Les 8 villes françaises où l’immobilier a le plus chuté depuis 2 ans
Les prix de l’immobilier en France ont globalement reculé depuis 2022, mais certaines villes ont plongé bien plus vite que les autres. Entre la remontée des taux, le durcissement des conditions de crédit et une offre qui dépasse la demande, le marché s’est retourné de façon spectaculaire dans plusieurs grandes métropoles. Et la ville au sommet du classement a perdu plus d’un cinquième de sa valeur. Tu aurais deviné laquelle ?

Comment ce classement a été établi
Les chiffres utilisés ici proviennent des données des notaires de France (base PERVAL), de l’indice des prix immobiliers de l’INSEE et des statistiques publiées par MeilleursAgents/SeLoger pour la période 2022-2024. On mesure la variation du prix au m² pour les appartements anciens entre le pic observé en 2022 et les données les plus récentes disponibles début 2025. Seules les villes de plus de 50 000 habitants sont retenues pour garantir un volume de transactions significatif.
Une ville comme Paris affiche un recul réel d’environ -8 à -10% sur la période, ce qui ne lui permet pas d’entrer dans ce top. Les villes qui suivent ont subi des corrections bien plus sévères.
8e place : Rennes, -10%
Rennes semblait infaillible. La ville bretonne avait connu une envolée spectaculaire des prix entre 2015 et 2022, portée par le TGV et l’afflux d’actifs en télétravail. Mais la correction est arrivée : le prix médian y a reculé d’environ 10% par rapport à son pic, selon les données des notaires bretons.
Ce qui surprend : même avec cette baisse, Rennes reste plus chère que Nantes sur plusieurs quartiers. Le rattrapage avait été si brutal que la correction n’efface qu’une partie de la hausse.

7e place : Toulouse, -11%
La ville rose a longtemps défié la gravité. Portée par l’aéronautique et une démographie dynamique, elle avait résisté à la crise du crédit plus longtemps que d’autres. Mais depuis fin 2023, le marché a lâché : -11% sur les appartements anciens en un peu plus de deux ans.
Le paradoxe toulousain : les loyers, eux, continuent de grimper. La correction touche uniquement les prix à l’achat, signe que la demande locative reste solide mais que les acquéreurs ne peuvent plus suivre les taux.
6e place : Nantes, -12%
Nantes avait atteint des sommets absurdes début 2022, avec des prix qui frôlaient les 4 000 €/m² en moyenne. La chute a été proportionnelle à la montée. Depuis, le marché a perdu environ 12%, ramenant les prix à leur niveau de 2020.
Le profil type des biens qui souffrent le plus à Nantes : les appartements en périphérie achetés à la va-vite pendant le Covid, souvent en copropriété, avec des charges élevées et un DPE médiocre. Le diagnostic énergétique est devenu un critère décisif dans les négociations.
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5e place : Nice, -13%
Nice dans ce classement ? C’est la première surprise. La Côte d’Azur semblait immunisée, portée par la demande internationale et les acheteurs étrangers. Mais les appartements anciens dans les quartiers non premium ont subi une correction sévère de l’ordre de 13%.
La raison principale : l’effondrement des acquéreurs français locaux, évincés par des taux à 4% et des prix hors sol. Les Russes et Britanniques, qui soutenaient le marché, ont également réduit leurs achats. Seul le très haut de gamme résiste vraiment.

