Dans les comptes de Nadia, conductrice de bus à Marseille à 1 920 € nets par mois
Nadia, 38 ans, conduit un bus de la RTM à Marseille depuis sept ans. Elle gagne 1 920 € nets par mois. Mère d’un garçon de 9 ans, séparée depuis trois ans, elle vit dans un appartement de 52 m² dans le 13ᵉ arrondissement. Voici comment elle répartit chaque euro.

Les revenus : 1 920 € nets, et quelques petits plus
Son salaire de base en tant que conductrice de la Régie des Transports Métropolitains s’élève à 1 740 € nets. Les primes et majorations pour les horaires décalés, les dimanches travaillés et les jours fériés portent l’ensemble à 1 920 € nets par mois en moyenne. Un mois sur deux, une prime d’assiduité de 80 € s’ajoute lorsqu’elle ne pose aucun arrêt maladie.
Elle perçoit également 180 € d’allocations familiales versées par la CAF pour son fils. Ce complément n’est pas négligeable : « Sans les allocations, certains mois ce serait vraiment tendu », admet-elle. Son total mensuel réel oscille donc entre 1 920 € et 2 180 € selon les mois.
Elle n’a pas de revenus annexes. Pas de freelance, pas de location. Son seul revenu d’activité, c’est le volant.
Les dépenses fixes : le mur qui mange tout
Le poste le plus lourd reste le loyer. Nadia paie 680 € par mois pour son F3 marseillais, charges comprises. C’est le tarif du marché dans ce secteur de la ville, loin des quartiers huppés mais pas donné non plus. Elle a fait une demande de logement social il y a quatre ans. Elle attend toujours.

Sur l’énergie, la facture EDF tourne autour de 75 € par mois en lissé annuel. L’hiver, ça monte. « Mon appartement est mal isolé, alors en janvier je peux approcher les 120 €. » Le gaz est inclus dans les charges.
Voici le détail de ses charges fixes mensuelles :
- Loyer et charges : 680 €
- Électricité : 75 €
- Mutuelle (elle + son fils) : 68 €
- Assurance habitation : 22 €
- Forfait mobile : 19 €
- Internet (fibre) : 26 €
- Abonnements streaming (Netflix + Spotify) : 21 €
- Cantine scolaire (prélèvement mensuel) : 38 €
- Assurance vie basique : 15 €
Total charges fixes : 964 € par mois. Soit exactement la moitié de son salaire net avant allocations. Une fois ce mur payé, il lui reste 956 € pour tout le reste.
Côté transport, Nadia bénéficie d’un pass gratuit RTM en tant qu’employée. Elle n’a pas de voiture. Ce privilège lui fait économiser une somme considérable chaque mois — une économie que peu de ses collègues mesurent vraiment à sa juste valeur.
Les dépenses variables : la vraie vie, poste par poste
Les courses alimentaires représentent son deuxième gros poste. Nadia fait ses achats principalement à Lidl et au marché du Merlan. Elle dépense en moyenne 350 € par mois pour elle et son fils. « Je cuisine beaucoup, les plats préparés c’est trop cher et trop gras pour un enfant. »

Le budget restos et sorties est réduit au strict minimum. Environ 50 € par mois, souvent pour un pizzeria ou une glace avec son fils le week-end. Les grandes sorties, c’est pour les anniversaires.
Voici le reste de ses dépenses variables moyennes :
- Courses alimentaires : 350 €
- Restos et sorties : 50 €
- Vêtements et chaussures (lissé) : 35 €
- Hygiène, pharmacie, soins : 40 €
- Activités de son fils (judo) : 28 €
- Divers imprévus : 50 €
Total dépenses variables : 553 € par mois. Une fois toutes ses dépenses fixes et variables payées, il lui reste théoriquement 403 € avec les allocations. Mais la réalité, c’est plus compliqué que ça.
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Certains mois, une dépense imprévue efface tout. Une paire de chaussures pour son fils qui grandit vite. Un billet de train pour rendre visite à sa mère à Toulon. Un médicament non remboursé. « Il y a des mois où je regarde mon compte le 25 et j’ai encore 80 €. Et d’autres où j’ai 400 €. C’est ça qui use. »
L’épargne et le bilan : l’équilibre sur un fil
Nadia a mis en place un virement automatique de 100 € par mois sur un Livret A dès réception de son salaire. C’est sa règle d’or, qu’elle applique depuis deux ans. Elle a aujourd’hui 2 400 € d’économies, sa première vraie réserve d’urgence.
Elle n’a pas de crédit immobilier — elle est locataire. Pas de crédit conso non plus. Elle a eu un crédit voiture il y a cinq ans, qu’elle a soldé avant la séparation. Sa situation financière reste fragile, mais elle n’a pas de dette, ce qui lui permet de tenir.

Son projet ? Mettre de côté pour constituer un apport immobilier. Mais à 100 € d’épargne mensuelle, le calcul est long. « Pour avoir 15 000 €, il me faut encore dix ans. Et encore, si rien ne casse entre-temps. »
Elle n’a pas de PEA, pas d’assurance vie de placement, pas d’investissement. Juste ce Livret A qu’elle alimente avec régularité. Le Livret A reste son unique filet de sécurité, et elle préfère que ce soit simple.
En fin de mois, une fois tout payé — charges fixes, courses, épargne automatique — il lui reste entre 150 € et 300 € de marge réelle. Une marge qui disparaît rapidement dès qu’un imprévu surgit.
« Je ne me plains pas, j’ai un CDI, j’ai la sécurité de l’emploi. Mais je ne peux rien anticiper. Si mon fils tombe malade et que je rate quelques jours, c’est direct dans le rouge. »
La comparaison avec le salaire médian : où se situe Nadia ?
En France, le salaire médian net s’établit autour de 2 040 € par mois selon les dernières données de l’INSEE. Nadia se situe légèrement en dessous avec ses 1 920 €. Mais sa situation réelle est encore plus contrainte que ce chiffre seul ne le suggère.
Être parent solo change tout. La classe moyenne en France suppose généralement deux revenus ou un salaire sensiblement plus élevé pour atteindre un confort comparable. Avec un seul revenu et un enfant à charge, le budget se resserre bien plus vite que les statistiques ne le montrent.
Elle n’est ni dans la misère ni dans l’aisance. Elle est dans cet entre-deux que vivent des millions de Français : travailler pour vivre dignement, sans vraiment réussir à construire quelque chose pour l’avenir. Un équilibre précaire, tenu à bout de bras, mois après mois.
« Je veux juste que mon fils puisse faire du sport, manger correctement et partir en vacances une fois par an. Pour l’instant, j’y arrive. Mais il ne faut pas que grand-chose change. »