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Dans les comptes de Raphaël, technicien fibre optique à Rouen à 2 060 € nets par mois

Publié par Mathieu le 21 Juin 2026 à 19:01

Raphaël a 29 ans. Il est technicien fibre optique pour un sous-traitant d’Orange à Rouen depuis trois ans. Chaque mois, il touche 2 060 € nets et vit seul dans un T2 en périphérie de la ville. Voici comment il répartit chaque euro, poste par poste.

Ce qu’il gagne vraiment chaque mois

Son salaire de base tourne autour de 1 860 € nets. À cela s’ajoutent des primes d’intervention qui varient entre 120 € et 200 € selon les mois. En moyenne lissée, Raphaël atteint les 2 060 € nets mensuels.

Technicien fibre optique devant son véhicule de service à Rouen

Pas de 13e mois dans son entreprise, ni d’intéressement. « Mon patron dit que les primes compensent, mais ça dépend des chantiers », résume-t-il. Certains mois creux, il redescend sous les 1 950 €.

Raphaël ne touche aucune aide sociale. Son salaire dépasse le plafond de l’APL pour une personne seule sans enfant à Rouen. Pas d’activité complémentaire non plus, même s’il a envisagé de se constituer un complément de revenus via du dépannage informatique le week-end.

Son revenu annuel net tourne donc autour de 24 700 €, légèrement au-dessus du salaire médian français qui se situe aux alentours de 22 000 € nets. Sur le papier, ça semble correct. Mais le détail de ses dépenses raconte une autre histoire.

Les postes fixes qui partent avant même d’y penser

Le loyer absorbe la plus grosse part : 620 € charges comprises pour un T2 de 42 m² à Petit-Quevilly, en banlieue rouennaise. C’est 30 % de ses revenus nets, pile la limite que les agences considèrent comme acceptable.

Budget mensuel manuscrit et factures sur une table de cuisine

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois. Sa mutuelle santé, souscrite à titre individuel puisque l’entreprise ne propose qu’une couverture minimale, atteint 47 €. « C’est un poste que j’ai longtemps ignoré, jusqu’à une rage de dents à 600 € », confie-t-il.

Côté transports, Raphaël utilise le véhicule de service pour ses interventions en journée. Mais il possède une Peugeot 208 diesel de 2018 pour ses trajets personnels. Le crédit auto représente 185 € par mois, l’assurance 62 €, soit 247 € au total rien que pour la voiture.

Son forfait téléphone coûte 15 € chez un opérateur low-cost. La box internet, 30 €. Deux abonnements streaming — Netflix et Spotify — ajoutent 26 €. Au total, les abonnements numériques pèsent 71 € par mois, un poste que beaucoup sous-estiment comme le montrent ces six dépenses contraintes qui grignotent le budget sans qu’on s’en rende compte.

L’électricité et le gaz représentent 85 € en moyenne lissée sur l’année, avec des pics à 130 € l’hiver. Le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu est directement déduit de sa fiche de paie, à hauteur de 52 € par mois.

Total des dépenses fixes : 1 140 € par mois. Il reste donc 920 € pour vivre, sortir, manger et — éventuellement — épargner. La marge semble correcte, mais les dépenses variables vont sérieusement l’entamer.

Courses, essence, sorties : là où chaque euro se négocie

Raphaël consacre environ 280 € par mois aux courses alimentaires. Il cuisine chez lui la semaine et fait ses achats principalement chez Leclerc ou Lidl. « Je ne suis pas un grand cuisinier, mais la cantine de chantier à 12 € le repas, c’est mort », dit-il.

Comme d’autres travailleurs qui comparent les prix au quotidien, il a remarqué la hausse des produits laitiers ces derniers mois. Il a basculé sur les marques distributeur pour le fromage et les yaourts.

L’essence pèse 130 € par mois. Même s’il utilise le véhicule de service en semaine, ses trajets perso — courses, week-ends, visites à ses parents près d’Évreux — consomment un plein et demi. Un poste qu’il surveille, surtout depuis que TotalEnergies a plafonné ses prix en juin.

Côté sorties, Raphaël dépense autour de 120 € par mois. Deux ou trois soirées au bar avec ses collègues, un restaurant de temps en temps, parfois un match de foot au stade. « C’est le poste que je coupe en premier quand le mois est tendu. »

Le shopping et les achats divers — vêtements, petit équipement, produits d’hygiène — tournent autour de 60 € mensuels. Il renouvelle ses vêtements de travail lui-même puisque l’employeur ne fournit que les EPI de sécurité.

Enfin, les vacances. Raphaël les budgétise à 80 € par mois lissés, soit environ 960 € à l’année. De quoi partir une semaine en location avec des amis l’été, et un week-end prolongé dans l’année. Pas de quoi figurer parmi les départements qui dépensent le plus en vacances.

Total des dépenses variables : 670 € par mois. L’addition complète — fixes et variables — atteint 1 810 €. Reste 250 €. Mais ce chiffre est trompeur.

Ce qui reste en fin de mois — et où ça part vraiment

Sur le papier, 250 € d’excédent mensuel, ça peut sembler gérable. En réalité, Raphaël n’arrive à mettre de côté que 150 € par mois en moyenne. Les imprévus — contrôle technique, réparation, cadeau d’anniversaire — grignotent systématiquement le reste.

Il place ces 150 € sur un Livret A qui affiche aujourd’hui 3 800 € de solde. Un matelas de sécurité modeste, surtout quand on sait que son Livret A finance bien plus que ce qu’il imagine.

Son crédit auto court encore pendant 18 mois. Une fois soldé, il récupérera 185 € de marge mensuelle. C’est son horizon financier principal : « Le jour où je n’ai plus ce crédit, je respire. » Pas de crédit conso par ailleurs, ce qu’il considère comme une fierté.

Raphaël n’a pas de plan d’épargne retraite, pas d’assurance-vie, pas d’investissement. Il sait qu’à 29 ans, il devrait s’y mettre. Mais entre les fins de mois ajustées et l’absence de conseils dans son entourage, le sujet reste abstrait.

Son projet à moyen terme : passer un diplôme complémentaire pour devenir chef d’équipe fibre, un poste payé entre 2 400 € et 2 600 € nets selon les entreprises. « C’est le seul levier réaliste pour gagner plus sans changer de région. »

En attendant, il vit dans cet entre-deux que connaissent beaucoup de jeunes actifs célibataires en province : un salaire au-dessus du Smic — qui atteint désormais un nouveau palier en 2026 — mais pas assez pour construire un patrimoine.

« Je ne me plains pas, je mange bien, j’ai un toit, je sors un peu. Mais mettre de côté pour acheter un appart un jour… faut pas rêver pour l’instant. » Avec un salaire médian français autour de 1 850 € nets par mois, Raphaël se situe 200 € au-dessus. Juste assez pour ne rien demander à personne, pas assez pour voir loin.

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