4e place : Lyon, -14%
Lyon avait été propulsée au rang de ville la plus chère de France hors Paris. Le retour de bâton a été à la hauteur. Le prix moyen y a reculé de 14% depuis 2022, selon SeLoger, effaçant environ deux ans et demi de hausse.
Les arrondissements qui concentrent la plus forte correction sont le 3e et le 6e, où des biens achetés 6 500 €/m² s’affichent désormais sous les 5 600 €. Les acheteurs ayant signé au plus haut se retrouvent avec des biens actuellement sous leur prix d’acquisition. Pour suivre la tendance des villes où les salaires restent les plus élevés, cela relativise néanmoins le pouvoir d’achat immobilier lyonnais.
3e place : Montpellier, -15%
Montpellier avait été l’une des grandes gagnantes du Covid. La ville universitaire, ensoleillée et accessible depuis Paris en TGV, avait attiré des milliers d’actifs en télétravail. Les prix avaient bondi de plus de 25% entre 2019 et 2022. Le retour à la réalité est brutal : -15% en deux ans.
Ce qui frappe dans le cas montpelliérain : c’est le segment des studios et deux-pièces investisseurs qui chute le plus fort. Les taux d’emprunt ont tué la rentabilité locative, et les ventes forcées d’investisseurs surendettés alimentent le marché vers le bas. Si tu t’intéresses au logement social en France, la pression sur le marché privé montpelliérain explique aussi pourquoi les listes d’attente explosent.
2e place : Bordeaux, -18%
Bordeaux est le symbole de l’euphorie immobilière des années 2010. L’arrivée de la LGV en 2017 avait provoqué une spéculation massive : les prix avaient presque doublé en moins de dix ans. Aujourd’hui, la facture est salée. Le marché bordelais accuse une baisse d’environ 18% depuis son pic de 2022.
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Les notaires de Gironde confirment que le nombre de transactions a chuté de plus de 25% sur la même période. Moins d’acheteurs, plus de biens en vente, et des vendeurs qui refusent encore d’ajuster : le marché reste grippé. Certains acheteurs qui avaient misé sur la ville pour un coût de vie maîtrisé commencent à y trouver des opportunités réelles.

1re place : Strasbourg, -21%
La grande surprise du classement, c’est Strasbourg. Pas Bordeaux, pas Lyon : c’est la capitale alsacienne qui affiche la plus forte correction des grandes villes françaises, avec un recul de l’ordre de 21% depuis le pic de 2022, selon les données compilées par les notaires du Bas-Rhin et les indices SeLoger.
Comment expliquer une chute aussi sèche ? Trois facteurs se sont combinés. D’abord, la hausse avait été particulièrement rapide et tardive (entre 2020 et 2022), gonflée par des acheteurs parisiens cherchant une alternative moins chère. Ensuite, la proximité avec l’Allemagne et la Suisse, qui souffrent elles aussi d’un marché immobilier en correction, a asséché une partie de la demande transfrontalière. Enfin, le stock de logements neufs dans l’Eurométropole reste élevé, créant une concurrence directe avec l’ancien.
Les quartiers les plus touchés sont ceux qui avaient vu les plus fortes hausses spéculatives : Neudorf, Cronenbourg et certains secteurs de la Meinau. Des appartements achetés 3 800 €/m² en 2022 se négocient aujourd’hui sous les 3 000 €. Pour les primo-accédants qui s’étaient exclus du marché il y a deux ans, c’est une fenêtre. Pour ceux qui ont acheté au sommet, la situation est plus inconfortable. Pour les curieux des budgets réels des Strasbourgeois, cette chute des prix change concrètement les équations financières.
La tendance générale : une correction saine ou un signal d’alarme ?
Les économistes de la Banque de France estiment que le marché immobilier français connaît une correction « saine » après dix ans de surchauffe. La baisse moyenne nationale sur les appartements anciens entre 2022 et 2024 est d’environ -6 à -8%. Les villes de ce classement ont donc connu une correction deux à trois fois supérieure à la moyenne.
La bonne nouvelle : les prix ne s’effondrent pas, ils se réajustent. Aucune de ces villes ne revient à son niveau de 2015. Et une légère stabilisation se dessine depuis le début de 2025, avec des taux d’emprunt qui ont amorcé un repli sous la barre des 3,5%. Si tu es locataire qui envisage d’acheter, les arbitrages entre ville et périphérie méritent d’être reconsidérés dans ce nouveau contexte.
Et toi, tu aurais parié sur Strasbourg pour la première place ?