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« C’est scandaleux » : la banque bloque les 250 000 € d’une retraitée de 90 ans qui doit payer son Ehpad

Publié par Mathieu le 16 Sep 2026 à 14:30
Femme âgée avec déambulateur dans couloir d'Ehpad

À 90 ans, cette ancienne institutrice de Balma pensait avoir tout prévu. Une assurance-vie de 250 000 euros, patiemment économisée toute une vie, pour payer son Ehpad le jour venu. Sauf que ce jour est arrivé, et que l’argent, lui, reste bloqué depuis quatre mois sans explication claire.

Une retraite qui ne suffit plus, une épargne devenue inaccessible

Après un accident cardiaque, cette retraitée a dû intégrer un Ehpad près de Toulouse. Sa pension de 2 000 euros par mois ne couvre pas la facture, qui grimpe à 3 500 euros. Un écart que son fils Pierre, installé à Avignon, comptait combler grâce à l’épargne de sa mère.

Cette situation n’est pas isolée : comme le montrent d’autres histoires de retraités modestes confrontés à des impasses financières, le passage en établissement spécialisé fait souvent exploser les budgets. Pierre détient une procuration pour gérer les comptes de sa mère, devenue incapable de le faire seule.

Il pensait le montage limpide : puiser progressivement dans les trois contrats CNP Assurances pour régler les frais mensuels. Sa mère s’est même déplacée en déambulateur jusqu’à la Banque Postale de Balma pour signer les formulaires de rachat. Un effort resté sans effet, comme le rapporte La Dépêche du Midi. Une démarche similaire à celle vécue par cette famille confrontée à une procuration bloquée pour un proche hospitalisé, révélant à quel point les règles bancaires restent méconnues des familles.

Le mot qui bloque tout : soupçon de blanchiment

CNP Assurances a déclenché un contrôle anti-blanchiment sur le dossier, invoquant le Code monétaire et financier. Chaque rachat partiel doit être accompagné d’une fiche détaillée sur la situation financière du client. Si un document manque ou paraît incohérent, l’opération est automatiquement gelée.

L’assureur se défend en rappelant ses obligations réglementaires : « Des vérifications et des contrôles supplémentaires peuvent être nécessaires », justifie la compagnie, évoquant des délais de traitement allongés. Un discours qui ne convainc pas Pierre, qui résume son sentiment d’injustice : « Comme si ma maman était une terroriste, c’est scandaleux ».

Ce n’est pas la première fois que CNP Assurances est pointée du doigt. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution l’a déjà sanctionnée en 2018 pour des insuffisances dans son dispositif anti-blanchiment.

Depuis, le groupe a durci ses contrôles, notamment sur les contrats d’assurance-vie, quitte à ralentir des dossiers pourtant légitimes.

Un durcissement qui rappelle d’autres situations où l’administration ou les institutions financières appliquent des règles strictes sans toujours mesurer l’impact humain, ni la manière dont les Français gèrent leur budget mensuel au quotidien.

Dossier bancaire et contrat d'assurance-vie bloqués

Le droit au rachat existe, mais un dossier irréprochable change tout

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, entrer en Ehpad ne bloque pas automatiquement une assurance-vie. Le rachat reste un droit, y compris à 90 ans. Mais dans les faits, un dossier incomplet suffit à tout gripper pendant des mois, sans calendrier de résolution garanti.

Pour éviter ce type de blocage, plusieurs pièces sont indispensables : formulaire de rachat signé, pièce d’identité, RIB, justificatif de domicile, et surtout des réponses précises sur l’origine des fonds et le patrimoine. Quand la personne ne peut plus signer elle-même, une procuration, une habilitation familiale ou une curatelle doivent être clairement établies en amont, un point souvent négligé, comme le montrent d’autres dossiers administratifs mal anticipés qui virent au casse-tête.

Face à un blocage prolongé, la première étape reste une réclamation écrite détaillée, en insistant sur l’urgence des frais d’hébergement. Si rien ne bouge, le médiateur de la banque ou de l’assurance peut être saisi gratuitement, avant d’envisager un signalement à l’ACPR ou une action en justice.

En parallèle, certaines familles se tournent vers l’aide personnalisée à l’autonomie ou l’aide sociale à l’hébergement pour tenir le temps que l’épargne soit débloquée.

Une épargne de toute une vie, transformée en dossier suspect : voilà le paradoxe qui frappe cette retraitée de Balma. Et si la lutte contre le blanchiment finissait par punir ceux qu’elle devrait justement protéger ?

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