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Dans les comptes de Solveig, conductrice de train à Strasbourg à 2 460 € nets par mois

Publié par Mathieu le 25 Août 2026 à 19:01

Solveig, 34 ans, conduit des TER entre Strasbourg et Mulhouse depuis huit ans. Horaires décalés, primes de nuit, week-ends parfois travaillés : son métier paie bien pour un poste sans diplôme du supérieur, mais le rythme se paie aussi. Elle gagne 2 460 € nets par mois. Voici comment elle répartit chaque euro.

« Les gens pensent que je gagne le même salaire qu’un chauffeur de bus, mais avec le décalage horaire en plus », raconte-t-elle. Une remarque qui revient souvent, et qui l’agace un peu.

Conductrice de train souriante dans sa cabine au lever du jour

Un salaire gonflé par les primes de roulement

Le salaire de base de Solveig, agent de conduite classé à l’échelon intermédiaire chez SNCF Voyageurs, tourne autour de 1 980 € nets. Mais ce chiffre ne dit presque rien de son revenu réel.

S’ajoutent chaque mois une prime de travail (environ 210 €), une indemnité de résidence liée à Strasbourg (60 €) et surtout des primes de roulement pour les horaires atypiques : nuits, dimanches, jours fériés. Ce mois-ci, ces primes représentent 190 €.

Enfin, elle perçoit 20 € d’allocation transport, remboursement partiel de son abonnement TER personnel qu’elle utilise pour ses trajets domicile-travail les jours où elle ne conduit pas. Total : 2 460 € nets.

« Certains mois avec plus de nuits, je monte à 2 600 €. D’autres, en été avec moins de roulements spéciaux, je redescends à 2 350 € », précise-t-elle. Une variabilité qu’elle a appris à lisser dans son budget.

Le loyer, poste qui pèse le plus lourd

Solveig loue un T3 de 62 m² dans le quartier de la Robertsau, à Strasbourg, pour 780 € charges comprises. Un montant qui a grimpé de 40 € lors du dernier renouvellement de bail.

Elle rembourse aussi un crédit auto de 155 € par mois, contracté pour une citadine d’occasion indispensable vu ses horaires décalés — les transports en commun ne collent pas toujours avec un service qui commence à 4h30.

Son assurance auto coûte 48 € mensuels, sa mutuelle santé 62 €, et son abonnement téléphone-internet 38 €. Elle a gardé Netflix et Spotify, soit 22 € cumulés.

« Le loyer, c’est le seul truc qui monte chaque année sans que mon salaire suive au même rythme », glisse-t-elle. Une frustration partagée par beaucoup de salariés du service public logés dans des grandes villes.

Femme vérifiant ses factures et son bail à la table de cuisine

Elle cotise également 25 € par mois à une prévoyance spécifique aux agents de conduite, qui couvre certains risques liés à son métier à horaires irréguliers. Total des dépenses fixes : environ 1 130 €.

Des courses qui grimpent avec les horaires décalés

Manger correctement quand on travaille de nuit une semaine sur trois, ce n’est pas gratuit. Solveig dépense environ 320 € par mois en courses alimentaires, un budget plus élevé que la moyenne pour une personne seule.

« Quand je sors d’un service de nuit à 5h du matin, je n’ai pas la force de cuisiner. Je prends des plats préparés, c’est plus cher mais je n’ai pas le choix », explique-t-elle.

Elle consacre aussi 90 € aux repas pris à l’extérieur — souvent des sandwichs avalés entre deux trajets — et 130 € aux sorties et loisirs du week-end : cinéma, restaurant avec des amis, escape game occasionnel.

Le shopping vêtements et le poste beauté représentent 85 € mensuels lissés. Solveig met aussi 60 € de côté chaque mois pour l’essence de sa voiture personnelle, utilisée hors trajets professionnels couverts par son abonnement.

Un budget vacances de 140 € par mois est provisionné pour un séjour d’une semaine chaque été, généralement en Europe. Total des dépenses variables : environ 825 €.

Un reste à vivre confortable, mais un salaire qui plafonne

Une fois toutes les dépenses réglées, il reste à Solveig environ 505 € chaque mois. Elle en place systématiquement 250 € sur un Livret A et 100 € sur une assurance-vie ouverte il y a trois ans.

Les 155 € restants forment sa marge de sécurité, souvent absorbée par un imprévu : réparation auto, cadeau, sortie non prévue. « Je ne suis pas dans le rouge, mais je ne peux pas non plus me projeter sur un achat immobilier tout de suite », admet-elle.

Son inquiétude porte surtout sur l’évolution de carrière. Le métier de conducteur de train plafonne assez vite en termes de salaire, sauf à viser des fonctions d’encadrement ou à changer de filière au sein du groupe.

« Je gagne bien pour mon niveau d’études, mais dans dix ans, sans évolution, je serai toujours à peu près au même point », reconnaît-elle, consciente que les primes liées aux horaires ne suffiront pas à compenser l’absence de progression du salaire de base.

Avec 2 460 € nets, Solveig se situe nettement au-dessus du salaire médian français, qui avoisine 2 100 € nets selon les dernières données de l’Insee. « Je sais que je suis privilégiée par rapport à beaucoup de gens, mais entre les nuits et le loyer qui grimpe, j’ai parfois l’impression de courir après mon propre salaire », résume-t-elle.

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