Dans les comptes de Baptiste, ferronnier d’art à Albi à 2 090 € nets par mois
Baptiste a 34 ans, un tablier en cuir brûlé aux manches et des mains qui ne ressemblent plus tout à fait à celles d’un trentenaire. Ferronnier d’art salarié dans un atelier d’Albi, il forge des rampes d’escalier, des portails et des luminaires pour des particuliers et des monuments classés. Il gagne 2 090 € nets par mois, et pourtant, à la fin du mois, son compte raconte une histoire que son métier ne laisse pas deviner.
Voici comment il répartit chaque euro, poste par poste, avec ce détail qui l’a lui-même surpris quand il a tout posé sur le papier.
2 090 € nets : d’où vient vraiment cet argent ?
Baptiste est salarié d’un atelier de sept personnes. Son salaire de base atteint 1 880 € nets, auxquels s’ajoutent 110 € de prime d’ancienneté et d’astreinte lors des chantiers de restauration. Il touche aussi 100 € de tickets restaurant convertis à la cantine du quartier.
Chaque année, un treizième mois partiel de 700 € tombe en décembre. Lissé sur douze mois, cela ajoute environ 58 € à son quotidien, qu’il traite comme un bonus et non comme du budget courant. « Je ne compte jamais dessus avant d’avoir le virement », confie-t-il.
Il vit en couple avec Léna, enseignante à temps partiel qui gagne 1 450 € nets. Mais Baptiste tient à un budget personnel distinct pour les dépenses communes, ce qui rend ses comptes particulièrement lisibles. Et ce partage cache un arrangement que peu de couples osent vraiment formaliser.

Ces charges fixes qui avalent la moitié du salaire
Le loyer d’abord : 640 € pour un T3 de 62 m² dans le quartier de la Madeleine, charges comprises. Baptiste et Léna le partagent à parts inégales, 360 € pour lui, 280 € pour elle, au prorata de leurs revenus.
Viennent ensuite l’électricité et le gaz, 95 € par mois lissés, puis l’assurance habitation à 18 €. Le forfait mobile coûte 12 €, la fibre 25 €, et il partage un abonnement de streaming à 6 € chacun. Total des charges de logement et de communication : 516 € pour sa part.
Côté transport, sa vieille Berlingo diesel lui coûte 70 € d’assurance, 60 € de carburant pour les trajets domicile-atelier, et une provision de 40 € pour l’entretien. S’y ajoute une mutuelle d’entreprise à 38 € et un impôt sur le revenu prélevé à la source de 95 €.
Au total, ses dépenses fixes dépassent 1 100 € par mois. Mais le poste qui l’étonne le plus n’est pas dans cette liste, il se cache dans les dépenses du quotidien.
Courses, sorties, outils : le poste que personne n’anticipe
Les courses alimentaires atteignent 280 € par mois pour lui seul sur un budget commun d’environ 460 €. Baptiste privilégie le marché du samedi et les producteurs locaux, quitte à payer un peu plus cher la viande et les légumes. « Je mange mieux, mais ça se voit sur le ticket », reconnaît-il.
Les sorties plafonnent à 90 € : un restaurant tous les quinze jours, un concert de temps en temps à la Scène nationale. Les vêtements, eux, se limitent à 25 € mensuels, car le tablier et les chaussures de sécurité sont fournis par l’atelier.

Et voici le poste caché : les outils personnels. Un ferronnier d’art garde souvent ses marteaux, ses tenailles et ses gouges, qu’il façonne ou ajuste lui-même. Baptiste y consacre 55 € par mois en moyenne, entre acier à ressort, meules et cuir pour les gants. Un budget que son employeur ne rembourse pas.
Les vacances sont lissées à 120 € par mois, soit 1 440 € par an pour deux semaines dans les Pyrénées et un long week-end en Espagne. Ajoutons 40 € de cadeaux et 30 € de petites réparations d’appartement. Reste à savoir ce qu’il lui reste vraiment à la fin du mois.
Ce qu’il reste en fin de mois : le moment de vérité
Faisons le calcul. Revenus : 2 090 €. Dépenses fixes : 1 130 €. Dépenses variables : 640 €. Il reste 320 € en moyenne, qu’il répartit en trois enveloppes.
200 € vont sur un livret A et un plan d’épargne logement, car le couple rêve d’acheter une maison avec atelier à moins de 20 kilomètres d’Albi. 70 € alimentent un PEA qu’il a ouvert il y a deux ans, par curiosité autant que par prudence. Les 50 € restants servent de coussin pour les imprévus.
« Je sais que ça ne suffira pas pour un apport avant sept ou huit ans, mais je préfère avancer doucement que de ne rien mettre de côté », dit-il. Pas de crédit à la consommation, pas de découvert, un seul prêt étudiant soldé il y a quatre ans.
Son plus grand projet reste de monter un jour sa propre forge. Il sait que cela signifierait une période de vache maigre, et il en discute régulièrement avec Léna avant de franchir le pas.
2 090 € à Albi : où se situe-t-il vraiment ?
Le salaire médian net en France tourne autour de 2 100 € pour un temps plein. Baptiste se situe donc pile dans la moyenne, mais dans une ville où le loyer reste très inférieur à celui de Toulouse, à une heure de route. Cet écart change tout : à Toulouse, le même salaire laisserait à peine 100 € de marge.
« L’argent, pour moi, c’est du temps acheté : du temps pour travailler le fer sans me presser, pour ne pas faire de la quantité », résume-t-il. Une philosophie rare, et qui explique en partie pourquoi il refuse les heures supplémentaires au-delà du raisonnable.
Si ce budget vous a intrigué, d’autres artisans ont ouvert leurs comptes : découvrez comment Aurélien, tailleur de pierre à Angoulême compose avec un salaire presque identique, ou ce que cache le quotidien de Camille, sellière-maroquinière à Cognac. Les surprises ne sont jamais là où on les attend.