Dans les comptes de Julien, boulanger à Clermont-Ferrand à 1 780 € nets par mois
Julien, 34 ans, est boulanger depuis onze ans dans une boulangerie artisanale du centre-ville de Clermont-Ferrand. Il touche 1 780 € nets par mois, soit légèrement au-dessus du SMIC, mais bien en dessous du salaire médian français. Marié, père d’un enfant de 3 ans, il vit en appartement avec sa femme Anaïs, aide-soignante à mi-temps. Voici comment il répartit chaque euro.

Les revenus : 1 780 € nets, et quelques petits plus
Le salaire de Julien est fixé par la convention collective de la boulangerie-pâtisserie artisanale. Après prélèvements sociaux, il tombe à 1 780 € nets par mois. Pas de prime mensuelle automatique, mais il perçoit une prime annuelle de fin d’année d’environ 400 €, soit 33 € lissés sur le mois.
Sa femme Anaïs travaille à 60 %, ce qui lui rapporte 1 050 € nets. Le foyer touche également les allocations familiales : 172 € par mois pour leur fils. Au total, le ménage dispose de 3 002 € pour vivre à deux adultes et un enfant.
« Les gens pensent qu’on gagne bien parce qu’on est artisan. Mais je suis salarié, pas patron. La différence, elle est énorme. » Julien le dit sans amertume, mais avec une lucidité bien rodée.
Les dépenses fixes : le poste qui mange tout
Le loyer représente le premier choc. Julien et Anaïs louent un T3 de 68 m² dans un quartier calme de Clermont-Ferrand pour 720 € charges comprises. Pas donné pour la ville, mais ils n’ont pas voulu s’éloigner de l’école et de la boulangerie, que Julien rejoint à pied.

Les charges fixes s’accumulent ensuite rapidement. La mutuelle familiale coûte 95 € par mois — elle couvre également le petit. L’assurance habitation revient à 22 €. L’abonnement internet est à 27 €, et les deux forfaits mobiles à 30 € au total.
Julien n’a pas de voiture. Il se déplace à vélo pour aller au travail. Anaïs, elle, possède une Peugeot 208 de 2018. Le crédit auto est soldé, mais l’assurance représente 58 € par mois, et le contrôle technique est passé l’an dernier. Le plein d’essence revient à environ 90 € par mois.
Côté abonnements, Netflix est à 13,49 € et Spotify à 10,99 €. La crèche du petit, partiellement subventionnée par la CAF, coûte 230 € mensuels après déduction. Et l’impôt sur le revenu est prélevé à la source : 85 € par mois pour le foyer, grâce au quotient familial.
Total dépenses fixes : 1 381 €.
Les dépenses variables : vivre avec ce qui reste
Il reste donc environ 1 621 € pour tout le reste. Julien gère ce budget avec une méthode simple : les enveloppes mentales. Chaque poste a sa limite, et il ne la dépasse pas.
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Les courses alimentaires représentent 420 € par mois pour trois personnes. Julien fait ses achats chez Leclerc pour les produits secs et les surgelés, et au marché du samedi pour les fruits et légumes. Il rentre du pain tous les soirs — c’est l’un des avantages discrets du métier.

Le poste restaurant et sorties est limité à 80 € mensuels. « On sort peu. Avec un enfant en bas âge et des horaires décalés, c’est compliqué. Je commence à 4h30, je suis rentré à 13h, mais le soir je suis épuisé. » Une sortie en famille par mois, quelques pizzas à emporter.
Le shopping représente 60 € par mois en moyenne, lissé sur l’année. Anaïs achète quelques vêtements en soldes, Julien s’équipe chez des enseignes discount pour son uniforme de travail.
Les loisirs et activités pour le petit — éveil musical, sorties — coûtent environ 45 € par mois. Les vacances sont budgetées à hauteur de 80 € mensuels lissés, soit environ 960 € par an : une semaine dans la famille en Bretagne, et quelques week-ends en Auvergne.
Enfin, les imprévus et frais divers (pharmacie, cadeaux, entretien voiture, coiffeur) représentent 120 € par mois. Un poste que Julien a appris à respecter après une transmission de freins à 380 € qui a mis leur budget sens dessus dessous il y a deux ans.
Total dépenses variables : 805 €.
Épargne et bilan : 435 € à la fin du mois, mais pas sans effort
Une fois toutes les dépenses réglées, il reste théoriquement 435 € par mois sur le budget global du foyer. Mais Julien est le premier à nuancer ce chiffre.
« En théorie, on met 300 € de côté chaque mois. En pratique, c’est plutôt 200 €. Il y a toujours quelque chose. » Le compte épargne du couple tourne autour de 8 400 € accumulés en plusieurs années. Leur objectif : constituer un apport pour acheter un appartement plus grand d’ici cinq ans.

Ils n’ont pas de Livret A saturé ni de placement financier sophistiqué. Leur épargne repose sur deux livrets A — un par adulte — et un livret jeune ouvert au nom de leur fils. Julien ne touche à ces réserves qu’en cas de vraie urgence.
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Côté crédits, ils n’ont qu’un seul engagement en cours : le crédit à la consommation souscrit pour l’achat d’un lave-linge et d’un réfrigérateur il y a dix-huit mois. Remboursement de 42 € par mois, soldé dans neuf mois. Ce montant est inclus dans les charges fixes.
Savoir réduire ses dépenses contraintes est devenu une priorité pour eux. Julien a notamment suivi des conseils pour réduire ses dépenses de courses mensuelles et optimiser ses passages en supermarché.
Leur plus grande crainte ? Qu’Anaïs ne puisse pas augmenter son temps de travail quand leur fils entrera à l’école. « Je sais que je devrais épargner plus, mais avec un enfant à la crèche et les horaires qu’on a, c’est difficile de se priver davantage. » Un équilibre fragile, mais tenu.
Ce que révèlent les comptes de Julien
Le bilan mensuel du foyer tient sur un fil. Les 3 002 € de revenus combinés suffisent à couvrir l’ensemble des postes, mais sans marge de manœuvre réelle. Une dépense imprévue de 500 € — une panne de voiture, une dent à soigner — suffirait à effacer deux mois d’épargne.
Les profils similaires à revenus modestes en province présentent souvent ce même équilibre précaire : pas de découvert chronique, pas de luxe, mais une vulnérabilité aux aléas qui reste permanente.
Pour contextualiser : le salaire médian en France s’établit autour de 2 005 € nets par mois selon les dernières données INSEE. Julien, seul, est en dessous. Avec le revenu d’Anaïs et les allocations, le foyer dépasse légèrement ce seuil par unité de consommation. Mais comparer un boulanger célibataire sans enfant à Julien n’aurait guère de sens — vivre dignement en France a un coût qui varie radicalement selon la composition du foyer.
Ce que son budget dit surtout, c’est ceci : en province, avec un métier manuel indispensable, une organisation rigoureuse et deux salaires modestes, il est possible de s’en sortir. Pas de s’enrichir. S’en sortir.