Dans les comptes de Pauline, infirmière libérale à Montpellier à 3 200 € nets par mois
Pauline, 34 ans, exerce comme infirmière libérale à Montpellier depuis quatre ans. Elle tourne autour de 3 200 € nets par mois — un chiffre qui peut surprendre pour une soignante, mais qui cache une réalité bien plus complexe qu’un simple bulletin de paie. Voici comment elle répartit chaque euro.

Des revenus solides… mais pas garantis
Pauline travaille en secteur 1, conventionnée avec l’Assurance maladie. Ses actes — piqûres, pansements, prises de sang, soins palliatifs — sont facturés à la CPAM et aux mutuelles. En brut, elle encaisse en moyenne 5 800 € par mois de recettes. Après cotisations sociales obligatoires (URSSAF, retraite CARPIMKO, prévoyance), il lui reste environ 3 200 € nets.
Mais ce chiffre varie. En août, quand les patients partent en vacances et qu’elle réduit sa tournée, ses revenus peuvent descendre à 2 600 €. En janvier, avec les renouvellements d’ordonnances et les pics de grippe, elle peut frôler les 3 800 €. « Je ne sais jamais vraiment ce que je vais toucher le mois suivant. C’est stressant, surtout pour les gros postes fixes », admet-elle.
Contrairement à une infirmière salariée en CHU dont la fiche de paie ne bouge pas, Pauline supporte seule le risque entrepreneurial — et ça change tout dans la gestion du budget.
Les charges professionnelles : le poste que peu de gens voient
Avant même de parler loyer ou courses, Pauline sort chaque mois une enveloppe conséquente pour faire tourner son activité. Son véhicule professionnel — une Citroën Berlingo achetée d’occasion il y a deux ans — lui coûte 280 € de crédit auto, plus 120 € d’assurance professionnelle spécifique au transport de matériel médical.

Elle règle aussi 95 € par mois de logiciel de gestion (télétransmission SESAM-Vitale, agenda patients, comptabilité). Son cabinet partagé avec deux autres infirmières libérales lui revient à 180 € de loyer professionnel. Et la cotisation à sa caisse de retraite CARPIMKO ? 430 € mensuels, prélevés automatiquement. Total charges pro : environ 1 105 € par mois, déjà déduits du net annoncé — elle les intègre dans sa comptabilité séparée.
Ce que la plupart des gens ignorent : un libéral ne « gagne » pas son net comme un salarié. Il doit provisionner lui-même pour les congés maladie, les vacances non payées, et les creux d’activité. Ces 3 200 € nets sont donc déjà le résultat d’une gestion serrée en amont.
Le logement et les fixes : vivre à Montpellier, ça a un prix
Pauline loue un T3 de 62 m² dans le quartier Ovalie, à dix minutes du centre-ville. Loyer charges comprises : 980 €. Ce n’est pas donné, mais Montpellier reste bien moins chère que Paris, et son appartement lui permet de stocker son matériel médical dans une pièce dédiée. Elle paie seule — pas de colocation, pas de conjoint co-locataire.
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Voici le détail de ses dépenses fixes mensuelles :
- Loyer (T3, charges incluses) : 980 €
- Mutuelle santé personnelle : 68 €
- Assurance habitation : 22 €
- Électricité (EDF) : 65 €
- Internet + téléphone pro et perso : 55 € (forfait pro pris en charge partiellement en frais)
- Abonnements streaming (Netflix, Spotify) : 22 €
- Impôt sur le revenu (mensualité) : 210 €
Total fixes personnelles : 1 422 €. Avec les charges pro déjà provisionnées en amont, le reste à vivre avant dépenses variables tombe à environ 1 778 €.
C’est là que les arbitrages deviennent intéressants — et parfois inconfortables.
Les courses, les sorties, l’essence : ce qui saigne vraiment le budget
Pauline fait ses courses principalement chez Lidl et au marché du Lez. Budget alimentaire mensuel : 320 €. Elle cuisine souvent le dimanche pour la semaine — une nécessité quand on part en tournée à 7h30 et qu’on rentre après 13h30. « Je mange bien, mais je ne gaspille pas. J’ai arrêté les plats préparés, ça m’économise facilement 80 € par mois. »

Pour ses déplacements personnels (hors tournée pro), elle utilise son vélo électrique en semaine et sa voiture le week-end. Elle dépense environ 80 € d’essence personnelle par mois — en dehors du carburant professionnel déjà comptabilisé en charges. Avec la tension actuelle sur les carburants, ce poste l’inquiète.
Côté sorties et loisirs, Pauline budgète 150 € mensuels : restaurants avec des amies (deux ou trois fois par mois, en moyenne 25 à 30 € la sortie), cinéma, concerts ponctuels. Shopping vêtements et divers : 100 € en moyenne, avec des pics en janvier et septembre. Vacances : elle lisse à 120 € par mois pour partir deux fois dans l’année — un séjour en France et une semaine à l’étranger à 1 400 € au total.
Total dépenses variables : environ 770 €. Il lui reste donc, en théorie, 1 008 € à mettre de côté. En théorie.
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L’épargne : le vrai défi du libéral
En pratique, Pauline épargne entre 600 et 800 € par mois, selon les aléas. Elle a mis en place un virement automatique de 400 € sur son Livret A le 1er de chaque mois — un réflexe qu’elle a adopté après une mauvaise surprise fiscale en 2022. « Mon comptable m’a dit que je n’avais pas assez provisionné pour les impôts. J’ai dû payer 2 800 € d’un coup. Depuis, je ne touche à rien avant la déclaration. »
Elle alimente aussi un Plan d’épargne retraite (PER) individuel à hauteur de 200 € par mois — une déduction fiscale intéressante pour un libéral imposé à 30 %. Le reste, 200 € environ, part sur un compte courant tampon qui amortit les mois creux.

Côté crédits : aucun crédit immobilier (elle loue), mais le crédit auto professionnel court encore 18 mois. Elle ne pense pas acheter avant 36 ans minimum : « À Montpellier, pour un T3 correct, il faut 250 000 €. Avec mes revenus variables, aucune banque ne me sort un taux correct sans apport solide. » L’immobilier dans certaines villes françaises a certes reculé, mais pas encore assez dans son quartier.
En bilan net : après tout, il lui reste entre 200 et 400 € de marge de manœuvre réelle chaque fin de mois. Confortable sur le papier pour quelqu’un à 3 200 €, mais beaucoup plus serré qu’on ne le croirait — notamment parce qu’elle doit absorber seule les charges qu’un employeur couvrirait pour un salarié.
Ce que ce budget dit vraiment du métier
Pauline gagne mieux que la majorité des Français : le salaire médian en France tourne autour de 2 000 € nets. Ses 3 200 € la placent clairement au-dessus. Mais ce chiffre brut masque une réalité : elle travaille six jours sur sept en période chargée, sans RTT, sans congés payés automatiques, sans arrêt maladie remboursé à 100 % dès le premier jour. Une aide-soignante salariée à 1 720 € a moins de revenus, mais bien plus de filets de sécurité.
« Je ne me plains pas, je gagne correctement ma vie. Mais quand j’entends les gens dire que les infirmières libérales sont riches, j’aimerais leur montrer mes feuilles de charges », dit-elle avec un sourire fatigué. Un résumé honnête d’un budget qui tient — à condition de ne jamais rien laisser au hasard.