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Ils ont touché des primes pour rester à l’hôpital : aujourd’hui, on leur réclame jusqu’à 80 000 euros

Publié par Mathieu le 11 Août 2026 à 8:45
Médecin fixant une lettre officielle dans un couloir d'hôpital

Pendant des années, l’hôpital les a payés plus cher pour éviter de les perdre. Aujourd’hui, il leur réclame l’argent en retour. Au Grand Hôpital de l’Est francilien (GHEF), une centaine de médecins reçoivent des courriers glaçants du Trésor Public. Certains doivent rendre jusqu’à 80 000 euros. Voici comment une prime censée sauver l’hôpital est devenue le pire cauchemar administratif de ces soignants.

Une prime pour retenir les médecins, transformée en dette

Tout commence par une bonne intention. Le GHEF, qui regroupe quatre établissements de Seine-et-Marne, fait face depuis des années à une pénurie criante de personnel médical. Pour retenir ses praticiens, la direction leur accorde alors des primes et compléments de salaire au-delà du barème habituel.

Une pratique répandue dans les hôpitaux publics français, confrontés à une situation budgétaire souvent tendue. Sauf que ces versements ne respectaient pas le cadre légal.

Le 31 mars 2025, la direction change de ton. Elle annonce que les praticiens devront rembourser les sommes perçues sur les 24 mois précédents, sur ordre du Trésor Public. Un revirement qui touche 10% des effectifs de l’hôpital, soit une centaine de médecins.

La moitié sont des PADHUE, ces praticiens diplômés hors Union européenne, l’autre moitié des titulaires. Tous découvrent, du jour au lendemain, qu’ils sont redevables envers l’établissement qui les employait avec ces mêmes primes qu’il jugeait, à l’époque, indispensables pour les garder en poste.

Jusqu’à 80 000 euros réclamés, une injustice ressentie de plein fouet

Pour les PADHUE, la pilule est particulièrement amère. Depuis 2023, la loi Rist plafonne strictement leur rémunération et interdit tout versement hors grille, alors même que ces médecins assurent souvent une charge de travail identique à celle des seniors. Leur statut reste précaire jusqu’à obtention de leur certification, décidée par l’hôpital lui-même après un examen.

Les primes visaient justement à compenser cette précarité. Mal exécutées, elles se retournent aujourd’hui contre eux. Dans les colonnes du Parisien, un médecin raconte : « On me réclamait déjà 22 000 euros l’an dernier, et là 10 000 euros de plus.

» Un autre praticien, père de trois enfants et âgé de 39 ans, doit à lui seul 35 000 euros. « Si j’ai fait autant d’heures, jusqu’à 90 par semaine, c’est que j’en avais besoin », se défend-il.

Un troisième résume le sentiment général : « On nous traite comme si on avait volé l’hôpital, je me sens sali. »

Face à la polémique, la direction assure vouloir dialoguer, en évoquant des rencontres individuelles avec chaque professionnel concerné pour expliquer les recours possibles.

Lettre administrative et stéthoscope posés sur un bureau

Des recours en justice, mais déjà une hémorragie de médecins

La direction du GHEF assure que « pour l’instant, personne ne rembourse quoi que ce soit ». La majorité des praticiens ont en effet engagé deux procédures judiciaires distinctes : un recours en annulation, qui viserait à supprimer purement les demandes de remboursement, et un recours en indemnité, destiné à faire reconnaître le préjudice subi.

Mais le mal est déjà fait. Résultat concret de cette crise de confiance : 40% des radiologues ont quitté l’établissement, y compris l’ancien chef de pôle. L’hôpital dit compenser avec des prestataires privés, sans surcoût selon lui.

Yves Rébufat, médecin et président du syndicat Action Praticiens Hôpital, tempère : « Ce n’est évidemment pas la faute des praticiens », mais il alerte sur un phénomène qui dépasse largement la Seine-et-Marne.

Selon lui, les hôpitaux publics vivent un « déficit chronique » depuis des années, avec des salaires qui n’ont « pas eu de hausse très franche » malgré la baisse du pouvoir d’achat. Un constat qui rejoint les difficultés économiques ressenties par de nombreux Français ces dernières années.

Un médecin résume, amer : « Dans le privé, je travaillerais deux fois moins pour gagner trois fois plus. Je suis à l’hôpital public par choix, mais cet argent, nous l’avons gagné. »

Un hôpital qui promet une prime, puis qui en réclame le remboursement des années plus tard : voilà le paradoxe qui mine aujourd’hui la confiance entre soignants et administration. La décision des tribunaux, très attendue, pourrait bien faire jurisprudence bien au-delà des quatre établissements du GHEF.

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