Dans les comptes de Matthieu, opérateur en station d’épuration à Bourges à 1 980 € nets par mois
Matthieu a 34 ans, il vit en couple à Bourges et travaille comme opérateur dans une station d’épuration depuis six ans. Son salaire : 1 980 € nets par mois. Sa compagne, Audrey, est vendeuse en boulangerie à temps partiel. À eux deux, ils font tourner un foyer avec un enfant de 4 ans. Voici comment chaque euro de Matthieu est réparti, poste par poste.
Un salaire stable dans un métier que personne ne soupçonne
Matthieu touche 1 980 € nets mensuels, versés le 27 de chaque mois. Son poste inclut un travail posté en 3×8, avec des rotations de nuit et de week-end. Ce rythme lui donne droit à une prime de sujétion de 120 € intégrée dans ce montant.

En complément, il perçoit une prime d’insalubrité trimestrielle de 180 €, soit 60 € lissés par mois. « Les gens ne réalisent pas ce qu’on manipule au quotidien, mais la prime reste modeste », confie-t-il. Le couple touche aussi 140 € d’allocations familiales pour leur fille.
Audrey, de son côté, rapporte environ 890 € nets avec son temps partiel. Le foyer dispose donc de 3 070 € mensuels au total. Mais ici, on se concentre uniquement sur la part de Matthieu : ses 1 980 € nets, plus ses 60 € de prime trimestrielle lissée, soit 2 040 € disponibles. Et chaque ligne de ce budget raconte un arbitrage.
Les charges fixes : 1 285 € avant même d’avoir mangé
Le couple rembourse un crédit immobilier pour une maison de 85 m² achetée en 2021 à Bourges. La mensualité s’élève à 680 €, partagée en deux. La part de Matthieu : 340 €. À Bourges, les prix au mètre carré restent parmi les plus bas de France, ce qui rend l’accession possible même avec des revenus modestes.
Les charges de copropriété n’existent pas — c’est une maison individuelle. En revanche, la taxe foncière s’élève à 1 080 € par an, soit 90 € par mois. Matthieu la paie seul. L’assurance habitation coûte 42 € mensuels, l’assurance auto 68 €.

Côté énergie, la maison est chauffée au gaz. La facture mensuelle moyenne tourne autour de 135 € en lissé sur l’année, avec des pics à 210 € en hiver. L’eau représente 38 € par mois. « Quand tu bosses dans le traitement de l’eau, tu fais gaffe à ta conso chez toi », sourit-il.
Son forfait téléphone coûte 15 € chez un opérateur low-cost. La box internet familiale revient à 34 €, partagée avec Audrey — sa part : 17 €. La mutuelle complémentaire, obligatoire via son employeur, est prélevée directement sur le bulletin de paie, mais le surcoût pour couvrir sa fille représente 28 € supplémentaires par mois.
L’abonnement streaming, c’est un seul : Netflix à 13,50 €. Spotify, il utilise la version gratuite. Le transport, lui, pèse lourd. Matthieu fait 22 km aller-retour en voiture chaque jour. Avec un diesel vieillissant, le poste essence grimpe à 145 € par mois. Il a regardé les options en voiture électrique, mais le budget d’achat reste hors de portée.
L’impôt sur le revenu est prélevé à la source : 78 € par mois environ, calculé sur les revenus du foyer. Au total, ses dépenses fixes atteignent 1 009 € rien que pour le logement, l’énergie et les assurances, auxquels s’ajoutent 276 € de transport, télécom et impôts. Soit 1 285 € de charges fixes. Il lui reste 755 €.
Courses, sorties et les petits plaisirs d’un père de famille
Les courses alimentaires représentent le poste le plus scruté. Le couple dépense environ 480 € par mois pour trois personnes, courses hygiène comprises. La part de Matthieu : 280 €. Ils achètent principalement chez Leclerc et complètent avec le marché du samedi matin à Bourges.
« On ne mange pas mal, mais on calcule tout. Les promos, les lots, les magasins de déstockage… Audrey est redoutable pour ça. » La viande revient deux à trois fois par semaine, pas plus. Les plats faits maison dominent, les produits transformés sont rares.
Côté sorties, c’est sobre. Un restaurant tous les deux mois environ, jamais au-dessus de 50 € pour le couple. Matthieu s’autorise deux bières en terrasse le vendredi avec un collègue : 15 € par mois en moyenne. Le cinéma, c’est une fois par mois grâce à des places CE à 5,50 €.
Le poste « enfant » pèse aussi. La crèche municipale coûte 185 € par mois, réglée à parts égales. La part de Matthieu : 93 €. Les vêtements pour la petite sont achetés d’occasion sur Vinted, environ 20 € par mois. Les jouets et livres : 15 €.
Pour lui-même, Matthieu dépense peu en shopping. Un achat vestimentaire tous les trois mois, lissé à 25 € mensuels. Sa seule « folie » : la pêche en étang le dimanche. La carte annuelle coûte 100 €, soit 8 € par mois, plus quelques leurres et appâts pour environ 12 €. Total loisirs personnels : 20 € par mois.
Les vacances sont budgétées à 1 200 € par an pour la famille, soit 100 € par mois mis de côté. L’été, ils louent un mobile-home sur la côte atlantique pendant dix jours. « C’est pas les Maldives, mais la petite s’en fiche, elle veut juste la plage. » Au total, les dépenses variables de Matthieu s’élèvent à environ 568 €. Reste en fin de mois : 187 €.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Avec 187 € de marge mensuelle, Matthieu met 100 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 4 800 €. Le reste — 87 € — constitue son « filet de sécurité » pour les imprévus : une panne de voiture, un rendez-vous vétérinaire pour le chat, un cadeau d’anniversaire imprévu.
Le couple n’a aucun crédit à la consommation en cours. C’est un choix assumé. « On s’est dit : le crédit maison, ça suffit. Si on ne peut pas se le payer cash, on attend. » Leur prochain projet : changer la chaudière gaz pour une pompe à chaleur, estimée à 8 000 € après aides. Au rythme actuel, il faudra encore deux ans de Livret A pour boucler l’apport.
Comparé au salaire médian français d’environ 2 100 € nets, Matthieu se situe légèrement en dessous. Mais le coût de la vie à Bourges, notamment le logement, compense en partie l’écart. Comme Yann, cariste à Dunkerque, ou Valentin, pompiste à Pau, il fait partie de ces travailleurs dont le salaire ne laisse que peu de marge, mais qui tiennent la barre grâce à une rigueur budgétaire quotidienne.
« Je ne me plains pas, on vit correctement. Mais il suffit d’un pépin — la voiture qui lâche, un appareil électroménager à remplacer — et le mois devient compliqué. » Matthieu résume son rapport à l’argent en une phrase : « On ne manque de rien, mais on n’a rien en trop. »