Dans les comptes de Noémie, ergothérapeute à Annecy à 2 040 € nets par mois
Noémie, 29 ans, ergothérapeute en centre de rééducation à Annecy, touche 2 040 € nets par mois. Célibataire, locataire d’un T2 en périphérie de la ville, elle jongle entre un loyer parmi les plus élevés de province et un salaire qui reste modeste pour le bassin annécien. Voici comment elle répartit chaque euro.
Ce qui tombe chaque mois sur son compte
Le salaire net de Noémie s’élève à 1 940 € par mois, versé le 27 de chaque mois par le centre de rééducation fonctionnelle où elle travaille depuis trois ans. Elle est en CDI, au coefficient 477 de la convention collective des établissements privés à but non lucratif.

À ce fixe s’ajoutent 100 € mensuels en moyenne, issus de deux gardes le week-end qu’elle effectue chaque mois. Ces gardes sont payées au tarif majoré. « Certains mois je n’en fais qu’une, d’autres trois. Ça dépend du planning », précise-t-elle.
Noémie ne touche ni APL — son salaire dépasse le plafond — ni prime d’activité, pour la même raison. Résultat : son budget repose intégralement sur ces 2 040 € nets. Un montant légèrement supérieur au salaire médian dans certaines villes françaises, mais qui pèse peu face au coût de la vie autour du lac.
Le mur des dépenses fixes : 1 340 € qui partent avant même de vivre
Le poste le plus lourd, c’est le loyer. Noémie paie 720 € charges comprises pour un T2 de 38 m² à Seynod, commune limitrophe d’Annecy. « J’ai visité quinze appartements avant de trouver celui-là. En centre-ville, pour le même prix, c’était un studio sous les toits. » Les loyers à Annecy comptent parmi les plus élevés hors Île-de-France.

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle santé, obligatoire mais partiellement prise en charge par l’employeur, représente un reste à charge de 35 €. Elle a opté pour un renfort optique, sachant qu’elle porte des lentilles.
Côté transports, Noémie se déplace en voiture — une Renault Clio de 2018 achetée d’occasion à crédit. Le crédit auto court encore pendant quatorze mois, à raison de 145 € par mois. L’assurance auto s’élève à 52 €. L’essence représente environ 90 € mensuels, pour 15 kilomètres aller-retour quotidiens plus les courses du week-end.
Ses abonnements numériques totalisent 47 € : téléphone portable à 12 €, box internet à 20 €, Netflix à 6 € (compte partagé avec sa sœur) et Spotify à 9 €. Le prélèvement impôt à la source, lui, est de 73 € par mois. Enfin, son contrat d’électricité s’élève à 60 € en moyenne lissée sur l’année, avec des pics en hiver dans cet appartement mal isolé.
Au total, les charges fixes de Noémie atteignent 1 240 € par mois. Avec le crédit auto de 145 €, on grimpe à 1 385 €. Il reste donc 655 € pour tout le reste. Mais ce « reste » comprend de quoi manger, sortir et essayer d’épargner dans une ville où un café en terrasse dépasse souvent les 4 €.
Courses, restos, loisirs : les 655 € qui fondent vite
Les courses alimentaires représentent le deuxième poste le plus important après le loyer. Noémie dépense 280 € par mois en moyenne, principalement chez Leclerc à Seynod. « Je fais une grosse course le samedi et je complète en semaine avec des fruits et des légumes au marché. » Elle cuisine beaucoup, prépare ses repas du midi en batch cooking le dimanche soir.
Les sorties et restaurants pèsent environ 80 € par mois. Un resto entre amis deux fois par mois, quelques verres en terrasse au bord du lac. « À Annecy, tout est cher dès que tu t’approches du lac. Un plat du jour tourne autour de 16-17 €. »
Noémie dépense 40 € par mois en shopping — vêtements, cosmétiques, petit matériel. Elle avoue lisser cette dépense : « Certains mois c’est zéro, d’autres c’est 120 € parce que j’ai craqué pour une paire de chaussures de rando. » La randonnée, justement, est son loisir principal. Gratuit, sauf quand il faut remplacer l’équipement.
Son abonnement à une salle d’escalade lui coûte 45 € par mois, son seul vrai luxe récurrent. Elle y va trois fois par semaine après le travail. « C’est ma soupape. Sans ça, je pète un câble. » Enfin, les dépenses imprévues — pharmacie, cadeaux, petites réparations — absorbent environ 60 € mensuels en moyenne.
Total des dépenses variables : 505 €. Ce qui laisse, en théorie, 150 € en fin de mois. Mais cette marge, Noémie la connaît par cœur — elle sait aussi à quelle vitesse elle peut disparaître.
Ce qu’il reste quand tout est payé
En fin de mois, Noémie vire entre 100 et 150 € sur son Livret A, qui affiche aujourd’hui un solde de 4 200 €. « C’est mon matelas de sécurité. Je me suis fixé l’objectif de 5 000 € avant la fin de l’année, mais c’est dur. » Quand un imprévu survient — contrôle technique, frais dentaires — le virement saute.
Elle n’a pas d’assurance-vie, pas de PEA, pas de placements. « Je sais que je devrais m’y intéresser, mais avec 150 € de marge, ça paraît dérisoire. » Son seul crédit en cours est le prêt auto : 145 € par mois pendant encore quatorze mois. Une fois soldé, elle prévoit de basculer cette somme directement en épargne.
Les vacances sont budgétées à 800 € par an, soit 67 € lissés par mois qu’elle ne provisionne pas toujours. L’été dernier, elle a campé dix jours en Croatie pour 650 €, transport compris, en partant en covoiturage. Pour Noël, elle rentre chez ses parents en Isère — 45 minutes de route, pas de frais d’hébergement.
Son projet principal : passer le concours de la fonction publique hospitalière pour décrocher un poste en CHU. Le salaire de départ serait comparable, mais la progression salariale y est plus rapide. « En libéral, je pourrais gagner plus, comme certains kinés libéraux, mais il faut un apport pour s’installer, et je n’ai pas ça. »
« Je ne me plains pas, je vis correctement. Mais à 29 ans, dans une ville où acheter un appartement commence à 4 500 € le mètre carré, je sais que la propriété n’est pas pour demain. » Le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets mensuels selon l’INSEE. Noémie se situe juste en dessous, dans une ville où le coût de la vie dépasse largement la moyenne nationale.