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En 2007, une chatte errante reçoit une casquette de chef de gare à Kishi, payée en croquettes : en un mois, la ligne gagne 17 % de passagers

Publié par Elsa Fanjul le 08 Nov 2026 à 12:03

Une gare minuscule, une ligne au bord de la faillite, et une chatte tricolore qui traîne près des quais. Ça ressemble au début d’un conte. C’est pourtant une histoire vraie, documentée, et elle se passe au Japon.

Son nom : Tama. Son poste : chef de gare. Et ce que sa nomination a déclenché dépasse largement le cadre d’une anecdote mignonne.

Une gare de campagne qui n’attendait plus personne

Direction Kinokawa, dans la préfecture de Wakayama. C’est là que se trouve Kishi, le terminus de la ligne Kishigawa, une gare inaugurée le 18 août 1933. Un petit bout de réseau rural, exploité par la Wakayama Electric Railway.

Le problème, c’est que la compagnie tourne mal. Les passagers se font rares, les finances sont tendues, et certains évoquent même une fermeture de la ligne. Pas vraiment le décor d’une success story.

Mais à Kishi, il y a aussi une locataire discrète. Une chatte tricolore née le 29 avril 1999, qui vit autour de la gare comme chatte errante. Les employés la nourrissent, les habitants la connaissent. Elle fait partie du paysage.

Alors, comment passe-t-on du statut de chat des quais à celui de salariée officielle ? La réponse tient en une date.

5 janvier 2007 : le jour où Tama prend son poste

Ce jour-là, la Wakayama Electric Railway nomme officiellement Tama chef de gare. Pas de plaisanterie de façade : elle reçoit une casquette de fonction, faite pour elle, et elle accueille les voyageurs sur le quai.

Son bureau ? Une ancienne guérite de vente de billets, reconvertie en espace de travail. Son salaire ? Des croquettes. Pas de fiche de paie, mais un toit, de la nourriture et un public.

Un détail change la lecture de l’histoire : cette nomination n’a rien d’un coup de tête. La compagnie est en difficulté, et elle mise sur une présence qui donne envie de venir. Le geste est tendre, mais il est aussi stratégique.

Et les chiffres vont vite parler. Beaucoup plus vite que prévu.

+17 % en un mois : le chiffre qui a tout changé

Moins de trente jours après sa nomination, la fréquentation de la gare grimpe de 17 % par rapport à janvier 2006. Des curieux, des touristes, des amoureux des chats : tout le monde veut voir la chef de gare à quatre pattes.

Pour une petite ligne rurale, ce bond est énorme. Il ramène du monde sur des quais qui se vidaient et de l’argent dans une région qui en manquait. Le simple fait de se déplacer jusqu’à Kishi devient une petite sortie en soi.

Le plus fou, c’est que Tama ne fait presque rien. Elle accueille, elle se laisse photographier, elle dort parfois dans son bureau. Sa seule présence suffit à transformer une gare oubliée en destination.

Reste à savoir jusqu’où cette célébrité allait la porter. Parce que la promotion suivante est encore plus solennelle.

Promue « super chef de gare » par le maire en personne

Chatte tricolore en casquette de chef de gare sur le quai de Kishi

En 2008, le président de la compagnie et le maire de la ville font un pas de plus. Ils promeuvent Tama « super chef de gare ». Un titre officiel, pour une chatte devenue le visage de la ligne.

Ce n’est plus seulement un symbole. C’est la reconnaissance qu’une présence animale a relancé l’activité d’un territoire. Les autorités locales assument pleinement la démarche, sans second degré qui la décrédibiliserait.

Les retombées économiques finissent par se chiffrer. On estime l’apport de Tama à l’économie locale à 1,1 milliard de yens. Pour une chatte payée en croquettes, le rapport qualité-prix est difficile à battre.

Mais la gare elle-même n’allait pas rester en retrait de cette gloire. Elle allait carrément changer de visage.

Une gare qui prend la forme d’une tête de chat

En août 2010, la gare de Kishi est reconstruite. Sa façade adopte une forme inattendue : celle d’une tête de chat. On ne peut pas la rater, et c’est bien le but.

Le bâtiment devient lui-même une attraction. Les visiteurs ne viennent plus seulement pour la chef de gare, mais aussi pour poser devant cette silhouette féline qui domine le quai. La petite gare rurale a désormais une identité visuelle reconnaissable à des kilomètres.

Tout est cohérent : la guérite devenue bureau, la casquette, le titre, et maintenant l’architecture. Toute une gare s’organise autour d’une chatte qui a simplement été invitée à rester.

Et la suite de l’histoire ne s’arrête pas avec elle. Quelqu’un devait bien reprendre le poste.

Chatte chef de gare dans son bureau, une ancienne guérite de billets

Après Tama, la relève est assurée

Le poste de chef de gare n’a pas disparu avec Tama. D’autres chats lui ont succédé à Kishi, preuve que le concept dépasse la personnalité d’une seule chatte. Parmi eux, Nitama, en fonction depuis 2015.

Ce que cette histoire montre, c’est qu’une idée simple peut redonner de l’élan à un territoire entier. Une casquette, une guérite, des croquettes : pas de gros budget, mais une vraie intuition sur ce qui donne envie de venir quelque part.

Si ce genre de destination hors des sentiers battus vous attire, d’autres histoires du même esprit vous attendent. Vous pouvez par exemple suivre cette machine testée à l’aéroport de Narita, toujours au Japon, ou découvrir le départ imminent des pandas de Beauval.

Et si l’envie de partir vous prend, les voyages vers le Japon se préparent aussi du côté de ces destinations proposées par des agences spécialisées. Qui sait, peut-être croiserez-vous un successeur de Tama sur un quai de Wakayama.

Gare de Kishi à la façade en forme de tête de chat

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