Epargner pour la retraite : où placer 100, 300 ou 500 euros par mois selon un expert ?

« De toute façon, quand j’aurai l’âge de partir, il n’y aura plus de retraite. » Cette phrase, beaucoup de jeunes actifs la prononcent sans y croire vraiment, ou en y croyant trop. L’économiste Philippe Crevel, interrogé par La Dépêche, répond avec un calcul précis : le temps compterait parfois plus que le salaire. Entre deux épargnants, l’écart se chiffre en dizaines de milliers d’euros.
« Il n’y aura plus de retraite » : la phrase qui pousse tant de jeunes actifs à ne rien faire
Vous l’avez forcément entendue, ou prononcée vous-même. Elle résume le sentiment des générations d’après baby-boom. Elles sentent que leur future vie de retraité ne ressemblera peut-être plus à celle d’aujourd’hui.
Le contexte nourrit ce doute : vieillissement de la population, interrogations sur l’évolution des pensions. Préparer sa retraite devient donc un sujet à anticiper plutôt qu’à repousser. Et c’est là que beaucoup décrochent : si le système vacille, à quoi bon s’en occuper ?
Pour Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle des Épargnants, la solution passe par l’épargne. L’idée est de se constituer un complément de revenus, ou un patrimoine, pour le moment du départ. Inutile, dit-il, d’attendre d’avoir un gros salaire pour s’y mettre.
Ce qui compte vraiment, c’est le temps. L’économiste l’illustre par une image : « Plus on met de l’argent de côté tôt, plus cet argent va faire des bébés ». La formule fait sourire, mais il l’a appuyée par une simulation chiffrée.
Rêver d’une retraite sans stress financier, c’est aussi se demander où elle se vivra, jusque dans ces villes portuaires où l’on vit pour moins de 1 200 € par mois. Mais avant de rêver de port, voyons ce que valent vraiment 200 € mis de côté chaque mois.
200 € par mois, 3 % de rendement : ce que 15 ans de retard coûtent vraiment
Philippe Crevel a posé des hypothèses volontairement simples. Dans sa simulation, 200 € sont épargnés chaque mois, avec un rendement annuel de 3 % et des gains réinvestis. Aucun frais, aucune fiscalité. Deux épargnants, un seul paramètre qui change : l’âge de départ.
Le premier se lance à 35 ans et tient jusqu’à 63 ans. Cela représente 28 ans d’effort, soit 67 200 € versés au total. Un chiffre qui peut paraître lourd, mais qui s’étale sur presque trois décennies.
Le second attend 50 ans. Il n’épargne que pendant 13 ans, pour 31 200 € versés. Sur le papier, il a donc sorti nettement moins d’argent de sa poche. Reste à voir ce que cela donne au moment du départ.
Beaucoup d’épargnants se contentent d’un réflexe de prudence et laissent dormir leur argent sur un Livret A, avec une somme à ne pas dépasser qui revient souvent dans les conseils. Le calcul de l’économiste, lui, parle d’un autre horizon : celui de la retraite.
Le verdict tombe. À 63 ans, le premier épargnant disposerait d’environ 104 400 €, dont près de 37 200 € de gains. Le second atteindrait environ 38 000 €, soit « seulement » 6 800 € de gains.
« La démonstration est simple, commencer 15 ans plus tôt permet d’obtenir 66 400 € de capital supplémentaire, alors que 36 000 € seulement ont été versés en plus », résume Philippe Crevel. Autrement dit, une grande partie de l’écart ne vient pas de l’effort, mais du temps.
Reste une question pratique : dans quelle enveloppe placer ces 200 € ?

PER ou assurance-vie : le duo que l’économiste refuse de séparer
Placer de l’argent, c’est aussi regarder ce poste de dépenses que beaucoup ne calculent jamais. Philippe Crevel, lui, s’intéresse aux deux principales enveloppes pour préparer ses vieux jours : le PER et l’assurance-vie.
Le PER, plan d’épargne retraite, séduit surtout les personnes imposables. Il offre un avantage fiscal au moment des versements. En contrepartie, les fonds sont en principe bloqués jusqu’au départ à la retraite, à quelques exceptions près.
« Le produit est plutôt attractif pour des contribuables qui sont soumis à l’impôt sur le revenu », explique l’économiste. Selon lui, il est avantageux pour ceux qui sont dans des taux d’imposition élevés.
L’assurance-vie joue une autre carte : la souplesse. Elle autorise « notamment des sorties avant la cessation d’activité ». On prépare ses futurs revenus tout en gardant la possibilité de retirer de l’argent pour financer un projet.
Faut-il choisir ? Non. Les deux placements ne sont pas incompatibles, et Philippe Crevel est net : « Ça se cumule. »
Autre point décisif, le niveau de risque selon l’âge. À 30 ou 35 ans, on peut accepter davantage de fluctuations, puisque l’épargne a de longues années devant elle. Ensuite, il faudrait sécuriser progressivement le capital, pour ne pas être pris au dépourvu par un krach boursier au moment du départ.
Le dernier conseil tient en un mot : la régularité. Plutôt que de guetter « le bon moment », l’économiste recommande d’investir de façon périodique, ce qui « lisse les effets de marché ». Et surtout, « l’important est de déclencher l’effort d’épargne sans attendre car la démarche sera lancée une fois pour toutes ».
Les limites du calcul, et ce qu’il faut regarder avant de se lancer
Le calcul de Philippe Crevel reste une simulation. Il suppose un rendement constant de 3 % par an, sans frais ni fiscalité. Dans la vraie vie, ces paramètres peuvent peser sur le résultat final, ce qui invite à regarder de près les conditions de chaque contrat.
Certains reprochent à l’économiste d’oublier l’impact de l’inflation. D’autres estiment que le PER et l’assurance-vie enrichissent surtout les banques et leurs conseillers, avec le risque de ne pas récupérer son capital entier à cause de l’inflation et des frais.
Ces objections viennent de commentaires de lecteurs, pas de l’économiste. Elles rappellent toutefois qu’un rendement affiché n’est pas un rendement net. Avant de signer, comparer les frais reste un réflexe sain.
La retraite ne se prépare d’ailleurs pas qu’avec un placement. Certaines règles méconnues peuvent alléger la facture, comme cette règle oubliée sur la taxe foncière des retraités nés avant 1961. Un complément de revenu n’a de valeur que si l’on sait ce qu’on garde à la fin.
Autre levier : le lieu de vie. Certains retraités français ont fait leur calcul à l’envers, comme dans ce témoignage où un pays détrône le Portugal chez les retraités français avec un budget de 600 euros par mois.
Ce que l’on retient du message de Philippe Crevel, c’est la méthode : commencer tôt, investir régulièrement, sécuriser avec l’âge. Le reste dépend de votre situation, de votre imposition et de votre tolérance au risque.
Le vrai coût, ce n’est pas d’épargner trop peu. C’est d’attendre, car chaque année perdue au départ ne se rattrape pas à l’arrivée.
Et si l’argent ne fait pas tout, 85 ans d’étude sur le bonheur montrent que la clé ne se trouve peut-être pas là où l’on croit. Quant à ceux qui croient que l’argent protège de tout, ce que le fisc a fait subir à Gilbert Montagné pourrait vous faire réfléchir.