Dans les comptes de Manon, sage-femme libérale à Brest à 2 750 € nets par mois
Manon, 34 ans, a quitté l’hôpital de Brest il y a trois ans pour s’installer en libéral. Elle gagne aujourd’hui 2 750 € nets par mois, un chiffre qui cache des semaines à rallonge et une paperasse permanente. Voici comment elle répartit chaque euro, entre charges professionnelles, vie de famille et petit matelas de sécurité.

Un revenu qui dépend entièrement de son planning
Contrairement à une salariée, Manon ne touche pas un salaire fixe. Son chiffre d’affaires mensuel tourne autour de 5 800 € bruts, dont il faut déduire les cotisations URSSAF et la CARCDSF, sa caisse de retraite spécifique.
Une fois ces charges retirées, il lui reste environ 3 400 € nets avant impôt. « Je facture des accouchements à domicile, du suivi de grossesse, de la rééducation périnéale et des consultations de contraception », précise-t-elle.
Après provision pour l’impôt sur le revenu, son revenu disponible atteint 2 750 € nets par mois en moyenne lissée sur l’année. Les mois d’été, avec moins de rendez-vous, sont systématiquement plus creux.
Les charges fixes d’une professionnelle libérale
Le premier poste, c’est le local professionnel : Manon loue un cabinet partagé avec deux collègues sages-femmes pour 420 € par mois, charges comprises. Elle y reçoit ses patientes trois jours par semaine.
Son loyer personnel, un T3 dans le quartier de Saint-Marc à Brest, lui coûte 780 € charges comprises. Elle vit seule avec sa fille de 6 ans, dont elle assume la garde principale.
Vient ensuite l’assurance responsabilité civile professionnelle, obligatoire et coûteuse pour les sages-femmes qui pratiquent l’accouchement à domicile : 185 € par mois. « C’est le poste qui m’a le plus surprise en m’installant », confie-t-elle.
S’ajoutent la mutuelle santé à 95 €, le forfait téléphone-internet à 45 €, l’assurance de sa voiture (indispensable pour les visites à domicile) à 78 €, et le carburant estimé à 140 € mensuels.
Elle cotise aussi à un logiciel de gestion de cabinet et de télétransmission à 39 € par mois, plus une comptable qui lui facture 110 € pour tenir ses comptes. Total des charges fixes : environ 1 892 €.

Ce que coûte vraiment la vie de tous les jours
Les courses alimentaires pour elle et sa fille représentent environ 380 € par mois, complétées par une cantine scolaire facturée 65 €. « Je cuisine beaucoup, j’ai peu de temps pour les extras », résume-t-elle.
Le budget loisirs et sorties reste modeste : 90 € mensuels pour le cinéma, un resto occasionnel ou une activité extrascolaire pour sa fille. Le shopping vêtements est lissé à 60 € par mois.
Manon budgète aussi 150 € pour les vacances, réparties sur l’année pour financer une semaine en Bretagne l’été et quelques jours chez ses parents à Noël. Un budget imprévus de 80 € complète l’ensemble.
Elle verse également une pension alimentaire inversée : le père de sa fille lui verse 150 €, qu’elle intègre directement dans son budget courses et activités de l’enfant.
Ce mois de dépenses variables représente environ 825 €, un montant qu’elle surveille de près depuis qu’elle a quitté le statut de salariée. « À l’hôpital, je ne me posais jamais la question du variable, ça tombait tout seul », se souvient-elle.
Le bilan qui rassure malgré les semaines à rallonge
Une fois les charges fixes et variables déduites, il reste à Manon environ 33 € en fin de mois sur un mois moyen — un solde très serré qui masque en réalité de fortes variations saisonnières.
Les mois où elle enchaîne les accouchements à domicile, souvent en hiver, son chiffre d’affaires grimpe et elle peut mettre de côté 300 à 400 €. Les mois d’été sont parfois tout juste à l’équilibre.
Elle a ouvert un livret A qu’elle alimente de façon irrégulière, avec un objectif de 6 000 € d’épargne de précaution pour les creux d’activité. Elle en est actuellement à 3 200 €.
« Je sais que je devrais épargner plus régulièrement, mais entre le loyer du cabinet, ma fille et les creux d’été, il n’y a pas toujours de marge », reconnaît-elle. Elle envisage à moyen terme de devenir propriétaire, un projet qu’elle juge de plus en plus difficile avec des revenus irréguliers.
« Le libéral m’a donné ma liberté d’emploi du temps, mais j’ai perdu la sécurité du bulletin de salaire fixe », résume Manon.
Avec 2 750 € nets par mois, elle se situe nettement au-dessus du seuil considéré comme confortable en France, mais l’irrégularité de ses revenus lui impose une gestion bien plus rigoureuse qu’un salaire classique.
Un parcours proche de celui de Gwenaëlle, sage-femme libérale à Brest, confrontée aux mêmes arbitrages entre charges professionnelles et vie de famille.