Dans les comptes de Thomas, policier à Bordeaux à 2 480 € nets par mois
Thomas, 36 ans, gardien de la paix en brigade anti-criminalité à Bordeaux, touche 2 480 € nets par mois. Ni riche, ni dans le rouge — du moins en apparence. Derrière ce chiffre se cachent des arbitrages serrés, une prime de risque qui fait illusion et une épargne qui avance à petits pas. Voici, poste par poste, comment il gère son argent.

Ce que Thomas gagne vraiment chaque mois
Le salaire de base de Thomas est de 2 050 € nets. À cela s’ajoutent plusieurs compléments liés à son affectation et à ses horaires décalés.
La prime de nuit et les indemnités de sujétions spéciales lui rapportent en moyenne 280 € nets par mois. Il bénéficie également d’une indemnité de résidence de 40 € et d’un remboursement partiel de son abonnement transport de 35 €, directement intégré à sa fiche de paie.
Total mensuel : 2 480 € nets. Il perçoit aussi, irrégulièrement, des heures supplémentaires récupérables — mais rarement converties en argent. « On nous les doit depuis des mois, mais on ne voit rien venir », confie-t-il.
Pas d’allocations, pas de revenus complémentaires. Thomas est célibataire, sans enfant, locataire depuis quatre ans dans le quartier Chartrons. Son salaire est sa seule source de revenus.
Pour situer : le salaire médian en France tourne autour de 2 000 € nets. Thomas se situe légèrement au-dessus, mais pas autant qu’on pourrait l’imaginer pour un métier perçu comme dangereux.
Les dépenses fixes : un socle déjà bien chargé
C’est ici que le budget se resserre le plus vite. Les charges fixes de Thomas s’élèvent à 1 390 € chaque mois, soit plus de 56 % de ses revenus nets.
Son loyer dans les Chartrons, un T2 de 42 m², lui coûte 780 € charges comprises. Un montant dans la moyenne bordelaisse pour ce type de bien, mais qui pèse lourd sur un seul salaire.
Sa mutuelle complémentaire, via la Mutuelle Nationale Territoriale, lui revient à 42 € par mois après participation employeur. L’assurance habitation : 18 €. L’assurance auto pour sa Peugeot 308 diesel de 2018 : 68 €.
Côté abonnements, Thomas a l’essentiel : forfait mobile à 19 €, internet fibre à 30 €, Netflix à 13,49 € et Spotify à 9,99 €. Il a résilié Amazon Prime il y a six mois. « Je réalisais que je payais pour rien. »
Son crédit à la consommation — contracté en 2022 pour financer sa voiture — lui prélève 210 € par mois. Il lui reste 14 mensualités à honorer.
Les impôts sur le revenu sont prélevés à la source : 141 € par mois environ. Une somme modérée grâce aux abattements liés à ses sujétions. Si tu veux estimer ta propre situation, ce simulateur officiel révèle combien vous paierez d’impôts en 2026.
Enfin, son abonnement TBM (réseau de transports bordelais) lui coûte 59 € par mois — partiellement remboursé, on l’a vu, par son employeur à hauteur de 35 €. Sa part réelle : 24 €.
Les dépenses variables : où part vraiment l’argent
Une fois les charges fixes réglées, il reste à Thomas environ 1 090 € pour vivre. En théorie.

Son budget courses alimentaires tourne autour de 280 € par mois. Il fait ses achats principalement en supermarché discount, Lidl en tête, mais s’autorise un marché le samedi matin. « Je mange beaucoup à la cantine au boulot, ça m’aide à tenir. »
Les sorties et restaurants représentent 120 € mensuels en moyenne. Deux ou trois restos avec des amis, quelques bières après le service. Rien d’extravagant, mais un poste qu’il surveille.
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L’essence lui coûte entre 70 et 90 € par mois. Il utilise sa voiture essentiellement le week-end — les transports en commun couvrent ses trajets quotidiens. Les prix à la pompe restent sa principale variable d’angoisse budgétaire.
Pour l’habillement et les achats courants, Thomas dépense en moyenne 60 € par mois — lissé sur l’année. Équipement sportif, quelques vêtements, du matériel pour son appartement. Rien de systématique.
Ses loisirs — abonnement salle de sport inclus à 25 €, activités diverses — s’élèvent à environ 80 € mensuels. Il pratique la course à pied et le vélo, deux activités gratuites qui limitent ses dépenses. Pour information, une étude de 45 ans confirme les bienfaits du sport pratiqué dès l’enfance sur la capacité de travail à long terme.
Les vacances, il les provisionne à raison de 80 € par mois sur un compte dédié, soit 960 € par an. Suffisant pour une semaine en France l’été et quelques week-ends. « Je ne me plains pas, mais les collègues qui ont des enfants, je les regarde et je me dis que ce serait compliqué. »
Dépenses variables totales : environ 715 € par mois.
L’épargne et le bilan : ce qu’il reste vraiment
En faisant le compte — 1 390 € de fixes + 715 € de variables — Thomas dépense 2 105 € par mois en moyenne. Il lui reste donc environ 375 € en fin de mois.
Cette somme, il la répartit ainsi : 200 € sur son Livret A, qu’il alimente depuis deux ans avec régularité. Son solde actuel dépasse légèrement 6 000 €. Il a conscience que le rendement est limité, surtout au regard des projets de l’État autour du Livret A pour 2026, mais il préfère la liquidité à la performance.
Les 175 € restants partent dans un PEL ouvert en 2021, sur lequel il verse un montant minimum pour ne pas le clôturer. Il n’a pas encore de projet immobilier concret, mais l’idée d’acheter un appartement « dans cinq ou six ans » est dans un coin de sa tête.
Pas d’assurance-vie, pas de PEA, pas de placements en bourse. « Je sais que je devrais diversifier, mais je ne me fais pas confiance là-dessus. Et le temps libre pour s’informer, on ne l’a pas toujours. »

Son crédit voiture terminé dans 14 mois libérera 210 € supplémentaires. Une bouffée d’air qu’il envisage de consacrer à l’épargne long terme — ou à déménager dans un logement un peu plus grand.
Un point de tension : les dépenses imprévues. Une réparation voiture de 400 € l’an dernier a mis à sec son budget d’un mois entier. Il essaie désormais de constituer une épargne de précaution distincte de son Livret A, mais l’exercice reste difficile. Comme pour beaucoup de Français, certains postes budgétaires grignotent sans qu’on les voit vraiment.
Côté retraite, Thomas est affilié à la CNRACL, la caisse spécifique aux fonctionnaires territoriaux et hospitaliers. Il cotise, mais n’a jamais fait de simulation sérieuse sur ce qu’il percevra. « Je sais que ce sera moins bien que ce que les anciens ont eu. Après ça, je préfère ne pas trop y penser. »
Pour ceux qui veulent anticiper, voici le montant exact dont vous avez besoin pour vivre dignement à la retraite en France — les chiffres surprennent souvent.
À 36 ans, Thomas gagne légèrement au-dessus du seuil de la classe moyenne, épargne modestement, mais n’a aucune marge pour absorber un gros imprévu. Son budget résume bien une réalité partagée par des millions de Français : un salaire correct sur le papier, une vie confortable en surface — et une fragilité réelle dès que quelque chose déraille. « Je ne me plains pas. Mais je ne me sens pas à l’abri non plus. »