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« Même en cas de négligence grave » : la justice européenne ordonne aux banques de rembourser les victimes d’arnaques

Publié par Mathieu le 20 Oct 2026 à 4:01
Personne stupéfaite devant son smartphone dans un salon

Un lien reçu pour confirmer une vente, un faux site, un code de validation transmis… et 700 euros envolés. Ce scénario d’hameçonnage, des milliers de clients le redoutent. La Cour de justice de l’Union européenne vient de trancher en faveur des victimes, mais un détail de son arrêt change la donne, et un juriste doute déjà de son effet réel.

700 euros envolés en Pologne : l’affaire qui a fait réagir la justice européenne

Tout part d’un cas d’hameçonnage en Pologne. Une cliente souhaite vendre un produit. Elle reçoit un lien censé confirmer la vente, selon les informations rapportées par RMC.

Le lien est frauduleux. Il la conduit vers un faux site qui imite celui de sa banque, jusque dans les moindres détails. Elle y saisit ses données personnelles, sans se méfier une seconde.

L’escroc, qui l’a manipulée, obtient ensuite le code de validation, souvent lié à la double authentification que les banques ont mise en place. Résultat : environ 700 euros disparaissent de son compte. La banque polonaise refuse alors de rembourser cette opération de paiement non autorisée.

La cliente ne lâche pas. La justice lui donne finalement raison et elle récupère son argent. Mais l’affaire remonte jusqu’à la CJUE, qui publie son arrêt le 15 octobre.

Ce type de scénario n’a rien d’exotique. Le piège du faux conseiller qui demande de « valider pour annuler » repose exactement sur la même mécanique : faire donner soi-même le sésame. Reste à savoir ce que dit précisément la Cour, et ce n’est pas tout à fait ce que l’on croit.

Une loi française existe depuis 2009 : le grain de sable que les banques exploitent

Premier réflexe : cette décision va-t-elle bouleverser la vie des clients français ? La réponse est plus nuancée. La situation était déjà encadrée depuis novembre 2009 par l’article L133-18 du code monétaire et financier.

Ce texte prévoit qu’une banque doit rembourser son client immédiatement en cas de paiement non autorisé, sauf fraude avérée. Sur le papier, tout semble clair. Dans la pratique, beaucoup moins.

Le problème, selon RMC, c’est que cette règle fait l’objet de non-respects réguliers depuis sa promulgation. Les banques invoquent souvent une négligence grave du client pour refuser le remboursement.

L’exemple type : avoir communiqué ses coordonnées bancaires ou le code de validation de la double authentification. C’est précisément ce que font les victimes de fraude, puisqu’elles sont manipulées pour le faire. Le reproche devient alors un argument de refus presque automatique.

Cette mécanique est bien connue des escrocs, qui la retournent contre les clients. Un exemple : le faux conseiller qui vous fait valider le virement vous-même, un scénario signalé par la DGCCRF. Dans ce cas, c’est le client qui clique, et la banque peut être tentée de lui renvoyer la faute.

C’est ce point que la CJUE vient clarifier. Et c’est là que le texte devient vraiment intéressant, puisqu’il touche à qui doit prouver quoi.

La phrase qui renverse la charge : même fautif, vous êtes remboursé d’abord

Marteau de juge posé à côté d'une carte bancaire

Voici le cœur de la décision. Si le client est victime d’un paiement non autorisé, la banque doit rembourser « immédiatement », même en cas de négligence grave de sa part. Le soupçon de faute ne suspend plus l’obligation de payer.

Avant tout développement, un point d’attention : un client qui ignore comment réagir à une alerte peut perdre des droits. Ce petit clic sur une alerte qui prive de remboursement en est l’illustration, et il vaut mieux le connaître avant de se retrouver dans le cas de figure.

Pour l’avocat de consommateurs Alban Bizieux, interrogé par Le Parisien, l’arrêt vient préciser le droit européen et « rappeler aux banques que les textes disent qu’elles sont obligées de rembourser ». Il y voit aussi une porte vers le référé, une procédure d’urgence pour saisir un juge plus vite et imposer un remboursement.

Son confrère Alexandre Barbelane, spécialiste de ces litiges, va plus loin. Selon lui, l’arrêt opère « un changement énorme », puisqu’il dit clairement que, même en cas de négligence grave, la banque doit rembourser.

Le texte garde toutefois un équilibre. Les banques ont un recours : elles peuvent assigner la victime pour négligence, mais la preuve est à leur charge. La logique s’inverse donc : ce n’est plus au client de poursuivre sa banque, mais à la banque de lancer des poursuites pour se faire indemniser.

Pourquoi la partie n’est pas encore gagnée pour les victimes

Tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. « C’est un peu un coup d’épée dans l’eau », estime un juriste interrogé par Les Echos. Son raisonnement est simple : si la loi a été si souvent ignorée jusqu’ici, rien n’indique que les banques changeront d’attitude du jour au lendemain.

Un avocat cité par nos confrères le dit sans détour : les clients « devront toujours intenter des procès pour obtenir gain de cause ». Pour lui, la mesure aurait donc peu de chances de réellement faire bouger les choses. L’arrêt reste un argument supplémentaire, selon Alban Bizieux, mais pas une baguette magique.

Les précédents récents pèsent aussi. En janvier 2025, la Cour de cassation a donné raison aux banques. Elle a annulé deux jugements qui condamnaient la BRED et la Caisse d’Epargne du Languedoc-Roussillon à rembourser des victimes d’escroquerie, reconnues responsables de négligence grave.

L’arrêt européen affirme donc un principe, que les juridictions nationales devront appliquer. Pour un client concerné, la meilleure parade reste de ne jamais en arriver là, en vérifiant les réglages de sécurité de sa carte avant qu’un fraudeur ne s’en charge.

Même une fraude sans lien ni code peut coûter cher quand on se montre trop confiant. L’histoire d’un notaire condamné après le vol de 96 400 euros via un faux RIB envoyé par mail rappelle que la vigilance reste la première assurance.

Les prochaines décisions des tribunaux diront si ce principe européen est enfin appliqué aux victimes d’hameçonnage. Pour l’instant, le message adressé aux banques est limpide.

Retenez la formule : la banque paie d’abord, elle prouve ensuite. Mais entre le principe et votre compte, il peut encore y avoir un tribunal.

Si vous pensiez qu’une fraude se limitait à un faux lien, cette arnaque qui vide un compte en 60 secondes avec votre carte SIM risque de vous donner des sueurs froides. Et pour mesurer l’ampleur du phénomène, ce chiffre vertigineux de coups de fil d’arnaqueurs par heure en France en dit long sur ce qui nous attend.

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