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Dans les comptes de Ambre, aide-soignante à Rouen à 1 720 € nets par mois

Publié par Mathieu le 09 Avr 2026 à 19:03

Ambre, 34 ans, est aide-soignante en EHPAD à Rouen depuis sept ans. Elle élève seule son fils de 6 ans et touche 1 720 € nets par mois — avec les primes de nuit et de dimanche comprises. Voici comment elle répartit chaque euro, sans en cacher un seul.

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Aide-soignante consultant son budget mensuel à la maison

Les revenus : 1 720 € nets, primes incluses

Le salaire de base d’Ambre en tant qu’aide-soignante diplômée d’État avec sept ans d’ancienneté s’élève à 1 540 € nets. À cela s’ajoutent environ 180 € de primes variables : prime de nuit quand elle assure les gardes, prime de dimanche et jours fériés. En moyenne lissée sur l’année, elle arrive à 1 720 € nets mensuels.

Elle ne touche pas de pension alimentaire. Elle bénéficie en revanche de 175 € d’APL (aide personnalisée au logement) versés directement à son propriétaire, ce qui allège mécaniquement son loyer. La CAF lui verse aussi 185 € de prestation d’accueil du jeune enfant (complément de libre choix du mode de garde) pour la cantine et le périscolaire de son fils. Son prime d’activité s’élève à 95 €. Au total, ses entrées réelles d’argent atteignent donc 2 000 € par mois — mais elle considère que son « vrai salaire », celui qu’elle maîtrise, c’est les 1 720 €. « Les aides, ça peut changer du jour au lendemain. Je ne les compte pas comme acquis », dit-elle.

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Les dépenses fixes : 1 060 € qui partent avant le 5

Le poste le plus lourd reste le loyer. Ambre occupe un F3 dans le quartier Saint-Sever à Rouen pour 680 € charges comprises (eau, ordures ménagères). Après déduction des APL versées directement au bailleur, elle débourse réellement 505 €. C’est le prix d’un appartement correct en périphérie de centre-ville normand — loin des loyers parisiens, mais pas non plus donné pour son salaire.

Voici ses autres charges fixes mensuelles :

  • Mutuelle santé : 48 € (contrat individuel, participation employeur incluse)
  • Assurance habitation : 18 €
  • Assurance voiture : 62 € (Renault Clio 2015, assurance tous risques)
  • Forfait mobile : 12 €
  • Internet box : 28 €
  • Abonnements streaming : 22 € (Netflix + Disney+ partagés avec sa sœur)
  • Cantine + périscolaire fils : 90 € (tarif modulé, reste à charge après aides)
  • Crédit voiture : 148 € (rachat d’un véhicule d’occasion, 18 mois restants)
  • Crédit à la consommation : 127 € (réfrigérateur et machine à laver achetés après sa séparation, 24 mois restants)

Total charges fixes : 1 060 €. Le crédit conso lui pèse particulièrement. « Quand j’ai refait le logement seule, j’avais pas le choix. Mais 127 € par mois pour un frigo, ça fait mal », reconnaît-elle. Pour en savoir plus sur les dépenses contraintes qui grignotent les budgets sans qu’on s’en rende compte, les chiffres sont souvent plus élevés qu’on ne le croit.

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Mains comptant des euros et des factures sur une table

Les dépenses variables : 500 € pour vivre

Après les fixes, Ambre dispose d’environ 660 € (en comptant les aides) pour tout le reste. En pratique, voilà comment ils partent :

  • Courses alimentaires : 280 € (Lidl principalement, quelques achats en supermarché classique). Elle cuisine le soir et prépare des repas à l’avance les weekends. « Je ne peux pas me permettre de gaspiller », dit-elle simplement.
  • Carburant : 90 € (trajet domicile-travail de 14 km, travail en horaires décalés, pas de transport en commun praticable). Avec la hausse du carburant, ce poste a pris 15 € en un an.
  • Pharmacie / santé : 25 € (reste à charge médicaments, médecin). La mutuelle couvre bien mais ne couvre pas tout.
  • Vêtements et chaussures : 20 € (budget lissé sur l’année, essentiellement pour son fils en croissance). Elle achète quasi exclusivement en friperies ou lors des soldes.
  • Sorties / loisirs : 35 € (cinéma, parc, musée avec son fils une fois par mois environ).
  • Cadeaux / imprévus : 30 € (anniversaires, petit cadeau de fin d’année pour la maîtresse, dépenses non prévues).

Total dépenses variables : 480 €. Ce qui laisse théoriquement 180 € à la fin du mois — mais c’est rarement aussi simple.

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Mère et fils faisant les courses dans un supermarché discount

Épargne et bilan : 60 € par mois, quand tout se passe bien

Ambre vise à mettre 60 à 80 € de côté chaque mois sur un Livret A. En pratique, certains mois elle n’y arrive pas — une visite chez le vétérinaire pour son chat, un pneumatique à changer, une sortie scolaire imprévue, et les 60 € fondent. Son épargne totale sur le Livret A tourne autour de 1 400 €. « C’est mon matelas de survie. Je touche pas à ça ».

Elle n’a aucun placement financier, aucun PEA, aucune épargne retraite. Elle sait que c’est un problème. « Je sais que je devrais anticiper la retraite, mais avec mon salaire et mon fils, si je mets 60 € de côté par mois c’est déjà une victoire ». À ce sujet, les règles pour valider ses trimestres en 2026 sont cruciales pour quelqu’un dans sa situation.

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Ses deux crédits en cours représentent 275 € de remboursements mensuels. Dans 18 mois, le crédit voiture sera soldé, ce qui lui libérera 148 € supplémentaires — une bouffée d’air qu’elle attend avec impatience. Elle n’envisage pas d’acheter un logement à court terme, même si les prix de l’immobilier ont baissé dans certaines villes. « Avec mon salaire seule, aucune banque ne me suivrait pour un prêt », dit-elle sans amertume particulière.

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En fin de mois, il lui reste entre 50 et 120 € selon les aléas. Pas grand-chose pour faire face à un coup dur. Elle reconnaît que sans les aides CAF et les APL, le budget serait en déficit chronique.

Appartement modeste avec livret d'épargne sur la table
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Ce que ça dit du métier et de la réalité française

Le budget d’Ambre illustre une réalité que beaucoup connaissent : un métier indispensable, physiquement épuisant, qui ne permet pas de souffler financièrement. Avec les infirmières en CHU autour de 2 350 € nets, l’écart est notable. Les aides-soignantes restent parmi les professions les moins bien rémunérées du secteur de la santé, malgré le Ségur de la santé de 2020 qui a apporté une revalorisation de 183 € nets mensuels — sans laquelle Ambre serait à 1 537 €.

Pour comparaison, le salaire médian en France en 2025 tourne autour de 2 100 € nets selon l’INSEE — soit près de 400 € de plus que ce qu’Ambre perçoit. Pourtant, elle s’en sort, mois après mois, en arbitrant chaque dépense. La question de la classe moyenne prend une autre dimension quand on regarde des budgets comme le sien : ni dans la précarité totale, ni dans un confort qui permet de respirer.

Son rapport à l’argent tient en une phrase : « Je ne stresse pas pour les grosses dépenses parce que je n’en ai pas. Je stresse pour les petites, parce que c’est elles qui peuvent tout faire basculer ». Pour voir d’autres budgets de professions comparables, jetez un œil aux comptes de Nadia, conductrice de bus à 1 920 €, ou à ceux de Julien, boulanger à 1 780 € — deux profils qui partagent avec Ambre cette même arithmétique du mois qui finit juste.

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