Dans les comptes de Rachid, ambulancier à Marseille à 2 230 € nets par mois
Rachid, 38 ans, ambulancier salarié dans une société privée à Marseille, touche 2 230 € nets par mois. Père de deux enfants (7 et 10 ans), il vit avec sa compagne Samira, aide à domicile à temps partiel. Voici comment il répartit chaque euro — entre horaires décalés, prime de nuit et fin de mois parfois très serrée.

Des revenus qui semblent corrects… jusqu’au détail des primes
Le salaire de base de Rachid s’élève à 1 890 € nets. Mais c’est la partie visible de l’iceberg. S’y ajoutent une prime d’astreinte mensuelle de 180 € et une prime de nuit variable — en moyenne 160 € sur les douze derniers mois — qui portent son total à 2 230 € nets. Certains mois creux (moins d’astreintes, pas de week-end travaillé), il peut tomber à 2 050 €.
Samira, de son côté, apporte 820 € nets pour 24 heures hebdomadaires d’aide à domicile. Le foyer dispose donc d’environ 3 050 € de revenus combinés. Les deux enfants leur permettent de toucher 176 € d’allocations familiales, portant le total à 3 226 € par mois. C’est sur cette base que tout se construit — et les dépenses fixes laissent peu de marge.
Les charges fixes : le premier choc à l’arrivée à Marseille

Rachid loue un T4 de 78 m² dans le 13e arrondissement de Marseille pour 980 € charges comprises. Un loyer qu’il estime « raisonnable pour la surface », mais qui représente tout de même 44 % de son seul salaire. Les charges locatives (eau, ordures ménagères) sont comprises dans ce montant.
Viennent ensuite les postes que l’on oublie vite de compter. L’électricité coûte 95 € par mois, le gaz 45 € en moyenne annualisée. L’assurance habitation : 28 €. La mutuelle familiale (prise en charge à 50 % par son employeur) lui revient à 62 € nets. Internet + téléphone fixe : 39 €. Deux forfaits mobiles (lui et Samira) : 38 € au total.
Côté transport, Rachid part au travail avec le véhicule de la société, mais possède une Citroën Berlingo de 2017 pour les trajets personnels. Crédit auto : 210 € par mois (encore 18 mensualités). Assurance voiture : 74 €. Carburant personnel : environ 85 €. Les prix du carburant en France ne l’épargnent pas, malgré une consommation limitée aux trajets du week-end. Pas d’abonnement streaming — il a Netflix (13 €) et Spotify (10 €). Total des charges fixes : 1 679 €.
Ce que la famille dépense vraiment chaque mois
Les courses alimentaires pour quatre représentent le deuxième poste après le loyer. Rachid vise les 420 € par mois entre le Lidl du coin et un marché local le samedi. « Je fais attention, mais avec deux enfants et leurs goûts bien précis, c’est compliqué de descendre sous 400 €. » Il lui arrive de dépasser quand il reçoit de la famille.
Les cantines scolaires des deux enfants coûtent 68 € par mois, auxquels s’ajoutent les activités extrascolaires : 55 € pour le foot du grand et la danse de la petite. La pharmacie et les frais de santé non remboursés (médecins, lunettes, dentiste lissé sur l’année) représentent 45 € mensuels en moyenne.
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Resto et sorties : 70 € par mois, principalement des pizzas à emporter le vendredi soir et une sortie en famille tous les quinze jours. Habillement pour les quatre : 60 € lissés sur l’année. Petits achats divers (jeux, fournitures scolaires, cadeaux d’anniversaire entre collègues) : 40 €. Vacances lissées sur douze mois : 80 € — une semaine dans un camping de l’Ardèche l’été et quelques week-ends chez les parents en Algérie tous les deux ans. Total des dépenses variables : 838 €.

Le bilan : 709 € sur le papier, mais la réalité est plus dure
Revenus totaux du foyer : 3 226 €. Charges fixes : 1 679 €. Dépenses variables : 838 €. Il resterait théoriquement 709 €. Mais Rachid nuance immédiatement : « Ce chiffre, je ne l’ai jamais vu d’un coup sur mon compte. Il y a toujours un truc. »
Ce « truc », c’est le crédit auto (210 € déjà comptés), mais aussi les imprévus : révision de la voiture (200 € en mars), cadeau de communion d’un neveu (80 €), panne de lave-linge (180 €). Sur les douze derniers mois, il estime avoir réellement mis de côté environ 250 € par mois en moyenne, soit 3 000 € épargnés sur l’année. L’argent part sur un Livret A à son nom et un PEL ouvert pour les études des enfants.
Pas de plan d’épargne-retraite, pas d’assurance-vie. Le Livret A représente son seul filet de sécurité liquide, avec un solde actuel de 4 200 €. « Je sais que c’est insuffisant, mais c’est déjà ça. Avec les enfants, la priorité c’est de ne pas être à découvert en fin de mois. » Pour avoir une idée de la somme qu’il faudrait vraiment avoir en banque pour souffler, les experts s’accordent à parler d’au moins 6 mois de charges disponibles — Rachid en est encore loin.

Ce que ce budget dit (vraiment) du métier d’ambulancier
Le métier d’ambulancier reste très peu visible dans les débats sur les salaires, pourtant il exige un diplôme d’État, des gardes de nuit, des astreintes le week-end et une pression physique et psychologique réelle. Le salaire médian en France tous secteurs confondus s’établit autour de 2 005 € nets selon l’INSEE — Rachid est donc légèrement au-dessus, mais sans les primes, il se retrouverait pile sur la médiane. Une situation loin d’être exceptionnelle : la classe moyenne en France commence à peine au-delà de ces montants.
À titre de comparaison, Ambre, aide-soignante à Rouen, gère ses fins de mois avec 1 720 € nets — sans enfants, mais avec un loyer normand moins écrasant. Thomas, policier à Bordeaux, touche 250 € de plus pour une pression professionnelle comparable. Ces comparaisons montrent à quel point le budget d’une famille de quatre à Marseille avec deux revenus modestes reste un exercice d’équilibriste permanent.
Rachid résume son rapport à l’argent avec un pragmatisme désarmant : « Je ne suis pas riche, je ne suis pas pauvre. Je suis entre les deux, et entre les deux c’est souvent là où c’est le plus stressant, parce qu’on ne touche rien et on ne peut pas tout se permettre. »
- 06/05/2026 à 08:41À savoir que les primes et autres extra ne compte pas pour la retraite. La question est toujours la même: doit-on vivre pour travailler ou travailler pour vivre ? Cet homme travail beaucoup pour un revenu minima, il est préférable d’être la femme d’un riche industriel.
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