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Prix du carburant : en France, le décalage se creuse avec le reste de l’Europe

Publié par Killian Ravon le 19 Mar 2026 à 21:30

La hausse du brut remet les taxes sur le carburant au centre du jeu politique. Depuis le début de la crise au Moyen-Orient, plusieurs gouvernements cherchent à freiner la poussée des prix à la pompe, mais chacun le fait avec sa propre méthode. Entre baisses fiscales, subventions, contrôles renforcés et dispositifs encore en préparation, une nouvelle fracture apparaît en Europe.

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Taxes sur le carburant et hausse du pétrole en Europe
Face au choc pétrolier, plusieurs pays européens cherchent à amortir plus vite la facture à la pompe.

La mécanique est connue, mais elle reste redoutable. Quand le pétrole grimpe brutalement, la facture du transport, de la logistique et de nombreux biens du quotidien suit. Cette fois, le choc est alimenté par un marché mondial déjà tendu, auquel s’ajoute la place centrale du détroit d’Ormuz dans les flux énergétiques. L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs décidé une mise à disposition de 400 millions de barils issus des réserves d’urgence de ses pays membres, du jamais-vu à cette échelle.

Giorgia Meloni, cheffe du gouvernement italien, au moment où Rome choisit une baisse fiscale temporaire sur les carburants. Crédit : European Union.
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Une même urgence, mais des réponses très différentes

Dans plusieurs capitales, le sujet n’est plus seulement énergétique. Il est devenu budgétaire, social et politique. Chaque hausse de quelques centimes se voit immédiatement sur le ticket de caisse des ménages, mais aussi dans les coûts des entreprises les plus dépendantes du transport routier. C’est ce qui explique la rapidité des annonces observées depuis quelques jours.

Le Japon a choisi la voie du soutien direct. Tokyo a lancé un programme d’urgence pour ramener le prix de l’essence autour de 170 yens par litre, en commençant à verser des subventions. Le gouvernement a précisé que des mécanismes comparables pourraient s’appliquer au diesel, au fioul lourd et au kérosène. Le signal est clair : l’exécutif veut agir vite sur le prix final, sans attendre un reflux durable du brut.

En Europe, les approches sont plus fragmentées. Le Portugal a activé un mécanisme temporaire de baisse de l’ISP, sa fiscalité sur les produits pétroliers. Le gouvernement portugais indique que l’effet réel attendu atteint 1,8 centime par litre sur le gazole et 3,3 centimes sur l’essence, avec une économie cumulée plus élevée sur le diesel par rapport aux prix relevés début mars. Lisbonne assume une logique de correction progressive, calibrée en fonction du rythme de hausse observé.

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La Serbie a retenu une réponse plus brutale. Le pays a annoncé une réduction de 20 % des accises sur les carburants, tout en s’inscrivant dans une stratégie de surveillance des prix à la pompe. Là encore, l’objectif affiché est d’éviter que la flambée internationale ne se transmette trop vite aux automobilistes et, au-delà, à l’ensemble de l’économie domestique.

Vue aérienne d’une raffinerie, au cœur des tensions sur l’approvisionnement énergétique mondial. Crédit : Quintin Soloviev.

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Espagne, Allemagne, France : trois lignes plus prudentes

L’Espagne, de son côté, n’a pas encore arrêté le détail définitif de son paquet. Mais le gouvernement a confirmé la préparation d’un plan extraordinaire destiné à limiter l’impact de la hausse des carburants et de l’électricité. Madrid a également évoqué des mesures spécifiques pour les secteurs les plus exposés et une surveillance renforcée de la formation des prix dans les stations-service. En revanche, l’exécutif a clairement indiqué qu’une baisse générale de TVA ou de fiscalité sur les carburants n’était pas, à ce stade, la piste retenue.

