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Dans les comptes de Vincent, radiologue à Rennes à 5 400 € nets par mois

Publié par Mathieu le 22 Avr 2026 à 19:02

Vincent a 41 ans, deux enfants, et un cabinet de radiologie en libéral à Rennes. Sur le papier, 5 400 € nets par mois, c’est confortable. Dans les faits, le budget d’un médecin libéral cache des charges que personne n’anticipe — et une épargne qui reste, pour lui, un combat quotidien.

Vincent, radiologue libéral à Rennes, dans son cabinet

Ce que Vincent touche vraiment chaque mois

Vincent est radiologue libéral associé dans une clinique privée rennaise depuis huit ans. Son revenu brut oscille entre 8 500 € et 9 200 € selon l’activité du mois. Après cotisations sociales (URSSAF, CARMF — la caisse de retraite des médecins — et prévoyance obligatoire), il lui reste environ 5 400 € nets en moyenne sur l’année.

Mais attention : ce chiffre est lissé. En décembre et janvier, les cotisations URSSAF font des appels régularisateurs qui peuvent amputer son compte de 1 800 € supplémentaires d’un coup. « Je dois toujours garder un matelas de trésorerie pour ça, sinon c’est la panique en début d’année », explique-t-il.

Il ne perçoit aucune allocation CAF, aucune APL, aucun complément. Son épouse est graphiste indépendante et génère environ 1 600 € nets par mois de son côté — mais les deux budgets sont strictement séparés dans leur gestion quotidienne.

Des charges fixes qui pèsent bien plus qu’on ne croit

Le premier poste, et de loin, c’est le crédit immobilier. Vincent et sa femme ont acheté une maison de 130 m² en périphérie de Rennes en 2019, à 380 000 €. Mensualité : 1 620 €, sur 25 ans, taux fixe à 1,35 %. Ils ont encore 18 ans à tenir.

Maison familiale achetée à crédit en périphérie de Rennes

Viennent ensuite les charges de copropriété du cabinet (quote-part mensuelle) : 290 €. C’est une dépense professionnelle, mais elle sort de son compte personnel car il a opté pour une structure en nom propre. L’assurance responsabilité civile professionnelle lui coûte 180 € par mois — un poste que les salariés ne connaissent tout simplement pas.

Le reste des fixes ressemble à n’importe quel foyer de classe moyenne supérieure en province :

  • Assurance habitation : 62 €
  • Mutuelle familiale (lui + femme + 2 enfants) : 148 €
  • Forfaits téléphoniques (deux lignes) : 38 €
  • Internet fibre : 30 €
  • Abonnements streaming (Netflix, Spotify, Disney+) : 34 €
  • Assurance voiture (deux véhicules, dont un SUV familial et une citadine) : 115 €
  • Énergie (électricité + gaz, maison ancienne mal isolée) : 210 €

Total charges fixes hors crédit : 1 107 €. Ajouté à la mensualité, Vincent est déjà à 2 727 € de dépenses contraintes avant d’avoir acheté le moindre pain. Et ce n’est pas fini — il reste un détail que peu de gens anticipent pour un libéral de son niveau.

L’impôt sur le revenu : la vraie mauvaise surprise

Vincent paie ses impôts par prélèvements mensuels : 820 € par mois, soit 9 840 € sur l’année. C’est le résultat de son imposition au barème progressif sur ses bénéfices non commerciaux (BNC), tranche à 41 %. « La première année où j’ai eu une régularisation à 4 200 €, j’ai cru à une erreur », dit-il. C’était juste la réalité du statut libéral.

Si vous voulez comparer avec un profil très différent, le budget de Julien, boulanger à Clermont-Ferrand, montre à quel point les situations divergent à l’autre bout de l’échelle. Et pour comprendre ce qui sépare les classes sociales en France, la définition de la classe moyenne en 2025 éclaire pas mal de choses.

Avec impôts inclus, le total des dépenses contraintes de Vincent monte à 3 547 € sur ses 5 400 €. Il lui reste donc environ 1 853 € pour tout le reste — courses, enfants, loisirs, épargne.

