Dans les comptes de Maxime, conducteur de bus à Toulouse à 1 980 € nets par mois
Maxime, 38 ans, conduit un bus urbain pour Tisséo, le réseau de transports en commun de Toulouse, depuis maintenant onze ans. Il touche 1 980 € nets par mois, primes comprises. Propriétaire d’un petit appartement en banlieue toulousaine avec sa compagne Amandine, il élève deux enfants de 6 et 9 ans. Voici, poste par poste, comment chaque euro est dépensé — et ce qu’il reste quand le mois est terminé.

Les revenus : 1 980 € nets, un salaire stable mais sans fioritures
Le salaire de base de Maxime s’élève à 1 740 € nets par mois. Auxquels s’ajoutent des primes liées aux horaires décalés et aux dimanches travaillés, pour un total de 240 € supplémentaires en moyenne. Ce qui porte son revenu mensuel net à 1 980 €.
Amandine, aide médico-psychologique à temps partiel, complète le foyer avec 1 120 € nets. Le revenu du ménage atteint donc 3 100 € nets par mois pour quatre personnes. Les allocations familiales versées par la CAF viennent en renfort : 141 € par mois pour deux enfants.
« Je suis fonctionnaire de la collectivité, c’est un statut qui me convient. J’ai la sécurité de l’emploi, les congés, la mutuelle. Mais ça avance très lentement, les augmentations », confie Maxime. Le salaire médian français tourne autour de 2 100 € nets par mois pour un salarié seul. Maxime est légèrement en dessous, mais le ménage s’en tire globalement.
Les dépenses fixes : le crédit immobilier pèse lourd
Le poste le plus lourd du budget de Maxime, c’est le crédit immobilier. Il a acheté son appartement de 72 m² à Tournefeuille, à l’ouest de Toulouse, en 2018. La mensualité s’élève à 820 €, assurance emprunteur incluse. Il reste dix-neuf ans de remboursement.
Viennent ensuite les charges de copropriété : 110 € par mois. L’électricité et le gaz combinés représentent 95 € en hiver, un peu moins en été — Maxime retient 95 € en moyenne annuelle lissée. L’eau : 28 €.
La mutuelle familiale coûte 98 € par mois, après participation de l’employeur de Maxime. L’assurance habitation : 32 €. L’assurance auto : 54 € pour leur Peugeot 308 familiale de 2017.
Le forfait téléphone de Maxime : 19 €. Celui d’Amandine : 15 €. L’abonnement internet fibre : 29 €. Netflix et Disney+ partagés avec la famille : 22 € au total. Soit un total abonnements numériques de 66 €.
La taxe foncière, lissée sur douze mois, représente 62 € supplémentaires. Maxime n’est pas imposable sur le revenu, son foyer se situant juste en dessous du seuil d’imposition compte tenu de ses deux parts fiscales pour enfants. Total des charges fixes : 1 365 € sur le budget du ménage.

Les dépenses variables : les courses, premier poste de vigilance
Avec deux enfants, les courses alimentaires constituent le deuxième poste le plus lourd. Maxime fait ses grandes courses au Leclerc du coin, avec une escapade hebdomadaire au Lidl du quartier pour les produits du quotidien. Le budget courses tourne autour de 620 € par mois pour quatre personnes.
« On essaie de faire attention, mais avec les gamins, on ne peut pas rogner sur tout. Le fromage, les yaourts, les céréales du matin… ça part vite », dit-il avec un sourire fatigué. Il reconnaît avoir réduit la viande à deux fois par semaine pour tenir le budget.
Les sorties et restos : Maxime et Amandine sortent peu. Un restaurant une fois par mois environ, pour une addition moyenne de 55 €. Une sortie ciné en famille par trimestre, lissée à 15 € par mois. Total loisirs/sorties : 70 €.
L’essence pour la voiture : Maxime utilise son véhicule principalement le week-end — il prend évidemment le bus pour aller travailler. La conso essence tourne à 65 € par mois. Les activités extra-scolaires des enfants (foot pour l’aîné, atelier peinture pour la cadette) représentent 58 € par mois.
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Les courses diverses — vêtements enfants, hygiène, entretien maison — sont budgétées à 80 € par mois. Les imprévus et cadeaux (anniversaires, fêtes d’école) : 40 € lissés sur l’année. Total dépenses variables : 933 €.
Épargne et bilan : 200 € de marge, ni plus ni moins
Faisons les comptes. Le ménage dispose de 3 241 € de revenus mensuels (salaires + allocations). Les charges fixes absorbent 1 365 €, les dépenses variables 933 €. Il reste théoriquement 943 € chaque mois.
Sauf que la réalité est plus nuancée. Maxime verse 500 € par mois sur un Livret A au nom du ménage — dont 200 € sont réservés à un fonds travaux pour l’appartement. Il dispose aussi d’un Plan Épargne Logement (PEL) ouvert en 2019, sur lequel il verse 150 € par mois.
Soit 650 € d’épargne mensuelle au total. Ce qui laisse une marge réelle de 293 € en fin de mois — théoriquement. En pratique, les imprévus (pneu crevé, appareil électroménager en panne, consultation chez le pédiatre) grignotent régulièrement cette réserve. La vraie marge de confort tourne plutôt autour de 150 à 200 €.

« Je sais qu’on devrait mettre encore plus de côté, surtout pour les études des enfants. Mais avec le crédit et les charges, c’est compliqué de faire autrement. On fait ce qu’on peut », admet-il. Savoir combien il faudra à la retraite pour vivre dignement le préoccupe aussi, même s’il préfère ne pas trop y penser pour l’instant.
Côté retraite justement, Maxime cotise au régime général et bénéficie de la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Il n’a pas fait de simulation précise, mais estime qu’il partira à 64 ans avec une pension autour de 1 400 € s’il ne complète pas son épargne.
Pas de crédit à la consommation en cours — une décision assumée. « On a eu un crédit voiture il y a deux ans, on l’a soldé dès qu’on a pu. Les intérêts, c’est de l’argent jeté par les fenêtres », explique-t-il. Une sagesse que bien des ménages pourraient envier.
Le verdict : une situation solide, mais sans filet de sécurité
Le budget de Maxime est sain sur le papier. Un crédit immobilier, une épargne régulière, des dépenses maîtrisées. Mais la marge réelle en fin de mois reste mince pour une famille de quatre personnes. Un imprévu sérieux — une panne de voiture, un problème de toiture — peut vite déstabiliser l’équilibre.
La situation de Maxime reflète celle de millions de familles françaises des classes moyennes : pas dans le besoin, mais sans vrai confort financier. Le salaire médian d’un conducteur de bus en France tourne entre 1 700 et 2 100 € nets selon l’ancienneté et les primes — Maxime se situe dans la moyenne haute de sa catégorie.
Pour contextualiser : avec 3 100 € nets à deux, ce ménage se situe légèrement en dessous du seuil de richesse défini en France, et dans le cœur de la classe moyenne. Loin d’être à plaindre, mais loin aussi d’être à l’abri.
« On vit bien, on ne se prive pas de l’essentiel. On part en vacances une semaine par an, dans le Lot ou en Ardèche. C’est pas la grande vie, mais c’est notre vie et on l’aime bien », résume Maxime. Une phrase qui dit tout du quotidien de ceux qui font tourner le pays en silence, à 5 h du matin, au volant d’un bus.
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