L’animal bénéficie d’ailleurs de protections internationales multiples. Il figure dans la convention de Barcelone, le dispositif Sharks MoU, et la convention CMS sur les espèces migratrices. En Europe et en Méditerranée, il est aussi classé « vulnérable », un statut qui rappelle l’urgence de préserver ces populations encore présentes en Manche, mer du Nord et Atlantique.
C’est justement ce qui rend les images de Gaël Contal si précieuses pour la communauté scientifique. Voir 500 requins-hâ réunis au même endroit fournit une donnée rare sur les zones de rassemblement de l’espèce, potentiellement liées à la reproduction ou à la migration saisonnière le long des côtes françaises.
Le photographe, lui, n’imaginait pas déclencher un tel écho scientifique en suivant simplement une intuition de surfeurs. Son témoignage, relayé par Actu La Rochelle, illustre à quel point l’observation amateur peut parfois compléter le travail des chercheurs sur des espèces aussi discrètes que menacées.
Un banc de 500 requins en voie de disparition, filmé par hasard au large de la France : voilà une image qui restera. Elle rappelle qu’une biodiversité insoupçonnée subsiste encore tout près de nos côtes, à condition de savoir la protéger avant qu’il ne soit trop tard.