Retraites : le gouvernement prépare un double coup, jusqu’à 1 400 € en moins pour certains

Le gouvernement cherche 54 milliards d’euros d’économies pour le budget 2027. Les retraités, jusqu’ici épargnés lors des dernières annonces, se retrouvent désormais dans le viseur de Bercy. Deux mesures distinctes pourraient s’additionner, avec un effet cumulé qui inquiète déjà les syndicats.
Un abattement fiscal historique dans le collimateur
Depuis des années, les retraités bénéficient d’un abattement fiscal de 10% sur leurs revenus annuels, plafonné à 4 439 euros. Ce mécanisme allège mécaniquement leur imposition, un peu à la manière de cette case d’impôts méconnue qui profite à certains contribuables sans qu’ils s’en aperçoivent.
Selon une source au sein de l’exécutif, le gouvernement envisage d’abaisser ce plafond de l’abattement fiscal à seulement 3 000 euros. Une mesure qui rapporterait 1,4 milliard d’euros de recettes supplémentaires à l’État.
Le gouvernement s’appuie sur un texte déjà voté par le Sénat à l’automne 2025, avant d’être écarté des discussions. Le premier ministre Sébastien Lecornu avait pourtant promis, dans Le Figaro, que l’effort demandé aux retraités resterait « inférieur aux 6 milliards d’euros » évoqués initialement, tout en assurant que les petites pensions seraient protégées. Reste à savoir si ce mécanisme méconnu d’économies fiscales suffira à tenir cette promesse.
Un second levier discret : la sous-indexation des pensions
Le plafonnement fiscal ne serait que la première pièce du dispositif. Le gouvernement réfléchit en parallèle à un gel ou à une sous-indexation des pensions de retraite de base, avec des seuils fixés par décret.
Selon l’avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale cité par Le Monde, les retraités touchant entre 1 260 euros et 2 034 euros verraient leur pension progresser moins vite que l’inflation. Ceux qui perçoivent davantage subiraient un gel pur et simple de leur retraite de base.
Seuls les retraités sous 1 260 euros par mois échapperaient à la mesure, leur pension continuant à suivre l’inflation comme le prévoit la règle habituelle. Un mécanisme qui rappelle les débats récents autour de la CSG des retraités et ses nouveaux seuils, ou encore les inquiétudes sur la désindexation des retraites prévue pour 2027. Pour mémoire, les pensions de base ont progressé d’environ 15% entre 2022 et 2026, suivant l’inflation post-crise énergétique.

Bercy reste flou, la CGT monte au créneau
Interrogé samedi, Bercy a refusé de commenter précisément la nature des mesures, évoquant simplement des « mesures d’accroche pour le débat parlementaire » actuellement discutées par le ministre des Comptes publics David Amiel, celui du Travail Jean-Pierre Farandou et celui des Relations avec le Parlement Laurent Panifous.
Les projets de budget de l’État et de la Sécurité sociale seront présentés en conseil des ministres le 1er octobre, avant leur examen au Parlement. D’ici là, le sujet reste explosif politiquement, tant l’effort demandé aux retraités est jugé « tellement dur électoralement », selon la source citée au sein de l’exécutif.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’est dite « totalement opposée » à tout changement dans l’indexation des pensions. Sur France Inter, elle a rejeté la baisse du plafond fiscal, rappelant qu’« on n’est pas riche quand on a une pension de plus de 2 000 euros par mois », et a dénoncé un « budget dangereux pour le pays ». Un climat qui rappelle d’autres tensions récentes, comme celles autour du gel du point d’indice des fonctionnaires.
Entre plafond fiscal rabaissé et pensions gelées, l’addition pourrait vite grimper pour des millions de foyers. Le débat parlementaire des prochaines semaines dira si ces pistes tiennent, ou si elles finissent, comme en 2025, mises de côté sous la pression de la rue.