Dans les comptes de Théo, ostréiculteur au Cap-Ferret à 2 260 € nets par mois
Théo a 34 ans, il est ostréiculteur au Cap-Ferret, sur le bassin d’Arcachon. Il gagne en moyenne 2 260 € nets par mois, mais ce chiffre cache d’énormes écarts selon les saisons.
Entre les fêtes de fin d’année où il travaille 70 heures par semaine et les mois creux de l’été, son revenu peut varier du simple au triple. Voici comment il fait tenir son budget toute l’année.
Un revenu qui dépend entièrement des marées et du calendrier
Théo est artisan ostréiculteur, installé en nom propre depuis huit ans sur une concession familiale. Son revenu net moyen lissé sur l’année tourne autour de 2 260 €, mais la réalité mensuelle est beaucoup plus chaotique.
« En décembre, je peux sortir 4 500 € nets. En juillet, certains mois je descends à 900 € », raconte-t-il. Les huîtres se vendent surtout entre octobre et janvier, avec un pic autour de Noël et du Nouvel An qui représente à lui seul près de 40% de son chiffre d’affaires annuel.

Le reste de l’année, il complète avec la vente directe sur les marchés de Bordeaux et d’Arcachon, et depuis deux ans, quelques prestations de dégustation sur sa cabane pour les touristes. Ces activités annexes lui rapportent environ 300 € nets supplémentaires par mois en moyenne.
Il touche aussi des aides ponctuelles de la région Nouvelle-Aquitaine pour l’entretien des parcs à huîtres, environ 800 € par an, versées en une fois au printemps. Pas d’allocations familiales : sa compagne travaille à temps plein comme secrétaire médicale et leurs revenus combinés dépassent les plafonds.
Des charges professionnelles qui pèsent lourd avant même le loyer
Avant de parler dépenses personnelles, il faut comprendre que Théo paie d’abord son outil de travail. Sa concession lui coûte 380 € par mois en redevance domaniale, un montant fixe quelle que soit la production.
Le matériel — poches, tables, bateaux, moteur — représente un budget d’entretien de 250 € mensuels lissés, plus une cotisation MSA (l’équivalent de l’Urssaf pour les agriculteurs et conchyliculteurs) de 420 € par mois, calculée sur son revenu de l’année précédente.
« Les gens voient les huîtres à 8 € la douzaine sur le marché de Noël, ils ne voient pas la redevance, le gasoil du bateau, les poches qui s’usent », glisse-t-il.

Côté logement, Théo et sa compagne sont propriétaires d’une maison à Lège-Cap-Ferret depuis six ans, avec un crédit de 720 € par mois sur 20 ans. L’assurance habitation coûte 45 €, l’assurance du bateau professionnel 95 € mensuels, une charge que beaucoup de salariés n’ont jamais à envisager.
Les autres postes fixes : électricité et eau à 140 € par mois, forfait mobile et box internet à 55 €, mutuelle familiale à 130 € pour lui, sa compagne et leur fils de 9 ans. La cantine scolaire ajoute 75 € mensuels.
Les dépenses variables : de l’essentiel au petit plaisir
Les courses alimentaires du foyer tournent autour de 480 € par mois pour trois personnes, un montant qu’il juge raisonnable « parce qu’on mange nos propres huîtres gratuitement, ça compense largement ».
Le carburant du bateau et de la voiture représente à lui seul 210 € mensuels, un poste qui a explosé ces dernières années avec la hausse du gasoil. Théo y consacre une vigilance particulière, conscient que ce prix peut grimper brutalement selon le contexte international.
Les loisirs et sorties restent modestes : 90 € par mois pour un resto en famille ou une sortie au cinéma à Bordeaux. Le shopping vêtements et équipements se limite à 60 € mensuels, essentiellement pour renouveler ses cirés et bottes de travail qui s’usent vite dans l’eau salée.
Les vacances sont budgétées à 130 € par mois lissés sur l’année, pour une semaine de camping dans les Landes en août, la seule période vraiment creuse où il peut se permettre de couper.
Un bilan qui tient grâce à la trésorerie de décembre
Une fois toutes les charges fixes et variables déduites, il reste en moyenne 220 € par mois lissés sur l’année. Mais ce chiffre est trompeur : en réalité, Théo épargne massivement en décembre pour tenir les mois creux de l’été.
« Je sais que je devrais lisser mes dépenses toute l’année, mais avec ce métier, on vit au rythme des marées et des fêtes, pas du calendrier normal », explique-t-il. Il garde un matelas de sécurité de 3 000 € en permanence sur un livret A pour absorber les coups durs — une panne de bateau, une mortalité d’huîtres, une mauvaise récolte.
Son projet à moyen terme : investir dans un nouveau bateau plus économe en carburant, environ 18 000 €, financé en partie par un prêt professionnel qu’il rembourse déjà à hauteur de 180 € par mois.
« On ne roule pas sur l’or, mais on vit de notre métier et on transmet quelque chose à notre fils », résume Théo. Avec 2 260 € nets mensuels en moyenne, il se situe légèrement en dessous du salaire médian français, qui avoisine les 2 100 € nets pour un temps plein — mais son revenu, lui, ne ressemble à aucune fiche de paie classique.