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La vie courante : où part vraiment le reste

Courses au marché en famille, poste budgétaire clé

Les courses alimentaires pour une famille de quatre personnes représentent 620 € par mois. Vincent fait ses achats principalement chez Leclerc et un marché local le samedi matin — un rituel qu’il tient à conserver malgré l’emploi du temps chargé. « C’est le seul moment où je déconnecte vraiment de l’hôpital. »

Les enfants (9 et 12 ans) génèrent des frais récurrents souvent sous-estimés :

  • Cantine + périscolaire : 180 €
  • Activités extrascolaires (foot, piano) : 95 €
  • Fournitures, vêtements, imprévus scolaires : 80 € lissés

L’essence pour les deux voitures revient à environ 160 € par mois — le cabinet est à 12 km de la maison, et les enfants ont des activités dispersées en ville. Les sorties et restaurants représentent 120 €, un poste que Vincent qualifie lui-même de « variable d’ajustement » quand le mois est tendu.

Enfin, les vacances : la famille part deux fois par an, une semaine en été et quelques jours à Noël. Budget lissé sur 12 mois : 280 €. « On n’est pas partis aux Maldives. L’an dernier c’était la Bretagne et une semaine à Barcelone en avril. » Total dépenses variables : 1 535 €.

Ce qu’il reste — et pourquoi l’épargne reste un effort

Après fixes, impôts et variable, le solde mensuel théorique est d’environ 318 €. En pratique, Vincent vire chaque mois 500 € sur son Plan d’Épargne Retraite (PER) — un effort qu’il a mis en place sur les conseils de son comptable pour défiscaliser une partie de ses revenus. Ce virement est prélevé automatiquement le 5 du mois, avant même qu’il ait le temps de le dépenser.

Radiologue consultant son budget mensuel le soir

Il a également un Livret A au plafond (22 950 €) et un contrat d’assurance-vie ouvert en 2017, sur lequel il verse 200 € par mois. Sur ce sujet, il a suivi de près les alertes sur le Livret A au-delà de 15 000 € et les débats autour de la fiscalité de l’assurance-vie.

Résultat : certains mois, il est en négatif de 300 à 400 € qu’il pioche dans sa trésorerie professionnelle. D’autres mois, il met de côté 600 € supplémentaires. La moyenne annuelle est légèrement positive, mais sans grande marge. « Les gens pensent qu’à 5 000 € par mois on roule sur l’or. En réalité, avec deux enfants, un crédit, les cotisations et les impôts, on fait attention. Pas comme quelqu’un au SMIC, non, je ne vais pas me plaindre. Mais ce n’est pas la fête non plus. »

Pour comparer avec une situation aux antipodes, le budget d’Ambre, aide-soignante à Rouen à 1 720 €, montre que les marges de manœuvre n’ont rien à voir. Et si vous vous demandez à quel niveau de revenu on entre dans la catégorie « riche » en France, le dernier rapport sur le seuil de richesse en 2025 donne la réponse — et elle est moins haute qu’on ne le croit.

Le bilan : confortable, mais pas blindé

Le salaire médian en France est d’environ 2 000 € nets par mois selon l’INSEE. Vincent gagne 2,7 fois ce montant. Pourtant, son reste-à-vivre réel après épargne contrainte et crédits est, certains mois, inférieur à celui d’un cadre moyen bien géré. Le statut libéral explique tout : cotisations CARMF élevées (environ 1 400 € par mois prélevés avant même les 5 400 €), absence de congés payés indemnisés, aucun chômage possible, et une retraite à construire entièrement soi-même.

« Je ne regrette pas d’avoir choisi le libéral, dit-il. Mais je comprends pourquoi des collègues retournent au salariat. La liberté a un prix, et il est plus élevé qu’annoncé. » Pour ceux qui réfléchissent à leurs propres projections, le montant exact pour vivre dignement à la retraite en France est un point de repère utile — et souvent surprenant.

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