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Dans les comptes de Nadia, manipulatrice radio à Caen à 2 120 € nets par mois

Publié par Mathieu le 17 Juin 2026 à 19:02

Nadia, 34 ans, est manipulatrice en électroradiologie dans un hôpital public de Caen. Célibataire sans enfant, elle perçoit 2 120 € nets par mois après neuf ans d’ancienneté. Voici comment elle répartit chaque euro de son salaire, entre charges incompressibles, petits plaisirs et une épargne qu’elle qualifie elle-même de « fragile ».

Manipulatrice radio en blouse blanche devant un scanner

Ce qui tombe chaque mois sur son compte

Le salaire net de Nadia atteint 2 120 € par mois, primes incluses. Sa rémunération de base tourne autour de 1 940 €, à quoi s’ajoutent environ 180 € de primes liées aux gardes de week-end et aux astreintes de nuit qu’elle effectue deux à trois fois par mois.

« Les gardes, c’est ce qui fait la différence entre un budget serré et un budget vivable », résume-t-elle. Sans ces compléments, son salaire se rapprocherait de celui d’une aide-soignante à Rouen.

Contrairement à certains professionnels de santé en libéral, comme les sages-femmes libérales, Nadia n’a aucun revenu complémentaire. Pas de freelance, pas d’allocations. Son seul filet de sécurité : la stabilité du statut hospitalier.

En comparaison, le salaire médian en France s’établit autour de 2 100 € nets mensuels. Nadia se situe donc pile dans la moyenne nationale. Mais à Caen, où le coût de la vie reste modéré, ce montant lui offre un confort relatif que beaucoup de soignants parisiens lui envieraient.

Le mur des dépenses fixes

Son loyer absorbe 620 € par mois, charges comprises, pour un T2 de 48 m² dans le quartier de la Prairie, à quinze minutes à pied de l’hôpital. Un tarif cohérent avec les loyers modérés des villes moyennes françaises.

Petit appartement cosy avec vélo et repas préparés

L’assurance habitation lui coûte 18 € mensuels. Sa mutuelle santé complémentaire, obligatoire dans la fonction publique hospitalière, représente 42 € par mois après participation de l’employeur. Un poste qu’elle surveille de près depuis la hausse des tarifs en 2025.

Côté transports, Nadia a fait un choix radical : pas de voiture. Elle se déplace à vélo et en tramway, pour un abonnement TAN à 38 € par mois. « À Caen, tout est faisable sans voiture si tu habites près du tram. Ça m’économise au moins 300 € par mois. »

Son forfait téléphone s’élève à 16 € chez un opérateur low-cost. Internet fixe : 25 €. Deux abonnements streaming — Netflix et Spotify — totalisent 24 €. L’ensemble de ses abonnements numériques représente donc 65 € mensuels.

L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, ponctionne 98 € chaque mois sur sa fiche de paie. Un montant modeste qui reflète son taux marginal de 11 %. Certains collègues oublient des cases sur leur déclaration et finissent par payer davantage.

Total des dépenses fixes : 881 €. Ce bloc représente 41,5 % de ses revenus. Il lui reste donc 1 239 € pour vivre, épargner et se faire plaisir. Mais ce solde, en apparence confortable, fond plus vite qu’elle ne le voudrait.

Les dépenses qui bougent d’un mois à l’autre

Les courses alimentaires constituent son deuxième poste le plus lourd : 310 € par mois. Nadia cuisine beaucoup elle-même et privilégie le marché du dimanche matin à Saint-Sauveur pour les fruits et légumes. « Je fais des batch cooking le dimanche, sinon les soirs de garde je mange n’importe quoi. »

Les repas pris à la cantine de l’hôpital ajoutent environ 75 € mensuels, à raison de 3,80 € le plateau en moyenne. Un tarif subventionné qu’elle juge « imbattable par rapport à l’extérieur ». Les opérations restaurant ponctuelles lui permettent de sortir sans exploser son budget.

Restaurants et sorties entre amis pèsent 120 € par mois. Ce poste inclut deux ou trois dîners en ville, quelques verres en terrasse et un cinéma de temps en temps. « C’est le budget que je refuse de couper. Sans vie sociale, le boulot à l’hôpital te bouffe. »

Le shopping vêtements et soins personnels oscille entre 60 et 80 € selon les mois. Nadia estime sa moyenne à 70 €. Elle achète peu mais « de la qualité qui dure », notamment pour ses chaussures de travail à semelles renforcées, indispensables quand on passe huit heures debout devant un scanner.

Les loisirs hors sorties — salle d’escalade, livres, week-ends occasionnels — représentent 90 € par mois en moyenne lissée. Son abonnement escalade seul coûte 45 €. Elle y va trois fois par semaine et considère ce poste comme « non négociable, c’est ma soupape ».

Enfin, elle provisionne 60 € par mois pour les vacances, soit 720 € annuels. De quoi financer une semaine de location en été et un city-trip en automne. « Mes collègues partent à l’étranger, moi je reste en France. C’est un choix budgétaire, pas un choix de cœur. » Le budget vacances des Français dépasse souvent 3 500 € par an dans certains départements.

Total des dépenses variables : 725 €. Additionnées aux charges fixes, ses sorties mensuelles atteignent 1 606 €. Reste à savoir ce qu’il advient des 514 € restants.

Ce qu’il reste quand tout est payé

Sur le papier, Nadia dégage un excédent de 514 € par mois. En pratique, elle parvient à en placer 300 € sur son Livret A, qui affiche aujourd’hui un solde de 11 400 €. Le reste — environ 214 € — sert de tampon pour les imprévus : réparation vélo, frais médicaux non couverts, cadeaux d’anniversaire.

Elle n’a aucun crédit en cours. C’est sa fierté et son obsession. « Ma mère s’est endettée pendant vingt ans pour une voiture. Moi, si je ne peux pas payer cash, je n’achète pas. » Une discipline qui lui évite les tracas du découvert bancaire.

Son objectif à moyen terme : atteindre 15 000 € sur le Livret A d’ici fin 2027, puis ouvrir une assurance-vie. « Je sais que le Livret A au-delà de 15 000 € n’est pas optimal, mais c’est rassurant d’avoir un matelas accessible. »

Le projet qui la travaille le plus : l’achat d’un petit appartement à Caen. Avec son salaire, les simulations bancaires lui ouvrent un emprunt d’environ 120 000 € sur vingt-cinq ans. Suffisant pour un T2 dans certains quartiers, mais « pas de quoi viser le centre-ville ». Elle hésite encore, freinée par la hausse de la taxe foncière qui alourdirait ses charges.

Comparé à d’autres budgets de soignants — comme celui de Pauline, infirmière libérale à 3 200 €, ou de Rachid, ambulancier à 2 230 € — Nadia se situe dans une zone intermédiaire. Ni à l’aise, ni en difficulté.

« Je ne me plains pas, mais je ne fais pas non plus ce que je veux. À 34 ans, avec un bac+3 et neuf ans d’hôpital, j’aimerais que le curseur soit un peu plus haut. » Son salaire dépasse le SMIC de 700 €, mais reste inférieur à celui de métiers exigeant un niveau d’études comparable, comme les géomètres-experts ou les radiologues avec qui elle travaille au quotidien — un écart qu’elle constate chaque jour en salle d’examen.

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