Fiscalité crypto et grandes fortunes : pourquoi tout le monde fuit vers le même pays du monde

D’un côté, des grandes fortunes françaises qui plient bagage discrètement. De l’autre, des entreprises crypto sommées de partir par une nouvelle réglementation européenne. Deux mondes qui, en apparence, n’ont rien à voir. Sauf que sur la carte, leurs trajectoires dessinent exactement la même flèche, vers la même destination. Un dossier qui révèle pourquoi un seul pays rafle la mise des deux côtés à la fois.
Deux rapports, une même fuite qui inquiète la France
Le 16 juin 2026, le cabinet Henley & Partners publiait la nouvelle édition de son rapport sur la migration patrimoniale mondiale. Un score de compétitivité sur 100, calculé à partir de 38 indicateurs. Résultat pour la France : 65,7, contre 85,3 pour les Émirats arabes unis.
Les demandes de résidence déposées par des Français auprès du cabinet sont passées du top 40 mondial en 2024 au top 15 en 2026. Une évolution rapide, presque brutale.
Selon Guenther Dobrauz-Saldapenna, responsable Europe chez Henley & Partners, la France reste attractive mais perd du terrain sur les critères qui pèsent le plus lourd pour la fortune mobile. L’édition précédente parlait d’une perte nette d’environ 800 millionnaires français en un an, chacun emportant plusieurs millions d’euros.
La pression fiscale sur l’épargne et l’instabilité politique chronique expliquent l’essentiel de ce mouvement, tout comme les débats récurrents autour d’un futur impôt sur la fortune façon Zucman.
Le chiffre qui contredit tout, et pourtant ne ment pas
Deux semaines plus tard, le 30 juin 2026, la banque suisse UBS publiait son propre rapport mondial sur la richesse. Verdict : la France a créé environ 35 000 nouveaux millionnaires en dollars en 2025, la plus forte progression de toute l’Union européenne.
Deux études sérieuses, deux résultats qui semblent s’opposer frontalement. En réalité, ils ne mesurent pas la même chose. UBS compte la richesse totale des résidents, gonflée par la Bourse et l’immobilier. Henley traque un flux bien plus étroit : les grandes fortunes internationalement mobiles qui changent réellement de résidence fiscale.
Fin octobre 2025, l’Assemblée nationale a voté un amendement transformant l’impôt sur la fortune immobilière en impôt élargi sur la « fortune improductive », incluant Bitcoin, Ethereum et NFT. Le scrutin s’est joué à 163 voix contre 150.
Le Sénat a proposé sa propre version, avec un seuil relevé à 2,57 millions d’euros. Aucune des deux n’a survécu au passage en force du gouvernement, retirées du budget 2026 adopté le 22 janvier. Un sursis d’un an, pas une exonération définitive.

Pourquoi les Émirats raflent tout, côté crypto comme côté fortune classique
Pendant que Paris hésitait sur la fiscalité des particuliers, un second mouvement, purement réglementaire, redessinait la carte des entreprises crypto. Le 1er juillet 2026 marquait la fin de la période transitoire de MiCA, le règlement européen encadrant le secteur. Sur 117 plateformes françaises enregistrées sous l’ancien statut, seules 83 ont obtenu leur agrément dans les temps. Binance figure parmi les recalées, contrainte de suspendre ses services aux clients français.
Erald Ghoos, patron d’OKX Europe, avançait un chiffre vertigineux : 80 % des entreprises crypto ne survivraient pas à MiCA. Coinbase et OKX ont lancé une guerre de bonus pour récupérer les 450 millions d’utilisateurs européens laissés en plan.
Irina Heaver, avocate à Dubaï, reçoit désormais plus de 120 demandes par semaine de fondateurs voulant s’installer aux Émirats. Sa formule résume tout : « Quand on confie aux renards le soin d’écrire les lois qui protègent les poules, on obtient MiCA.
» Zéro impôt sur le trading, une autorité dédiée depuis 2022, plus de 650 entreprises blockchain installées à Dubaï : le Crypto Wealth Report du même cabinet Henley recense 241 700 millionnaires en actifs numériques dans le monde, en hausse de 40 % en un an.
Deux flux, deux calendriers, une seule destination qui construit patiemment son guichet unique pour la richesse mobile.
Fortune classique ou cold wallet, le message envoyé aux plus riches reste le même : l’incertitude fiscale française a un coût, et ce coût se paie en exil. Reste à savoir si un cadre plus stable suffira un jour à inverser ce courant vers le Golfe.