Dans les comptes de Solveig, conductrice de train à Strasbourg à 2 460 € nets par mois
Solveig, 34 ans, conduit des TER entre Strasbourg et Mulhouse depuis huit ans. Horaires décalés, primes de nuit, week-ends parfois travaillés : son métier paie bien pour un poste sans diplôme du supérieur, mais le rythme se paie aussi. Elle gagne 2 460 € nets par mois. Voici comment elle répartit chaque euro.
« Les gens pensent que je gagne le même salaire qu’un chauffeur de bus, mais avec le décalage horaire en plus », raconte-t-elle. Une remarque qui revient souvent, et qui l’agace un peu.

Un salaire gonflé par les primes de roulement
Le salaire de base de Solveig, agent de conduite classé à l’échelon intermédiaire chez SNCF Voyageurs, tourne autour de 1 980 € nets. Mais ce chiffre ne dit presque rien de son revenu réel.
S’ajoutent chaque mois une prime de travail (environ 210 €), une indemnité de résidence liée à Strasbourg (60 €) et surtout des primes de roulement pour les horaires atypiques : nuits, dimanches, jours fériés. Ce mois-ci, ces primes représentent 190 €.
Enfin, elle perçoit 20 € d’allocation transport, remboursement partiel de son abonnement TER personnel qu’elle utilise pour ses trajets domicile-travail les jours où elle ne conduit pas. Total : 2 460 € nets.
« Certains mois avec plus de nuits, je monte à 2 600 €. D’autres, en été avec moins de roulements spéciaux, je redescends à 2 350 € », précise-t-elle. Une variabilité qu’elle a appris à lisser dans son budget.
Le loyer, poste qui pèse le plus lourd
Solveig loue un T3 de 62 m² dans le quartier de la Robertsau, à Strasbourg, pour 780 € charges comprises. Un montant qui a grimpé de 40 € lors du dernier renouvellement de bail.
Elle rembourse aussi un crédit auto de 155 € par mois, contracté pour une citadine d’occasion indispensable vu ses horaires décalés — les transports en commun ne collent pas toujours avec un service qui commence à 4h30.
Son assurance auto coûte 48 € mensuels, sa mutuelle santé 62 €, et son abonnement téléphone-internet 38 €. Elle a gardé Netflix et Spotify, soit 22 € cumulés.
« Le loyer, c’est le seul truc qui monte chaque année sans que mon salaire suive au même rythme », glisse-t-elle. Une frustration partagée par beaucoup de salariés du service public logés dans des grandes villes.

Elle cotise également 25 € par mois à une prévoyance spécifique aux agents de conduite, qui couvre certains risques liés à son métier à horaires irréguliers. Total des dépenses fixes : environ 1 130 €.
Des courses qui grimpent avec les horaires décalés
Manger correctement quand on travaille de nuit une semaine sur trois, ce n’est pas gratuit. Solveig dépense environ 320 € par mois en courses alimentaires, un budget plus élevé que la moyenne pour une personne seule.
« Quand je sors d’un service de nuit à 5h du matin, je n’ai pas la force de cuisiner. Je prends des plats préparés, c’est plus cher mais je n’ai pas le choix », explique-t-elle.
Elle consacre aussi 90 € aux repas pris à l’extérieur — souvent des sandwichs avalés entre deux trajets — et 130 € aux sorties et loisirs du week-end : cinéma, restaurant avec des amis, escape game occasionnel.
Le shopping vêtements et le poste beauté représentent 85 € mensuels lissés. Solveig met aussi 60 € de côté chaque mois pour l’essence de sa voiture personnelle, utilisée hors trajets professionnels couverts par son abonnement.
Un budget vacances de 140 € par mois est provisionné pour un séjour d’une semaine chaque été, généralement en Europe. Total des dépenses variables : environ 825 €.
Un reste à vivre confortable, mais un salaire qui plafonne
Une fois toutes les dépenses réglées, il reste à Solveig environ 505 € chaque mois. Elle en place systématiquement 250 € sur un Livret A et 100 € sur une assurance-vie ouverte il y a trois ans.
Les 155 € restants forment sa marge de sécurité, souvent absorbée par un imprévu : réparation auto, cadeau, sortie non prévue. « Je ne suis pas dans le rouge, mais je ne peux pas non plus me projeter sur un achat immobilier tout de suite », admet-elle.
Son inquiétude porte surtout sur l’évolution de carrière. Le métier de conducteur de train plafonne assez vite en termes de salaire, sauf à viser des fonctions d’encadrement ou à changer de filière au sein du groupe.
« Je gagne bien pour mon niveau d’études, mais dans dix ans, sans évolution, je serai toujours à peu près au même point », reconnaît-elle, consciente que les primes liées aux horaires ne suffiront pas à compenser l’absence de progression du salaire de base.
Avec 2 460 € nets, Solveig se situe nettement au-dessus du salaire médian français, qui avoisine 2 100 € nets selon les dernières données de l’Insee. « Je sais que je suis privilégiée par rapport à beaucoup de gens, mais entre les nuits et le loyer qui grimpe, j’ai parfois l’impression de courir après mon propre salaire », résume-t-elle.