Dans les comptes de Laura, enseignante à Strasbourg à 2 240 € nets par mois
Laura, 34 ans, professeure de français dans un collège public de Strasbourg, touche 2 240 € nets par mois. Célibataire, sans enfant, elle loue un appartement de 48 m² en centre-ville. Sur le papier, ça ressemble à un salaire confortable. Dans les faits, chaque fin de mois réclame une attention de tous les instants.

Les revenus : un salaire fixe, et c’est tout
Laura est certifiée depuis six ans. Son traitement brut tourne autour de 2 780 €, ce qui donne 2 240 € nets après cotisations. Pas de primes régulières, pas d’heures supplémentaires monnayées. Elle perçoit ponctuellement une indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE) de 106 € nets par mois, déjà incluse dans les 2 240 €.
Côté compléments, Laura donne deux heures de cours particuliers par semaine via une plateforme en ligne, ce qui lui rapporte environ 120 € nets supplémentaires. Son revenu total mensuel réel s’établit donc à 2 360 €. Elle ne déclare pas toujours ces revenus complémentaires, ce qu’elle reconnaît volontiers : « Je sais que je devrais me mettre en micro-entrepreneur, mais entre les copies à corriger et les réunions parents-profs, je n’ai jamais pris le temps. »
Les dépenses fixes : le loyer écrase tout
Premier poste, et de loin le plus lourd : le loyer. Laura paie 810 € charges comprises pour son F2 de 48 m² en Petite France, quartier prisé de Strasbourg. C’est 34 % de son salaire net d’enseignante — au-dessus du fameux seuil des 30 % souvent recommandé. Elle n’est pas éligible aux APL car ses revenus dépassent légèrement le plafond.

Viennent ensuite les charges incompressibles :
— Assurance habitation : 18 €
— Mutuelle santé (contrat individuel, garanties moyennes) : 54 €
— Abonnement téléphone mobile (20 Go, opérateur low-cost) : 12 €
— Forfait internet fibre : 28 €
— Abonnements streaming (Netflix + Spotify) : 22 €
— Abonnement transports en commun CTS Strasbourg (tram, bus) : 51 €
— Cotisation syndicale (FSU) : 20 €
Laura ne possède pas de voiture — un choix assumé dans une ville où le réseau de tramways est l’un des meilleurs de France. Total des charges fixes : 1 015 €, soit 43 % de son revenu net principal. Difficile de faire beaucoup mieux avec ce niveau de loyer.
Pour ceux qui se demandent où le coût de la vie est vraiment bas en France, Strasbourg reste dans la moyenne haute des grandes villes, loin derrière Paris mais nettement au-dessus de Clermont-Ferrand ou Limoges.
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Les dépenses variables : la vraie bataille du mois
Laura fait ses courses principalement au Lidl et à l’Aldi du quartier, complétées par un marché le samedi matin. Budget alimentation : 280 € par mois, en légère hausse depuis deux ans — elle pointe du doigt la flambée de certains produits du quotidien comme le café et l’huile d’olive. « J’ai beau faire attention, je dépense 30 € de plus par mois qu’il y a deux ans pour exactement le même caddie. »

Les autres postes variables :
— Restaurants et sorties (deux-trois fois par mois, bars inclus) : 90 €
— Vêtements et chaussures (lissé sur l’année) : 45 €
— Produits d’hygiène, cosmétiques, pharmacie sans ordonnance : 30 €
— Loisirs et culture (cinéma, livres, sorties musées) : 35 €
— Cadeaux (anniversaires, fêtes, lissés sur 12 mois) : 25 €
— Vacances (lissé sur l’année — 1 semaine été + quelques week-ends) : 80 €
Total des dépenses variables : 585 €. C’est là que Laura serre la vis quand un mois se passe mal — les sorties et les vêtements sont les premiers sacrifiés.
En dehors de ça, elle renouvelle ses équipements scolaires (stylos, organisateurs, impressions de documents pédagogiques) sur sa propre poche : environ 15 €/mois en moyenne, un poste souvent invisible mais réel pour les enseignants. Elle peut en déduire une partie aux impôts lors de la déclaration annuelle, à condition d’opter pour les frais réels.
Épargne et bilan : 160 € de marge, pas plus
Récapitulatif du mois type de Laura :
— Revenus totaux : 2 360 €
— Dépenses fixes : 1 015 €
— Dépenses variables : 585 €
— Frais professionnels : 15 €
— Reste disponible : 745 €
Sur ces 745 €, Laura vire chaque mois 200 € sur un Livret A (solde actuel : 4 800 €) et 150 € sur un Plan Épargne Retraite (PER) ouvert il y a un an, principalement pour défiscaliser. Elle participe également à la retraite complémentaire IRCANTEC automatiquement via ses cotisations salariales.
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Il lui reste donc théoriquement 395 € de marge mensuelle — mais en pratique, les imprévus (pneu de vélo crevé, lunettes à changer, dentiste) font rarement de cadeaux. « En vrai, certains mois je termine avec 160 € sur mon compte courant. C’est pour ça que je ne me permets pas grand-chose. »
Pas de crédit immobilier en cours — l’achat lui semble encore inaccessible à Strasbourg, où le prix moyen au m² dépasse 3 500 €. Elle surveille les annonces sans y croire vraiment pour le moment.
Côté fiscalité, Laura paie environ 980 € d’impôt sur le revenu par an, soit environ 82 € mensualisés, déjà prélevés à la source sur son traitement. Son taux de prélèvement est de 3,7 %. Elle n’est pas dans la tranche haute, loin de là, mais trop au-dessus des minima pour bénéficier de nombreuses aides. Sur ce point, la définition de la classe moyenne en France en 2025 lui colle parfaitement à la peau : trop gagnante pour les aides, pas assez pour épargner sereinement.
« Je ne me plains pas, vraiment. Mais j’ai l’impression de courir après ma fin de mois depuis des années, alors que je fais un boulot essentiel. » Cette phrase de Laura résume assez bien la réalité de nombreux fonctionnaires de catégorie B et début de catégorie A en France.
Pour rappel, le salaire médian en France tourne autour de 2 000 € nets par mois selon les dernières données de l’INSEE. Laura est légèrement au-dessus — mais à Strasbourg, avec un loyer qui dévore un tiers de ses revenus, son reste à vivre réel s’aligne davantage sur celui d’un salarié médian en zone rurale que sur celui d’un cadre urbain. Un écart que ne racontent pas les chiffres bruts, et que l’érosion du pouvoir d’achat depuis quinze ans rend encore plus criant.
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