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Dans les comptes de Yann, cariste à Dunkerque à 1 890 € nets par mois

Publié par Mathieu le 29 Mai 2026 à 19:02

Yann a 34 ans, il est cariste dans un entrepôt logistique près de Dunkerque. Chaque mois, 1 890 € nets tombent sur son compte. Avec sa compagne en congé parental et leur fille de 18 mois, chaque euro a une destination précise. Voici comment il répartit son budget, ligne par ligne.

Ce qui tombe chaque mois sur le compte

Le salaire de base de Yann s’élève à 1 720 € nets par mois. À cela s’ajoutent des primes de productivité qui varient entre 80 et 120 € selon les objectifs atteints dans l’entrepôt. En moyenne lissée, il compte 100 € mensuels de primes. « Certains mois c’est 80, d’autres 120. Je fais toujours mes calculs sur le bas de la fourchette pour éviter les mauvaises surprises. »

Yann cariste en gilet haute visibilité dans un entrepôt logistique

Sa compagne, Anaïs, perçoit un complément de libre choix d’activité (PreParE) de 428 € par mois via la CAF. Le couple touche aussi 0 € d’allocations familiales — avec un seul enfant et des revenus combinés inférieurs au plafond, ils n’y ont tout simplement pas droit avant le deuxième. En revanche, ils reçoivent 70 € d’APL sur leur logement.

Total des ressources du foyer : 2 388 € par mois. C’est avec cette somme que le couple doit faire tourner un ménage de trois personnes dans le Nord. La moindre dépense imprévue se ressent immédiatement, comme chez Ambre, aide-soignante à Rouen, qui gère un budget tout aussi serré. Mais avant de voir ce qui reste en fin de mois, il faut d’abord passer par la longue liste des dépenses fixes.

Le mur des charges fixes

Le loyer du T3 que le couple occupe dans une résidence à Coudekerque-Branche, en périphérie de Dunkerque, s’élève à 580 € par mois, charges comprises. Après déduction des APL, il reste 510 € à payer. C’est le premier poste du budget, et de loin le plus lourd. « On a cherché moins cher, mais avec un bébé, on voulait au moins deux chambres. À Dunkerque intra-muros, c’était 100 € de plus. »

Salon modeste d'un appartement T3 avec affaires de bébé

L’électricité et le gaz leur coûtent 115 € en moyenne mensuelle lissée sur l’année, avec des pics à 165 € en hiver. Les dépenses de chauffage dans le Nord pèsent lourd : le T3 est mal isolé, avec du simple vitrage côté salon. L’assurance habitation ajoute 28 € au compteur.

Côté transports, Yann utilise sa Renault Clio de 2016 pour se rendre à l’entrepôt situé à 14 kilomètres. L’essence lui revient à 120 € par mois. L’assurance auto coûte 52 €, et il rembourse encore un petit crédit auto de 135 € par mois — il lui reste 8 mensualités. Anaïs n’a pas de véhicule : elle se déplace en bus avec un abonnement à 32 €.

Les abonnements s’additionnent vite : téléphone de Yann 15 € (forfait B&You), téléphone d’Anaïs 10 € (Red by SFR), box internet 25 €, Netflix 14 €, et Spotify Duo 17 €. Total abonnements numériques : 81 €. La mutuelle familiale, souscrite via l’employeur de Yann avec un surcoût pour Anaïs et la petite, revient à 78 € prélevés directement sur la fiche de paie — mais le montant figure déjà dans le net affiché.

Dernier poste fixe : l’impôt sur le revenu, prélevé à la source. Avec les revenus du foyer et le quotient familial à 2,5 parts, le couple est non imposable. Zéro euro d’impôt. Un soulagement relatif, car une fois toutes ces charges additionnées, le total des dépenses fixes atteint 1 098 €. Sur les 2 388 € de ressources, il reste donc 1 290 € pour vivre, épargner et absorber les imprévus. Ce qui paraît raisonnable — jusqu’à ce qu’on détaille les dépenses variables.

