Dans les comptes d’Élodie, photographe auto-entrepreneuse à Clermont-Ferrand à 1 750 € nets par mois
Élodie a 31 ans, elle est photographe auto-entrepreneuse à Clermont-Ferrand et touche en moyenne 1 750 € nets par mois. Entre les mois creux d’hiver et les weekends de mariage qui s’enchaînent en été, son revenu fluctue énormément. Voici comment elle répartit chaque euro pour tenir à l’année.
Ce qui entre sur son compte chaque mois
Son chiffre d’affaires mensuel tourne autour de 2 350 € en moyenne lissée sur l’année. Après le versement de ses cotisations sociales à l’URSSAF (environ 510 €, soit 21,1 % de son CA en prestations de service BNC), il lui reste 1 840 € nets de charges.

À cela, il faut retrancher sa cotisation CFE (environ 90 € par mois une fois lissée), ce qui ramène son revenu réellement disponible à 1 750 € nets. « En juillet, je peux facturer 4 000 €. En janvier, c’est parfois 800 €. Le lissage, c’est vital pour ma santé mentale », confie-t-elle.
Élodie ne touche ni APL ni prime d’activité. Son revenu fiscal dépasse de peu les plafonds pour une personne seule sans enfant à Clermont-Ferrand. Pas d’autre source de revenus non plus : elle a arrêté les missions de serveuse en extra qu’elle cumulait les deux premières années.
La réalité de l’auto-entreprise, c’est aussi l’absence de chômage et de congés payés. Chaque semaine non travaillée est une semaine sans revenu, un paramètre que beaucoup de salariés sous-estiment quand ils comparent les fiches de paie.
Les dépenses qui tombent quoi qu’il arrive
Son loyer absorbe la plus grosse part : 520 € charges comprises pour un T2 de 42 m² dans le quartier des Salins. C’est correct pour Clermont, où les loyers restent bien en dessous de la moyenne nationale, comme dans plusieurs villes à faible coût de la vie.

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle santé, souscrite en individuel (pas de complémentaire employeur quand on est indépendant), revient à 47 € mensuels. Elle a choisi une formule intermédiaire avec un bon remboursement optique, indispensable pour ses yeux sollicités par l’écran.
Côté transports, Élodie possède une Clio de 2017. Le crédit auto est soldé depuis un an, mais le budget voiture reste conséquent : 85 € d’assurance, 110 € d’essence (elle roule beaucoup pour les shootings en extérieur dans le Puy-de-Dôme) et environ 60 € lissés de maintenance. Total transport : 255 € par mois.
Ses abonnements fixes se décomposent ainsi : forfait mobile 15 €, box internet 30 €, un seul service de streaming à 6 € (Netflix basique avec pub). Elle a coupé Spotify et Disney+ il y a six mois. « Quand tu comptes chaque euro, 13 € d’abonnement en trop, ça te paie trois jours de courses. »
Son assurance responsabilité civile professionnelle, obligatoire pour couvrir ses prestations, représente 29 € par mois. Son abonnement Adobe Creative Cloud (Lightroom + Photoshop) ajoute 24 €. Enfin, son hébergement de site portfolio et nom de domaine reviennent à 12 € mensuels.
Le total de ses charges fixes atteint 956 € par mois. Sur 1 750 € nets, il lui reste donc 794 € pour vivre, épargner et se faire plaisir. Mais la frontière entre dépenses pro et perso est parfois floue, et c’est justement là que le bât blesse.
Ce qu’elle dépense au quotidien pour vivre
Les courses alimentaires représentent son deuxième poste : 260 € par mois. Élodie cuisine beaucoup et privilégie les légumineuses, le batch cooking le dimanche, et les promotions chez Lidl. « Je fais mes courses avec une liste et un budget à la semaine de 60 €. Si je dépasse, la semaine d’après je compense. »
Comme beaucoup d’indépendants à Clermont-Ferrand, elle profite du marché Saint-Pierre le samedi matin pour les fruits et légumes frais. Comptez 15 € par semaine en moyenne, inclus dans les 260 €.
Côté sorties et restaurants, elle s’autorise 80 € mensuels. Un dîner en ville avec des amis deux fois par mois, quelques verres le vendredi soir. Elle évite les brunchs à 25 € et les afterworks à rallonge. « Mes amis salariés ne réalisent pas toujours que quand je suis en terrasse un mardi, c’est pas un jour off. Je retouche des photos le soir. »
Le shopping vestimentaire et les soins personnels tournent autour de 60 € par mois. Élodie achète beaucoup en seconde main sur Vinted, surtout pour les tenues de shooting qu’elle porte aussi au quotidien. Coiffeur tous les trois mois, pas d’institut.
Ses loisirs hors sorties (livres, randonnées, un abonnement salle d’escalade à 35 €) coûtent environ 55 € mensuels. Les vacances, elles, restent le parent pauvre du budget. Elle s’accorde une semaine par an, généralement un road trip en France avec sa Clio. Budget lissé : 50 € par mois.
Total des dépenses variables : 505 € par mois. Avec les 956 € de charges fixes, l’addition grimpe à 1 461 €. Il reste 289 € en fin de mois. Sur le papier, c’est respirable. En pratique, c’est là que tout se joue.
Ce qu’il reste quand tout est payé
Sur ces 289 €, Élodie en vire 150 € sur un Livret A qui affiche 2 800 €. C’est son matelas de sécurité, calibré pour couvrir deux mois de loyer en cas de coup dur. Elle aimerait atteindre 5 000 € mais progresse lentement.
Aucun crédit en cours. Le prêt auto est terminé, et elle n’a jamais eu de crédit conso. « Je préfère attendre et payer comptant. C’est peut-être un truc de génération, mais la dette me fait plus peur que la galère. »
Le vrai sujet, c’est le renouvellement du matériel photo. Son boîtier Sony A7 III commence à dater, et un remplacement coûte entre 2 000 et 3 000 €. Elle met 80 € de côté chaque mois sur un compte séparé dédié au matériel, prélevés sur les 289 € restants. Ce qui laisse en réalité 59 € de marge nette en fin de mois.
Cinquante-neuf euros. C’est la réalité d’une indépendante qui gagne correctement sa vie à l’échelle de son métier, mais dont le filet de sécurité reste microscopique. Un appareil qui tombe, un client qui annule un mariage, et le mois bascule dans le rouge.
Son projet à moyen terme : développer la formation en ligne pour d’autres photographes. Elle a commencé à tourner des tutoriels le soir, avec l’espoir de générer un revenu passif complémentaire d’ici un an. « Si j’arrive à ajouter 300 € récurrents par mois, je respire vraiment. »
« L’argent, c’est le sujet que personne n’ose aborder entre indépendants. On montre les shootings sur Instagram, jamais le tableau Excel du dimanche soir », résume Élodie. Pour rappel, le salaire médian en France se situe autour de 2 100 € nets mensuels selon l’INSEE. Avec 1 750 € nets, Élodie se place 17 % en dessous, sans congés payés, sans cotisation chômage, et sans treizième mois. Le prix de la liberté a un montant précis : il se lit poste par poste.