L’Allemagne avance sur un autre terrain. Le Bundestag examine un “paquet carburant” qui vise surtout à encadrer le fonctionnement du marché. Le texte prévoit notamment un durcissement du droit de la concurrence et une règle limitant la hausse des prix en station à une seule augmentation par jour. Berlin répond donc moins par la baisse de taxe que par une tentative de discipliner les mécanismes de fixation des tarifs.

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En France, le gouvernement reste lui aussi prudent sur l’outil fiscal. Bercy a obtenu, le 12 mars, des engagements de distributeurs pour des baisses significatives ou des plafonds de prix. Dans le même temps, la DGCCRF a mené plus de 630 contrôles dans les stations-service afin de repérer d’éventuels abus. La ligne française, pour l’instant, repose donc davantage sur la pression réglementaire et commerciale que sur un geste budgétaire généralisé.

Cette prudence n’est pas anodine. Réduire massivement les taxes sur le carburant coûte cher aux finances publiques et peut devenir politiquement difficile à retirer ensuite. Beaucoup d’exécutifs ont gardé en mémoire le précédent de 2022, lorsque les remises à la pompe avaient soulagé à court terme les ménages, mais laissé une facture très lourde pour l’État. L’hésitation actuelle traduit donc un arbitrage délicat entre urgence sociale et soutenabilité budgétaire.

Un pétrolier en circulation, symbole des routes maritimes vitales pour le marché mondial du pétrole. Crédit : Matti Blume.
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Le vrai enjeu : contenir l’effet domino sur les prix

Au fond, ce qui inquiète le plus les gouvernements n’est pas seulement le prix du plein. C’est l’effet de diffusion. Quand le diesel des transporteurs grimpe, les coûts logistiques remontent. Quand le kérosène augmente, le billet d’avion suit. Et quand les charges énergétiques des entreprises s’alourdissent, l’inflation peut se réinstaller dans des secteurs bien au-delà de l’automobile.

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Les mesures ciblées sur les routiers, les pêcheurs ou les secteurs intensifs en énergie répondent à cette crainte. L’idée est d’empêcher que la hausse du carburant ne se transforme trop vite en hausse générale du panier des ménages. Sur ce point, plusieurs pays essaient moins de protéger tous les conducteurs que de bloquer la transmission du choc au reste de l’économie.

Reste une limite majeure. Toutes ces politiques ne peuvent fonctionner durablement que si le marché pétrolier se détend. Or les perspectives restent très instables. L’IEA a reconnu que le relâchement de ses stocks d’urgence ne remplaçait pas un retour à la normale des flux internationaux. Autrement dit, les gouvernements peuvent amortir, ralentir ou répartir le choc. Ils ne peuvent pas l’effacer tant que la crise énergétique demeure.

Une raffinerie en bord de mer, illustration des infrastructures exposées aux tensions du marché pétrolier. Crédit : David Stanley.
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La bascule est venue d’Italie

C’est finalement en Italie que la réponse la plus spectaculaire a été arrêtée. Rome a adopté un “décret carburants” présenté comme une mesure temporaire et d’urgence, avec une baisse fiscale de 25 centimes par litre sur le gazole et l’essence pendant vingt jours à compter du 19 mars. Le texte prévoit aussi un crédit d’impôt pour les transporteurs routiers et un soutien pour les pêcheurs, ainsi qu’un renforcement de la lutte contre les comportements spéculatifs.

Ce n’est pas seulement l’ampleur du geste qui change la donne. C’est sa portée comparative. Là où le Portugal agit à quelques centimes, où l’Espagne prépare encore son plan, où l’Allemagne mise sur la régulation et où la France temporise, l’Italie a choisi un signal massif et immédiat. Matteo Salvini l’a résumé de façon très politique : selon lui, les Italiens paieront désormais moins cher leur carburant que les Allemands, les Français et les Espagnols. C’est cette rupture, plus que la baisse elle-même, qui marque le tournant de la séquence.

Une station-service, illustration de la pression sur les prix à la pompe en Europe. Crédit : Nigel Freeman.
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