Dans les comptes de Sandrine, orthophoniste libérale à Metz à 2 890 € nets par mois
Sandrine, 38 ans, orthophoniste libérale à Metz, gagne 2 890 € nets par mois après charges. Divorcée et mère de deux enfants en garde alternée, elle a monté son cabinet il y a six ans. Voici comment elle répartit chaque euro qui rentre.
« Les gens croient que les libéraux roulent sur l’or. En vrai, entre les charges, l’Urssaf et les mois creux, je gagne à peine plus qu’une salariée », prévient-elle d’emblée.
Un revenu qui varie chaque mois
Sandrine facture ses séances à la Sécurité sociale via la nomenclature générale des actes professionnels. Son chiffre d’affaires mensuel brut tourne autour de 4 800 €, mais une fois les charges sociales et professionnelles déduites, il lui reste en moyenne 2 890 € nets.
Elle reçoit entre 22 et 26 patients par semaine, essentiellement des enfants dys et des adultes en rééducation post-AVC. « Certains mois je fais 3 200 €, d’autres 2 400 €. Les vacances scolaires, mon planning se vide », explique-t-elle.
Elle perçoit aussi 178 € de prestation compensatoire versée par son ex-mari, fixée lors du divorce. Ce montant complète un revenu par nature instable, propre à toutes les professions libérales de santé.

Le cabinet, ce gouffre discret
Avant même de penser au loyer de son appartement, Sandrine doit couvrir les frais de son local professionnel. Elle loue un cabinet de 28 m² partagé avec une psychomotricienne, pour 420 € par mois charges comprises.
S’ajoutent les cotisations Urssaf et retraite CIPAV, prélevées trimestriellement mais qu’elle provisionne chaque mois : 680 €. La RCP, cette assurance responsabilité civile professionnelle obligatoire, lui coûte 38 € mensuels.
Le matériel orthophonique, les logiciels de bilan et la formation continue obligatoire représentent une enveloppe lissée de 95 € par mois. « Personne ne parle de ces frais quand on choisit ce métier », glisse-t-elle.
Son comptable, indispensable pour gérer la déclaration en BNC, lui facture 85 € mensuels. Un poste que beaucoup de travailleurs indépendants découvrent tard, souvent après un contrôle fiscal évité de justesse.
Le logement et les charges du quotidien
Sandrine loue un appartement de 68 m² dans le quartier de Montigny-lès-Metz, à 780 € charges comprises. Un montant contenu pour une ville où les loyers restent nettement plus doux qu’à Paris ou Lyon.
L’électricité et le gaz lui coûtent 105 € en moyenne sur l’année, lissés malgré les pics hivernaux. Son assurance habitation s’élève à 16 €, et sa mutuelle santé, renforcée depuis un souci de dos, atteint 78 €.
Côté téléphone et internet, elle paie 45 € pour un forfait mobile et une box fibre groupés chez le même opérateur. Netflix et Disney+ ajoutent 19,98 € à la note, un luxe qu’elle s’autorise pour les soirées avec ses enfants.
Sa voiture, indispensable pour ses déplacements à domicile chez certains patients âgés, lui coûte 240 € de crédit mensuel, plus 95 € d’assurance et environ 130 € d’essence. Un poste transport lourd, presque incompressible pour une activité libérale itinérante.

Les dépenses variables, entre enfants et petits plaisirs
Les courses alimentaires pour elle et ses deux enfants représentent environ 420 € par mois, cantine scolaire comprise pour 65 €. « Avec la garde alternée, mes dépenses varient selon les semaines où ils sont chez moi », précise-t-elle.
Elle prévoit 90 € pour les sorties et restaurants occasionnels, souvent un déjeuner entre collègues ou une pizza le vendredi soir avec les enfants. Le shopping vêtements, plutôt raisonnable, tourne autour de 60 € mensuels.
Les activités extrascolaires de ses enfants, judo et danse, lui coûtent 75 € au total. Elle met également 60 € de côté chaque mois pour les vacances d’été, souvent un camping dans le Sud ou en Alsace.
Un budget cadeaux et imprévus de 50 € boucle ses dépenses variables. Reste alors à voir ce qu’il lui reste vraiment une fois tous ces postes soustraits de son revenu.
Ce qu’il reste vraiment en fin de mois
En additionnant charges fixes et dépenses variables, Sandrine dépense environ 2 660 € par mois. Il lui reste donc une marge d’environ 230 €, qu’elle verse sur un livret A ouvert pour ses enfants.
« Je sais que je devrais épargner davantage pour ma retraite de libérale, qui sera minuscule, mais avec deux enfants et un cabinet à faire tourner, c’est compliqué », reconnaît-elle.
Elle n’a pas de crédit immobilier, ayant renoncé à l’achat après son divorce pour garder de la flexibilité. Son projet à moyen terme : investir dans un logiciel de télérééducation pour capter plus de patients ruraux.
Avec 2 890 € nets par mois, Sandrine se situe nettement au-dessus du salaire médian français, autour de 2 100 € nets. « On me dit que je gagne bien ma vie. C’est vrai, mais avec les mois creux et zéro filet de sécurité, je ne me sens jamais complètement à l’abri », résume-t-elle.