Courses, couches et petits plaisirs

Le poste alimentaire représente le deuxième gouffre du budget. Yann et Anaïs font leurs courses principalement chez Auchan et Lidl. Budget hebdomadaire : entre 85 et 100 €, soit environ 380 € par mois. « On fait attention, on regarde les promos, mais avec un bébé qui commence la diversification, les petits pots et les compotes bio, ça grimpe vite. » Un budget comparable à celui de Nordine, conducteur de bus à Lyon, qui nourrit aussi une famille de trois. Pour optimiser leurs courses, certains foyers appliquent la méthode IMC, mais Yann avoue ne pas avoir « le temps de planifier à ce point ».

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Les couches et produits d’hygiène pour le bébé ajoutent 65 € mensuels. Pharmacie et soins courants pour le foyer : 20 €. Le poste « sorties et loisirs » est maigre : un resto par mois, généralement une pizzeria à emporter, pour 30 €. Le reste des sorties se résume à des balades sur la plage de Malo-les-Bains : gratuites.

L’habillement, surtout pour la petite qui grandit vite, revient à 40 € par mois en moyenne. Anaïs achète beaucoup sur Vinted. « Je n’achète quasi plus de neuf pour elle. À 18 mois, un body dure trois semaines avant d’être trop petit. » Yann, lui, estime dépenser 25 € par mois pour lui-même — un jean ou des chaussures de sécurité quand les siennes lâchent.

Le budget vacances, lissé sur l’année, est de 60 € par mois. Le couple met de côté pour une semaine en camping l’été, généralement dans le Pas-de-Calais ou la Baie de Somme. « On ne part pas loin, mais on part. C’est important pour le moral. » Enfin, quelques dépenses diverses et imprévus — un cadeau d’anniversaire, un outil pour un petit bricolage, un jouet pour la petite — absorbent environ 50 € par mois.

Total des dépenses variables : 670 €. Ajouté aux 1 098 € de charges fixes, le foyer dépense donc environ 1 768 € chaque mois. Sur 2 388 € de ressources, il reste un matelas de 620 €. En théorie. Parce qu’en pratique, ce matelas fond plus vite qu’on ne l’imagine.

Ce qu’il reste quand tout est payé

Sur le papier, Yann et Anaïs dégagent environ 620 € d’excédent mensuel. Mais le crédit auto de 135 € — déjà compté dans les fixes — disparaîtra dans 8 mois, ce qui libérera de l’air. En attendant, Yann vire 150 € par mois sur un Livret A qui contient actuellement 3 400 €. « C’est notre coussin de sécurité. Le jour où la machine à laver lâche ou que la Clio a besoin d’un embrayage, c’est là qu’on pioche. »

Le couple n’a aucun autre crédit en cours. Pas de plan d’épargne retraite, pas d’assurance-vie. « On n’en est pas encore là. Avant de penser à la retraite, je voudrais qu’on ait 6 mois de dépenses de côté. On en est à deux mois à peine. » Yann a conscience que le montant nécessaire pour vivre dignement à la retraite dépasse largement ce que sa future pension lui garantira.

Le reste de l’excédent — environ 470 € — sert de variable d’ajustement. Un mois calme, une partie file sur le Livret A. Un mois compliqué — le contrôle technique de la Clio, la poussette à remplacer —, il ne reste rien. « En moyenne sur l’année, je dirais qu’on épargne réellement 200 à 250 € par mois, tout confondu. C’est pas énorme, mais il y a deux ans on n’épargnait rien du tout. »

Le projet à moyen terme : devenir propriétaire. Le couple regarde les maisons dans le Dunkerquois, où les prix restent parmi les plus accessibles du littoral nord — autour de 140 000 € pour une maison trois chambres. « Quand le crédit auto sera fini et qu’Anaïs reprendra le travail, on ira voir la banque. » Anaïs, aide-comptable de formation, vise un retour à l’emploi en CDD ou intérim dès que la petite entrera en crèche en septembre.

Avec 1 890 € nets, Yann se situe légèrement en dessous du salaire médian français, estimé à environ 2 100 € nets mensuels en 2025. « Je ne me plains pas. J’ai un CDI, des horaires réguliers, pas de travail le dimanche. Il y a des métiers plus durs et moins bien payés. Mais je ne vais pas te mentir : si je pouvais gagner 300 € de plus, ça changerait tout. »

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